Edito : Grandeur et cruauté du sport de haut niveau
SPORTS – Les non-sélections de Margot Chevrier et Ludvy Vaillant, mais aussi la blessure de Just Kwaou-Mathey, nous rappellent que le sport de haut niveau peut aussi être cruel.
Margot Chevrier et Ludvy Vaillant ne verront pas les Jeux Olympiques. C’est officiel, le couperet est tombé, il y a quelques jours. La faute à un corps qui a lâché pour les deux, au pire moment possible. On parle souvent de difficulté du sport de haut niveau et de cette notion de sacrifice. La beauté noble qui permet d’atteindre les plus hauts sommets. Mais on oublie aussi que tout peut basculer en une fraction de seconde. Quand Margot est retombée au pire endroit du butoir de la perche et que sa cheville s’est cassée. Quand Just Kwaou-Mathey a vu son tendon d’Achille craquer lors d’un entraînement. Just qui était dans la forme de sa vie et médaillé mondial. Et qui a tout connu en moins d’un mois. On a tous en tête l’image terrible d’un Kevin Mayer hurlant sur le tartan de Charléty, comprenant que ses ischios-jambiers venaient de lâcher.

Le sport est beau et les notions de dépassement de soi, d’accomplissement et d’aventure humaine en sont l’essence même. C’est aussi ce qu’on essaye tous, à notre très modeste échelle, de vous retranscrire, quand on a le privilège d’interviewer un athlète. Mais que le sport est ingrat quand les séances se passent mal, quand le corps ne réagit pas comme on le souhaiterait. Doutes, remise en question, sont aussi le quotidien de ces sportifs et sportives. Un quotidien qui prend parfois le pas sur le reste. Quand l’objectif s’éloigne et qu’on le comprend. On a forcément en tête les grands moments de bonheur. De ce record de France pulvérisé de Teuraiterai Tupaia, à l’incroyable heptathlon d’Auriana Lazraq-Khlass, venue lancer une folle dynamique bleue lors des derniers championnats d’Europe. Et relançant le fol espoir d’un fiasco longtemps évoqué en athlétisme et qui peut encore être évité.
C’était le rendez-vous du siècle et d’une vie
Et on a sans doute déjà tous oublié qu’un Alexis Miellet a bien failli ne pas voir les JO, à la limite de la rupture au mollet. On a sûrement oublié que Djilali Bedrani, vice-champion d’Europe, ne verra pas les JO, pourtant 4e des championnats de France. On n’oubliera pas que des marathoniens et marathoniennes, qui ont réalisé des minima exigeants, ne verront pas les JO, car la densité française y est devenue folle. Et si on sort de notre cercle, ce sont des grands champions comme Pierce Lepage, Yulimar Rojas et bien d’autres qui vont manquer le rendez-vous parisien.
Mais il est vrai que pour nos Bleus, c’est encore plus particulier. C’était le rendez-vous du siècle et d’une vie. Pour eux, vivre des Jeux Olympiques à domicile, cela ne se représentera pas. Pour certains, vivre des Jeux Olympiques ne se représentera pas. Car si des immenses championnes comme Mélina Robert-Michon nous donnent une impression d’éternité, une carrière de très haut niveau ne dure qu’en moyenne 5 à 6 ans. Grandeur et cruauté du sport de haut niveau. De très haut niveau devrai-je dire

