Adam Siao Him Fa : « Fais de ta passion un métier »
PATINAGE ARTISTIQUE – Si la soirée hors du temps de samedi soir commence un peu à s’estomper, le tricolore Adam Siao Him Fa regarde vers l’avenir et les prochains Jeux Olympiques. Retour avec lui sur sa 3ᵉ place, après un programme libre de haute volée, ses objectifs et son parcours.
C’est après une petite nuit, trois heures de sommeil, avouera-t-il plus tard, que nous avons retrouvé Adam Siao Him Fa au lendemain de la soirée suspendue dans le temps du programme libre messieurs. Après un programme court totalement raté, 19e après une chute et de grosses erreurs, le Bordelais d’origine a réglé la mire et déroulé un programme libre impressionnant. Deuxième de ce programme, il obtient une médaille de bronze inattendue dans le volcan du Centre Bell à Montréal. Il s’agit de la plus grosse remontée de l’histoire.
« Il ne faut jamais abandonner, car la compétition n’est jamais terminée tant que le dernier patineur n’est pas passé », avance le Français. Ce qui est vrai dans le sport en général l’est d’autant plus en patinage qui propose un concours à deux passages distincts. Et si Adam Siao Him Fa parle de ne pas abandonner, c’est qu’il se rend compte qu’il a sûrement lâché pendant le programme court. « C’est une grosse faute, mais cela me servira de leçon », ajoute-t-il, conscient de son échec deux jours avant.
Et c’était l’électrochoc dont il avait besoin pour se lancer à fond dans le programme libre. Et il a pu faire parler l’orgueil et la rage du champion. Avec le soutien du public, il a pu exprimer tout son potentiel et conclure par un back-flip, « pour se faire plaisir », disait-il en sortant de la glace. Et pour le jeune français de 23 ans, cette première médaille au plus haut niveau est forcément un boost pour continuer sa carrière.
Adam Siao Him Fa : « Fais de ta passion un métier«
Né à Bordeaux en 2001, Adam Siao Him Fa commence le patin à quatre ans, sous l’impulsion de ses frères et sœurs. « Je voulais copier mes frères et faire tout comme eux », se remémore-t-il. Il n’a plus arrêté depuis. Son talent et son entraînement l’ont mené aux quatre coins de la France et du globe, au gré des entraînements et des compétitions. En effet, il n’est pas resté en Gironde et est devenu globe-trotter. Il rejoint Toulouse en 2011 pour 6 ans, puis trois ans à Poitiers et enfin Courbevoie puis Nice actuellement. C’est sur la Côte d’Azur qu’il a monté son équipe de confiance et son staff. Coachs, chorégraphe, préparateur physique ou mental et même un centre de kiné et d’ostéopathe, tout est réuni pour le succès. « J’ai tout sur place et je peux ainsi être dans les meilleures conditions », ajoute-t-il.
Ainsi, il ne pense qu’au sport et à l’entraînement. Entre les primes de résultats, les différentes aides que ce soit du ministère ou de la fédération (NDLA : des Sports de Glace), l’Agence Nationale du Sport ou des divers spectacles auxquels il participe, le Tricolore n’a pas à s’inquiéter pour ses revenus. S’il se consacre entièrement au patinage à présent, il a également été étudiant en communication digitale et design graphique.
Si sa médaille de bronze, « qu’il mettra dans (sa) chambre », est certainement son plus grand fait d’armes actuel, Adam se remémore aussi les Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) de Lillehammer en 2016. Malgré une 10e place, c’est en Norvège qu’il a eu le déclic : « Je me suis dit, fais de ta passion un métier ». Huit ans plus tard, le métier semble bien rentrer. Et il a véritablement le patinage dans le sang puisqu’il s’imagine coach après sa carrière professionnelle.

Mondiaux Patinage artistique – Adam Siao Him Fa en bronze ! – Photo Icon Sport
Adam Siao Him Fa à propos de Ilia Malinin: « C’est un alien, c’est impressionnant la performance qu’il a faite »
Mais, si les JOJ sont loin, les Jeux Olympiques de Milan/Corina arrivent bien vite, en 2026. Et le Français devra être prêt pour monter sur le podium. Si le titre paraît hors de portée aujourd’hui, le Bordelais veut se rapprocher petit à petit des sommets. « Je dois travailler ma régularité et il faudra, à terme, rajouter au moins un 5e quadruple saut. Je pourrais me rapprocher un peu techniquement de Ilia (NDLA : Malinin, l’Américain champion du monde et recordman du monde du programme libre) mais il faudra peut-être que je mette mes quads à la fin ». Si Adam a revu sa performance de la veille, dont il ne garde, bizarrement, quasi aucun souvenir, il a aussi revisionné celle de son concurrent. « C’est un alien. C’est impressionnant la performance qu’il a faite », admire le Tricolore.
« J’ai vu sa progression tout au long de la saison et c’est motivant de voir un patineur comme cela sur la glace ». Si l’Américain a remporté les lauriers, les deux autres patineurs du podium se sont aussi bien battus. D’abord contre eux-mêmes, soit pour de la rédemption pour Adam, soit pour prouver que sa place est toujours au sommet après des blessures dans le cas du Japonais Yuma Kagiyama. « C’est l’une des essences du sport : le surpassement ou dépassement de soi ». Un beau leitmotiv que le tricolore va certainement mettre en application pour les prochaines années.
Adam Siao Him Fa : « Les Français sont de retour »
Mais si la médaille de bronze était un peu inattendue après le programme court, elle va aussi faire du bien à la délégation française. Avec la mise en retrait des danseurs Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron, champions olympiques en titre et multiples champions du monde, le patinage tricolore cherchait un peu une nouvelle tête de gondole. Si Adam Siao Him Fa « ne se voit pas en tant que leader », il est confiant pour l’avenir de la jeune équipe de France en pleine évolution. « Les Français sont retour », glisse-t-il. Il est aussi le 1er homme tricolore médaillé depuis Brian Joubert en 2010 à Stockholm. Ce même Brian Joubert qui, à l’instar d’Alexei Yagudin, Patrick Chan ou encore Nathan Chen, fait partie des patineurs appréciés du Girondin. La boucle est bouclée.


