Le dur indoor, une surface en plein ralentissement
TENNIS – Le dur intérieur (ou indoor) a longtemps été une surface très rapide, profitant aux gros serveurs et joueurs offensifs. Ce qui n’est plus vraiment le cas depuis une dizaine d’années. En France, où la surface est omniprésente et populaire, son ralentissement général provoque des remarques et des critiques.
Au tennis, la rapidité d’une surface se définit par la vitesse à laquelle rebondit la balle dans l’échange, sur ladite surface. Plus une surface est rapide, plus la balle fusera et sera difficile à maîtriser. Ces dernières avantagent plutôt les gros frappeurs et les joueurs offensifs de manière générale. Une surface lente permettra au contraire plus de contrôle et favorisera ainsi les échanges plus longs. Pendant des décennies, le dur indoor a été considéré comme la deuxième surface la plus rapide du circuit professionnel. Derrière le gazon, mais devant le dur extérieur et la terre battue.
En France notamment, la surface s’est particulièrement développée. D’abord grâce à sa facilité d’entretien, mais aussi au vu des conditions climatiques. Dans le nord du pays notamment, le froid et les intempéries poussent les clubs à investir dans des surfaces sur lesquelles ils pourront jouer toute l’année. C’est ainsi qu’en 2023, les deux tiers des tournois français du circuit ATP se jouaient sur dur intérieur (Montpellier, Marseille, Metz, Paris). Sur le circuit Challenger, c’est le cas de 9 tournois sur 17. Les joueurs tricolores, habitués à ces surfaces, sont formés et s’entraînent régulièrement dessus. Ils sont donc les mieux placés pour remarquer les changements qui s’y opèrent.
« Les surfaces indoor sont presque plus lentes que la terre battue de nos jours »
C’est encore plus vrai pour Alizé Cornet (n°117 mondiale), qui écume le circuit depuis bientôt vingt ans. Le dur indoor a toujours été la pire surface de l’expérimentée niçoise, qui a toujours préféré la lente terre battue. Mais ces dernières années, la tendance s’est inversée pour elle. Et cela est dû, comme elle nous l’a expliqué au WTA 125 d’Angers début décembre, au ralentissement du dur indoor :
C’est peut-être parce que ça s’est un peu ralenti que j’ai des meilleurs résultats. C’est vrai que je ne suis pas très à l’aise sur les surfaces très rapides. J’aime avoir le temps de jouer, de mettre mon jeu de défense en place. Et du coup vu que ça s’est ralenti au fur et à mesure des années, je me sens plus à l’aise dessus. Au final les surfaces indoor sont presque plus lentes que la terre battue de nos jours.
🎾 [MINI-THREAD]
Toujours instructif d’avoir l’avis de l’experimentée Alizé Cornet 🇫🇷 sur quelques sujets tennistiques. Forcément elle connaît son sujet sur le bout des doigts et elle s’exprime bien, c’est plaisant@LoireOpen @alizecornet
— Tom Compayrot (@Tom_Cprt) December 6, 2023
Bien sûr, tout dépend de la matière utilisée (parquet, moquette, acrylique, synthétique…). Mais une tendance générale se dégage tout de même. Au Challenger de Brest en 2022, Harold Mayot (n°166 mondial) nous avait expliqué plus en détail à quoi était dû le phénomène de ralentissement du dur intérieur selon lui. Celui-ci est surtout factuel dans les tournois qui n’ont lieu qu’une semaine par an, c’est-à-dire sur l’ensemble du circuit professionnel :
Le problème dans les Grands Prix ou dans les Challengers, c’est que la surface qui est posée est du parquet. C’est du bois avec une surface peinte dessus qui est extrêmement abrasive. Et tout est neuf puisqu’ils le repeignent chaque année, donc c’est extrêmement lent… Un court rapide est un court lisse. On les trouve seulement dans les clubs, où les courts vieillissent et sont lissés après plusieurs années de jeu. Donc la balle y fuse. Mais des courts qui sont repeints tous les ans et sur lesquels on joue 1 semaine ou 2, ce n’est pas le cas. Ils sont extrêmement abrasifs.
Ce débat n’est pas récent. Déjà en 2015, la nouvelle surface posée à Paris-Bercy faisait grincer les dents des joueurs. Le tournoi a depuis été le plus lent des Masters 1000 joués sur dur. Jusqu’à l’année dernière, où la surface a été sensiblement accélérée, sur demande des joueurs. Une surface n’est donc pas quelque chose de fixe. Elle peut être modifiée au gré des organisateurs, à qui l’ATP laisse le contrôle. Et ceux-ci préfèrent généralement de longs échanges dans leur tournoi, plus appréciés par le public. L’Autrichien Herwig Straka, directeur de l’ATP 500 de Vienne, expliquait auprès d’Eurosport : « Moi, ma volonté est d’avoir une surface qui donne sa chance à tous les styles, et qui se rapproche des conditions du Masters. Si vous faites un court trop rapide, aujourd’hui, vous prenez le risque que beaucoup de joueurs ne viennent pas. »
En conséquence, une uniformisation des styles de jeu
D’autant plus qu’une surface trop rapide peut être dangereuse. Le risque de blessure y est plus élevé sur le moment, et c’est plus demandant pour les articulations et les muscles sur le long terme. C’est ainsi que la moquette, la surface la plus rapide qui ait jamais existé, a été progressivement supprimée du circuit. Il ne reste aujourd’hui plus qu’un tournoi sur moquette sur le circuit Challenger en Allemagne, et quelques-uns sur le circuit ITF.
Carpet tennis? Welcome to the Ismaning Challenger 🙌
« It’s special because some of the players here are German players who grew up on the surface, » tournament director Christoph Poehlmann said ⬇️#ATPChallenger
— ATP Challenger Tour (@ATPChallenger) November 3, 2023
En conséquence, on observe une uniformisation des styles de jeu chez les jeunes générations. Étant donné que les surfaces rapides avantagent les attaquants (leurs balles rapides et puissantes fusent et mettent en difficulté leurs adversaires) et les surfaces lentes les défenseurs, on voit une recrudescence de ces derniers. Le service-volée est par exemple un style de jeu en voie de disparition. Les matchs se jouent aujourd’hui principalement du fond de court. Toujours selon Harold Mayot : « On est 90% à être des joueurs de fond de court. Même des grands comme [Alexander] Zverev ou [Félix] Auger-Aliassime, qui servent extrêmement bien, ils jouent tous du fond… »
Ce que regrettent les anciens joueurs, qui ont connu un circuit sur lequel s’affrontaient une multitude de styles de jeu. Kenny De Schepper, qui joue encore à 36 ans et a donc connu plusieurs époques, nous parlait au Challenger de Lille d’une « robotisation » des jeunes joueurs. Même son de cloche du côté du retraité Jo-Wilfried Tsonga. Auprès de L’Équipe en 2016, il disait regretter que les surfaces rapides disparaissent. « On va arriver à un tennis où le plus important est d’avoir quatre poumons. Ce sera extrêmement axé sur le physique, et on sait vers quels travers ça peut entraîner le sport. » Le tennis est donc en pleine évolution, et les surfaces n’y sont pas étrangères. De plus, un débat parallèle agite en ce moment les discussions tennistiques : celui des balles utilisées, qui sont, elles aussi, en train de changer. Au plus grand regret des joueurs.


