Euro 2016 : Un vent du nord déferle sur la France, retour sur l’épopée de l’Islande
EURO 2024 – Alors que l’Euro 2024 débute ce vendredi, nous vous proposons de revenir sur un moment fort de l’édition 2016, en France, marquée par la folle épopée de l’équipe d’Islande et de ses supporteurs, venus en nombre.
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Un peuple venu en nombre soutenir son équipe
Il y a des souvenirs, de cet Euro 2016, impossibles à effacer de sa mémoire. Qui a oublié la bonne humeur des supporteurs irlandais ? Le poteau de Gignac ? La chanson Will Grigg’s on Fire en honneur de l’attaquant star de l’Irlande du Nord ? On pourrait allonger la liste avec le but salvateur de Dimitri Payet en ouverture de la compétition contre la Roumanie, le parcours du Pays de Galles, le premier but de l’histoire de l’Albanie dans la compétition… La liste est longue, mais s’il y a bien un élément à retenir de cet Euro, comment ne pourrait-on pas évoquer l’épopée de l’Islande et la ferveur de tout un peuple derrière son équipe qui participait pour la première fois à une telle compétition ?
En 2016, le pays comptait 330 000 habitants. Le plus faible total parmi les équipes engagées en dépit de la superficie de l’île, bien supérieure à celle de l’Albanie, du Pays de Galles ou de l’Irlande du Nord par exemple, pourtant bien plus peuplés. Se balader dans l’arrière-pays de Reykjavik, la capitale, donne parfois l’impression d’être seul au monde, au milieu d’une nature fascinante. Que pouvait donner ce sentiment de solitude alors, en juin de cette année 2016 lorsque près de 10% de la population manquait à l’appel. Il semble fou d’imaginer que presque un habitant sur dix avait fait le déplacement en France, pour le baptême de l’équipe nationale à ce niveau de compétition. 33 000 ! Autant que la population de Kópavogur, deuxième ville la plus peuplée de l’île volcanique !
Deux performances retentissantes pour entamer la compétition
Les téléspectateurs se sont ainsi vite habitués à voir une marée bleue et de nombreux gaillards barbus, coiffés d’un casque à cornes viking, déferler dans les stades de l’Hexagone. Après deux matchs de préparation mitigés (une défaite 3-2 contre la Norvège, non qualifiée, et une victoire 4-0 contre le Liechtenstein), les Strákarnir okkar (surnom des joueurs de l’équipe d’Islande), « nos garçons » en français, débutent d’entrée par l’adversaire le plus fort de leur groupe, le Portugal. Sitôt entrés dans la compétition, sitôt stupéfiants ! Si les partenaires de Cristiano Ronaldo, futurs champions d’Europe abordent le match comme grands favoris, les hommes d’Aron Gunnarsson, le capitaine, réalisent leur premier exploit en accrochant le point du nul après avoir concédé l’ouverture du score.
Bis repetita lors de la deuxième rencontre, contre la Hongrie. 1-1 à nouveau. Pourtant, si le premier match nul était déjà une performance retentissante, là, les Islandais ont longtemps cru tenir la victoire, après le but de Gylfi Sigurðsson sur pénalty (40ème), punis à la 88ème seulement par un csc du défenseur Birkir Sævarsson sur un centre en retrait dangereux, aux six mètres, de l’attaquant de la Magyarország, Nemanja Nikolić.
Une finale contre l’Autriche qui débute par une guerre des tribunes…
Deux points en deux matchs donc. Beaucoup d’Islandais auraient signé pour un tel bilan avant le début de la compétition. Avant leur dernier match, contre l’Autriche, l’Islande, pour sa première participation à ce niveau, est donc toujours en vie et peut espérer se qualifier pour les huitièmes de finale ! Et pour l’occasion, les joueurs de la Terre de glace ont l’honneur du Stade de France. 80 000 spectateurs attendus pour un match décisif, le vainqueur étant automatiquement qualifié pour le tour suivant, le perdant étant éliminé. Dès l’avant match, les fans islandais se font entendre dans et surtout aux abords du stade, entamant des chants et des clappings entrés par la suite dans la postérité.
Le match se déroule dans un stade bicolore, rouge et bleu. Les plus nombreux sont sans conteste les Autrichiens dont les chants Immer wieder Österreich et I am from Austria, chanson de Rainhard Fendrich qui a presque valeur d’hymne national, résonnent dans l’enceinte dionysienne. Mais le demi-virage tout de bleu vêtu ne se laisse pas impressionner pour autant et répond à coups de Ég er kominn heim, chanson des années 1960 repopularisée au cours des années 2010 et reprise en cœur lors de l’Eurobasket 2015, du championnat d’Europe de handball 2016, de l’Euro 2016 donc puis de la Coupe du monde 2018 de football.
…et se termine sur le terrain
Le début de la rencontre tourne rapidement à l’avantage de l’Islande grâce à un but inscrit par Jón Daði Böðvarsson à la 18ème. Alessandro Schöpf, entré en jeu au retour des vestiaires, offre l’égalisation à l’Autriche, faisant monter la tension dans le stade alors que les écrans géants annoncent en temps réel le score de Hongrie-Portugal, match au scénario de folie (3-3), et qui se déroule en parallèle.
Mais la folie, les spectateurs présents à Saint-Denis ne vont pas tarder à la connaître également. On joue la 94ème minute lorsque l’Islande négocie une contre-attaque fulgurante et se dirige vers le but autrichien. L’insensé se produit ! Arnór Ingvi Traustason reprend un centre dans la profondeur de Teddy Bjarnason et trompe le gardien autrichien. L’Islande arrache sa qualification alors que son commentateur légendaire, Gudmundur Benediktsson, en transe en tribune de presse et au bord de l’hystérie (voir vidéo ci-dessous) permet à l’Europe entière de prendre conscience de ce que représente ce but pour le peuple islandais et l’ampleur de la vague qui s’abat sur le football européen.

Le huitième contre l’Angleterre ou la bascule dans l’irrationnel !
Là-haut, à hauteur du cercle polaire, l’ambiance est bouillante ! Alors que le match contre l’Autriche a réalisé un score absolument sensationnel de 99,8% de part d’audience, l’Islande s’apprête désormais à disputer un huitième historique contre l’Angleterre. Pour l’occasion, ils sont des milliers à se réunir dans la capitale, la plupart, près de 10 000 se sont donnés rendez-vous sur les pentes du parc Arnarhóll, au nord de la capitale, où est installée la fanzone, afin d’encourager leur équipe aux portes d’un nouvel exploit, encore plus retentissant…
La 35e nation au classement FIFA est pourtant cueillie à froid par l’ouverture du score anglaise, dès la quatrième minute, signée Wayne Rooney sur pénalty après une faute du gardien Hannes Þór Halldórsson. La réponse islandaise est toutefois immédiate ! Sur une très longue touche qui rappelle celles de l’ancien défenseur norvégien John Arne Riise, Ragnar Sigurðsson reprend un ballon prolongé de la tête par Kári Árnason pour égaliser deux minutes après le premier but de la rencontre. Kolbeinn Sigþórsson offre l’avantage à son équipe quelques minutes plus tard (18ème) rendant hystérique la fanzone de Reykjavik !

Dans une rencontre dominée par l’Angleterre (18 tirs à 8, 63% de possession), les hommes des sélectionneurs Heimir Hallgrímsson et Lars Lagerbäck s’accrochent tout du long et finissent par s’imposer non sans peur (2-1), au détriment d’une équipe anglaise échouant pour la troisième fois consécutive lors de son premier match à élimination directe (en quarts en 2004 et 2012 alors qu’il n’y avait pas de huitièmes tandis que l’équipe ne s’est pas qualifiée pour l’Euro 2008). Gudmundur Benediktsson est à nouveau au bord du malaise.

Un quart fatal face à la France, pays hôte…
Le conte de fée islandais s’achève finalement en quarts de finale contre la France, pays hôte de la compétition. Jamais les joueurs islandais n’ont été en mesure d’inquiéter la France qui menait 4-0 après 45 minutes. La réduction du score de Sigþórsson (56ème), n’y change rien, car Olivier Giroud accentue la marque trois minutes après. Finalement, les Strákarnir okkar s’inclinent 5-2, après un ultime but de Bjarnason.
Il y a 6 ans jour pour jour, la France battait l’Islande 5⃣-2⃣ en quarts de finale de l’EURO 2016 ! 🇫🇷🇮🇸
⚽️ ’12 : Giroud
⚽️ ’19 : Pogba
⚽️ ’42 : Payet
⚽️ ’45 : Griezmann⚽️ ’56 : Sigthorsson
⚽️ ’59 : Giroud
⚽️ ’84 : Bjarnason pic.twitter.com/zqsZzFdjaE
— BeFootball (@_BeFootball) July 3, 2022
Si les Français exultent sur l’immense fanzone d’une capacité de 92 000 personnes, au Champ de Mars, les quelques vikings sont plus discrets. Sur le chemin du retour, les rames de la ligne 6 tanguent littéralement face à l’effusion d’une foule en fusion à l’intérieur, en boucle sur la Marseillaise et les On est en demis ! Les quelques Islandais, bientôt rejoints par ceux de Saint-Denis, savourent néanmoins la fin d’un parcours émerveillant. Ils auront beau se réveiller au matin, l’épopée islandaise n’était pas un rêve.
…mais une rentrée en héros au pays
L’équipe est accueillie en héros lors du retour en Islande. Paradant d’abord sur le toit d’un bus à impériale, les joueurs communient par la suite dans la fanzone avec une foule aussi nombreuse que lors du quart contre la France. L’occasion pour un ultime clapping, qui restera l’un des symboles de cet Euro 2016 et qui sera largement récupéré par la suite par les groupes de supporteurs européens. Deux ans plus tard, l’équipe se qualifiait pour la Coupe du Monde 2018, en Russie. Malgré deux défaites et une élimination au premier tour, les Islandais peuvent se vanter d’avoir accroché l’Argentine (1-1) qui tombera en huitièmes contre… la France à nouveau.



