Athlétisme : Les satisfactions et les déceptions du clan français cet été
ATHLÉTISME – Maintenant que la saison estivale est terminée, il est l’heure de tirer un bilan concernant les athlètes tricolores. Entre les Championnats de France, les Championnats d’Europe, la Diamond League, et bien sur, les Jeux Olympiques, les occasions ne manquaient pas de briller. Voyons voir ceux qui ont répondu présent, et ceux qui ont connu un été plus compliqué.
D’un point de vue général, l’une des grandes satisfactions de la saison reste les Championnats d’Europe de Rome. Des championnats dans lesquels les Tricolores ont brillé, revenant d’Italie les poches pleines de médailles. Avec 16 médailles dont 4 titres, les Bleus ont réalisé le 3ème meilleur bilan de leur histoire dans des Championnats d’Europe. Cela faisait trop longtemps que l’on avait pas vu la France briller. Au niveau européen, la France a bien retrouvé sa place parmi les meilleures nations.
On aurait aimé que cela se concrétise, un mois et demi plus tard, lors des Jeux Olympiques, mais malheureusement, il a bien fallu se rendre compte que par rapport au niveau mondial, il y a encore un palier à franchir. Seulement une médaille obtenue, en argent, et plusieurs échecs. Malgré tout, Tes tricolores se sont parfois révélés, notamment lors des étapes de Diamond League. Étudions d’un peu plus près ces athlètes qui ont brillé et aussi ceux qui ont davantage déçu.
Les satisfactions
Cyréna Samba-Mayela
Elle est certainement l’une des plus grandes satisfactions du clan français cette saison. La hurdleuse Cyréna Samba-Mayela, a réalisé la saison quasi parfaite. Alors qu’elle sortait d’une saison hivernale conclue par le titre de vice championne du monde en salle, Samba-Mayela a très vite affolé les chronos en battant le record de France. Anciennement co-détenu par Cindy Billaud et Monique Éwanjé-Épée en 12.56, Cyréna Samba-Mayela va réaliser un centième de mieux lors de la Diamond League de Xiamen.
Puis elle a réalisé 12.52 aux États-Unis, avant de l’exploser en demi-finale des Championnats d’Europe de Rome avec un très joli 12.43. Et pour clôturer de la plus belle des manières ces championnats, elle a glané le titre européen en améliorant à nouveau son record de France en 12.31.
S’ensuivent des semaines plus compliquées, où la championne d’Europe va contracter la Covid. Ses derniers chronos avant les JO vont même inquiéter (12.7, 12.8). Pourtant, en championne, la Tricolore se hisse en finale des Jeux et s’offre brillamment la médaille d’argent olympique, à rien du titre. Une consécration qui vient récompenser une magnifique saison. Pour terminer, elle s’alignera sur la finale de Diamond League où elle terminera à une anecdotique 7ème place.
𝐕𝐈𝐂𝐄-𝐂𝐇𝐀𝐌𝐏𝐈𝐎𝐍𝐍𝐄 𝐎𝐋𝐘𝐌𝐏𝐈𝐐𝐔𝐄. On a cru à l’or, mais ça reste une magnifique médaille d’argent pour Cyréna Samba-Mayela, en larmes après l’arrivée 🥹🇫🇷
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Le 800m tricolore en feu
Ce n’est pas une personne mais bien une discipline au global. Le 800m français, qu’il soit féminin ou masculin, a brillé cette année. Chez les dames, on a certainement eu le droit à une densité jamais connue auparavant. Pas moins de 4 françaises sous les 2 minutes, et pour conclure parfaitement une finale olympique.
Rénelle Lamote, malgré un début de préparation gâché par les blessures, a réalisé une splendide saison, en améliorant son record personnel (1:57.06). Elle a ensuite réussi à se qualifier pour sa première finale olympique, dans laquelle elle a longtemps joué la médaille, elle termine finalement à une très belle 5ème place. Puis, elle a réussi à se qualifier pour la finale de la Diamond League, alors qu’elle en a fait peu, où elle a obtenu la 4ème place, à un millième de la 3ème place.
🇫🇷 Quand tu apprends que tu vas participer à ta première 𝐟𝐢𝐧𝐚𝐥𝐞 𝐨𝐥𝐲𝐦𝐩𝐢𝐪𝐮𝐞 🤩
👏 Rénelle Lamote est qualifiée pour la finale du 800m
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Mais si on a l’habitude de voir Lamote au premier plan, voir plusieurs françaises s’inviter parmi les toutes meilleures est plutôt une chose très rare. Et pourtant, Léna Kandissounon et Anaïs Bourgoin se sont invitées aussi à la fête du 800m tricolore. Toutes deux se sont qualifiées pour les Jeux, et quand à la deuxième citée, elle a obtenu la médaille de bronze lors des Championnats d’Europe de Rome, en terminant juste devant Léna Kandissounon. Il ne faut pas oublier non plus l’excellente saison de Charlotte Pizzo, qui est descendue sous les deux minutes (1:59.93), ou encore Clara Liberman, toute proche aussi de cette barre symbolique (2:00.16).
Du côté masculin, là aussi l’effervescence était présente. Pas moins de 6 français ont réalisé un chrono sous les 1:45. Le plus en vue, Gabriel Tual, a effectué une saison faramineuse, avec un record de France explosé (1:41.61), un titre de champion d’Europe, une 6ème place aux Jeux, et pour terminer, une quatrième place en finale de Diamond League. Il y avait tellement de Tricolores en forme, que la bataille pour se qualifier aux Jeux fut rude. La troisième et dernière place s’est jouée sur une course, lors des Championnats de France, entre Corentin le Clezio, et Yanis Méziane (c’est le premier qui a obtenu le sésame). Jamais on avait vu autant de Français avec de tels chronos.
La belle saison des lanceurs
Il y a des noms qu’on a l’habitude de voir lorsqu’on regarde les lancers tricolores, mais cette saison a permis de découvrir davantage des lanceurs moins connus du grand public. Une pépite s’est révélée cet été, elle se nomme Rose Loga (marteau). Déjà médaillée européenne et mondiale chez les jeunes, en 2021, la Parisienne avait commencé plus difficilement ses grands rendez-vous chez les seniors, avec deux éliminations en qualifications, aux Europe de 2022, et aux Mondiaux 2023. Mais cette année, lors des Championnats d’Europe de Rome, la Française s’est non seulement qualifiée pour la finale, mais en plus elle y a remporté la médaille de bronze, avec un nouveau record à 72,68 m. Elle participera aux Jeux, mais ne verra pas la finale, tout comme Alexandra Tavernier, taulière de la discipline depuis plusieurs années mais gênée par des blessures récurrentes ces derniers temps.
À nouveau au marteau mais chez les messieurs cette fois, Yann Chaussinand s’est invité parmi les tout meilleurs. D’abord, il va battre son record lors du Meeting Stanislas (Nancy) avec un jet à 79,88 m. Puis va passer tout proche de la médaille lors des Championnats d’Europe (5ème). Aux JO, il rejoindra la finale et croira au podium pendant un instant avec un gros premier jet, finalement non mesuré (8ème au final). Quentin Bigot, leader des Bleus depuis longtemps dans la discipline, a tout tenté pour revenir à son meilleur niveau après une hernie discale contractée en 2023. Mais malgré tous ses efforts, le Français n’est pas parvenu à se qualifier pour les Jeux.
Au javelot, la France a trouvé son nouveau prodige, Teuraiterai Tupaia. Cette année, le Polynésien a tutoyé les sommets en explosant de près de 4 m le record de France pour le porter à 86m11. Le reste de la saison fut très frustrante pour le tricolore puisqu’il va se blesser lors des Europe, alors qu’il était en position de jouer le podium. Et ne se remettra pas suffisamment pour les Jeux, lors desquels il ne mesurera aucun de ses essais.
Pour finir, la légende du disque Mélina Robert-Michon a continué de montrer qu’elle était toujours là, à 45 ans, en se qualifiant pour ses 7èmes Jeux.

Le renouveau du fond français
À l’image du 800 m, c’est le demi-fond français qui a connu une grosse progression cette saison. Pour citer les principaux noms, on parlera d’Agathe Guillemot. La Bretonne s’est offert le record de France du 1 500m, a obtenu le bronze des Europe, et un top 10 aux Jeux Olympiques, dans une discipline où l’on avait perdu l’habitude de voir la France aux avant-postes. Alice Finot bien évidemment, elle aussi a pulvérisé le record de France, qu’elle détenait déjà, s’est offert le titre de Championne d’Europe et a terminé au pied du podium aux JO. Yann Schrub et Alexis Miellet se sont eux aussi démarqués, avec une médaille aux Championnats d’Europe, l’argent pour Schrub, l’or pour Miellet.
Le 400m haies français
Une autre discipline a fait rêver le public français cet été. Il s’agit du 400m haies, et à nouveau, autant chez les hommes que chez les femmes.
Une certaine Louise Maraval a fait chavirer le cœur des Français. Elle avait surpris tout le monde, du côté de Marseille, en s’acquittant des minima olympiques en 54s44, synonyme de 2ème meilleur performance française de tous les temps, derrière Marie-José Pérec. Elle n’avait pas tardé à le faire descendre, en prenant la médaille d’argent des Europe.
Et pour abaisser davantage le chrono, quoi de mieux que de la concurrence. Lors des Championnats de France, Shana Grebo est venue batailler avec Louise Maraval dans la dernière ligne droite. Ce combat leur a permis à toutes les deux de descendre sous les 54 secondes, et à Grebo de réaliser les minima olympiques elle aussi, en plus du 3ème meilleur chrono français de l’histoire. Maraval, réussira à se hisser en finale des Jeux, où elle obtiendra le 8ème place.
Un autre français a brillé dans la discipline, Clément Ducos, peu connu du grand public, s’est révélé cette année et a tutoyé les sommets. D’abord, il s’est acquitté des minima pour les Europes en 49.03, puis est descendu sous les 49 secondes (48.26) en devenant le 5ème meilleur performeur français de tous les temps, minima olympiques en prime. Mais il va changer de dimension lors des JO, en réalisant 47.69 en séries. Encore plus fort, le Tricolore va se qualifier pour la finale, dans laquelle il va échouer au pied du podium. Pour terminer sa saison en beauté, Ducos améliorera à nouveau son record en 47.42, du côté de Chorzow (Pologne).
Le 4x100m féminin
Plus qu’un athlète, c’est un collectif qui s’est révélé, celui du 4x100m féminin. Surprenantes au mois de mai, lors des Mondiaux de relais où elles sont allées chercher l’argent, les filles ne se sont pas arrêtées là. Aux Championnats d’Europe de Rome, Orlann Olière, Gémima Joseph, Hélène Parisot et Sarah Richard-Mingas obtiennent à nouveau de l’argent. Brillantes, on s’est même mis à rêver d’un podium aux Jeux, et ce n’est pas passé loin.
Finalement 4èmes, c’est aussi le chrono qu’il faut regarder. Avec 43.12 comme meilleur temps en 2023, les filles du relais ont cette saison réalisé beaucoup de chronos en dessous des 43 secondes, avec comme meilleur marque, un 42:10. Parmi elles, Hélène Parisot a profité de ces ondes positives pour progresser aussi en individuel, avec le bronze sur le 200m des Europes, et une finale olympique manquée pour une seule place.
Le saut en hauteur féminin
Pour terminer, il ne faut surtout pas oublier la belle saison du saut en hauteur féminin français. Solène Gicquel et Nawal Meniker ont redonné des couleurs à la hauteur française.
Déjà dans l’histoire après s’être toutes les deux qualifiées pour la finale des Mondiaux l’an passé à Budapest (une première dans l’histoire), les Tricolores ont continué leurs exploits cette année. En particulier Nawal Meniker. La Française a connu sa première finale européenne, chez les grandes, à Rome, où elle a terminé 6ème. Elle s’est ensuite illustrée lors du Meeting de Paris, à Charléty, en établissant un nouveau record personnel à 1,95 m.
Elle s’était ensuite attaquée, sans succès, au record de France de la discipline. Nawal Meniker a participé aux Jeux Olympiques avec Solène Gicquel, et s’est qualifiée pour la finale, dans laquelle elle a obtenu la 11ème place. Là aussi, un renouveau a explosé dans une discipline pauvre en représentants tricolores ces dernières années.
🚨 𝗥𝗲𝗰𝗼𝗿𝗱 𝗱𝗲 𝗽𝗲𝗿𝘀𝗼𝗻𝗻𝗲𝗹 ! 🙌
Nawal Meniker culmine à 1,95 m au saut en hauteur et grappille deux centimètres à sa marque de référence 🔝
📺 Le #MeetingParis est à suivre en 𝗗𝗜𝗥𝗘𝗖𝗧 dès maintenant sur @lachainelequipe pic.twitter.com/MbMjXL49lk
— FFAthlétisme (@FFAthletisme) July 7, 2024
Les déceptions
Le 110 m haies
Il y a bien une discipline qui est une tradition française en athlétisme, et qui pourtant, cette saison, n’a pas brillé. Il s’agit là du 110 m haies. On laisse bien évidemment de côté Just Kwaou-Mathey, qui était très attendu, mais qui s’est malheureusement rompu le tendon d’Achille en avril.
L’autre tricolore très attendu était Sasha Zhoya, mais malgré une bonne fin de saison (record personnel porté à 13.10 secondes) et le titre Diamond League, le Tricolore n’a pas été capable d’exprimer tout son potentiel cet été. Annoncé comme potentiel médaillable aux Jeux, le Français n’est pas parvenu à se qualifier pour la finale.
Même chose pour les deux autres tricolores engagés, Raphaël Mohamed et Wilhem Belocian. Pour Mohamed, il faut tout de même souligner sa belle progression, lui qui a notamment atteint la finale des Championnats d’Europe dans laquelle il a terminé au pied du podium.
🇫🇷 Pas de 𝐟𝐢𝐧𝐚𝐥𝐞 du 110m haies pour Sasha ℤ𝕙𝕠𝕪𝕒 ❌
Son temps de 13 »34 ne lui permettra pas de se qualifier au temps pour la finale ☹️
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— Eurosport France (@Eurosport_FR) August 7, 2024
La perche masculine
Une autre discipline qui a souvent porter haut les couleurs de la France, à savoir le saut à la perche. Mais cette saison, les Bleus ont été davantage dans le dur. Cela peut sembler être un euphémisme pour Thibaut Collet qui est devenu le 3ème meilleur français de l’histoire avec un saut à 5,95 m. Mais cela n’aura pas suffi à remporter de médailles en grand championnat. Encore plus difficile, aucun Français n’est parvenu à se hisser en finale des Jeux, une grosse déconvenue.
On a aussi assisté à des saisons compliquées pour Ethan Cormont et Valentin Lavillenie, gênés par les blessures. D’autres athlètes poussent et continuent de progresser néanmoins, à l’image de Robin Emig, Anthony Ammirati, ou encore Baptiste Thierry, mais le niveau de la perche masculine est tellement haut, qu’hormis Collet, aucun Bleu ne semble pour l’instant capable de rivaliser avec le gratin mondial.
La longueur
La longueur française a souffert également. Jules Pommery, nouveau cador de la discipline en France, a connu une préparation difficile, marquée par les blessures, ce qui l’a empêché de s’exprimer pleinement tout au long de l’année. Résultat, pas de finale européenne, et pas de qualification aux Jeux. Au Stade de France, seul Tom Campagne était présent, mais malheureusement, il n’a pas réussi à attraper une des places qualificatives pour la finale. Autre espoir depuis quelques années, Erwan Konaté a lui aussi subi la dure loi du sport de haut niveau avec les blessures, et n’a pu s’exprimer.
Des promesses pour l’avenir
Pour l’équipe de France, il y a aussi des espoirs pour l’avenir, et c’est important à souligner. Parlons de Méta Tumba. Annoncée depuis quelques années comme la future pépite de l’athlétisme français, la jeune athlète a réalisé un gros résultat cet été, en remportant le titre mondial U20 sur le 400 m haies, avec un record de France de la catégorie amélioré, avec 55:59. Un énorme chrono, à savoir qu’en dernière année U23, Louise Maraval n’était pas allée aussi vite.
💥 𝗖𝗛𝗔𝗠𝗣𝗜𝗢𝗡𝗡𝗘 𝗗𝗨 𝗠𝗢𝗡𝗗𝗘 𝗨𝟮𝟬 !
🇫🇷 Méta Tumba a survolé la finale mondiale du 400 m haies à Lima, la nuit dernière, et l’a emporté en 55 »59, record de France explosé !
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— FFAthlétisme (@FFAthletisme) September 1, 2024
À l’image de l’effervescence de la discipline, Chloé Le Roch (marche) fait aussi partie des promesses. Cette saison, la Tricolore a impressionné lors des Mondiaux U20, elle qui n’est encore qu’une U18, en s’offrant le record de France U20 et une 8ème place lors du 10 000m marche. Concernant le record, elle ne l’a pas juste battu, mais bien pulvérisé, puisqu’elle a raboté de 40 secondes, celui détenu par Camille Moutard.
Sans citer d’autres noms, il faut bien avouer que l’athlétisme français a retrouvé des couleurs cette saison. Souvent critiquée, pas toujours aidée par sa fédération, l’équipe de France a déjà retrouvé la place qui était la sienne au niveau européen. À l’international, on commence à apercevoir plusieurs chances de médailles, avec des athlètes qui explosent. Affaire à suivre.


