Pascal Sergent : « Lucien Van Impe ne vivait que pour le maillot à pois »
TOUR DE FRANCE 2025 – Dans son armoire, l’historien Pascal Sergent a une collection de plus de 2000 maillots qu’il a recensés dans son livre « 1001 maillots de cyclisme portés par les champions » (Éditions Solar). Parmi eux, plusieurs sont blancs à pois rouge, de celui de Jean-Luc Vandenbroucke en 1980 à celui de Romain Bardet en 2019, en passant par celui de Laurent Jalabert en 2001. Pascal Sergent revient donc sur l’histoire du maillot distinctif du classement du Grand Prix de la montagne qui fête, cette année, ses 50 ans.
Interview réalisée avant le départ du Tour de France 2025.
Pourquoi le maillot à pois est-il arrivé si tardivement ?
C’est vrai que c’est un peu étonnant, car le classement de la montagne existe depuis les années 30 (1933), il n’y a pas eu de maillot distinctif avant 1975. Surtout que le maillot jaune est arrivé en 1919, le maillot vert en 1953, et il y avait même celui du combiné entre la fin des années 60 et le milieu des années 70.
Qui a été à l’initiative ?
Félix Lévitan, qui était le grand argentier du Tour de France et qui dirigeait toute la partie comptable et administrative, est celui qui a introduit le maillot. Une des hypothèses est qu’il s’agissait d’une reconnaissance supplémentaire pour Poulain, le premier sponsor du maillot à pois. La marque était partenaire de l’épreuve depuis les années 30 et a fait partie des premières marques à intégrer la caravane. Ce pouvait aussi être un deal commercial pour permettre à Poulain d’apparaître sur un maillot en plus du podium.
Pourquoi un maillot à pois pour représenter la montagne ?
C’était en référence à Henri Lemoine, un coureur qui a roulé avant et après la Seconde Guerre mondiale. Il portait un maillot à pois rouge et c’est comme cela qu’on le reconnaissait. Et cette idée a été reprise, car c’est un motif qui se voit de loin. Le maillot jaune et le vert peuvent parfois être confondus, mais pas le maillot à pois.
Qui ont été les coureurs les plus emblématiques à l’avoir porté ?
Il y a deux types de grimpeurs. Ceux que l’on peut considérer comme des grimpeurs hors pair comme Charly Gaul (Luxembourgeois vainqueur du Grand Prix de la montagne en 1955 et 1956 et du Tour en 1958) ou Federico Bahamontes (vainqueur du Tour 1959 et six fois lauréat du Grand Prix de la montagne en 1954, 1958, 1959, 1962, 1963 et 1964) qui étaient des grimpeurs extraordinaires. Et parfois, il y a des coureurs qui ont remporté le maillot à pois qu’on ne peut pas considérer comme des grimpeurs et qui vont chercher des points sur des cols de 4ème, 3ème et 2nd catégorie au fil des étapes. Par contre, sur des grands cols, ils sont dépassés par les purs grimpeurs. Je pense notamment à Julian Alaphilippe (2018) ou à Laurent Jalabert en fin de carrière (2001 et 2002). D’ailleurs, quand on regarde le palmarès, ce ne sont pas toujours des purs grimpeurs qui ramènent le maillot à pois à Paris.

Quel est le coureur qui représente le mieux ce maillot à pois ?
Sans parler des vainqueurs d’avant l’apparition du maillot à pois, car Gaul et Bahamontes sont les deux meilleurs grimpeurs sans contestation possible, c’est Lucien Van Impe. Il a gagné six fois le Grand Prix de la montagne (1971, 1972, 1975, 1977, 1981, 1983). C’était le grimpeur par excellence qui venait sur le Tour pour remporter le Grand Prix de la montagne. Cyrille Guimard lui a fait comprendre qu’il pouvait également remporter le maillot jaune (ce qu’il a fait en 1976), mais Lucien Van Impe ne vivait que pour le maillot à pois. C’était sa quête absolue.
Diriez-vous qu’il s’agit du maillot le plus accessible ?
Oui, surtout en début de course. Il suffit de se glisser régulièrement dans l’échappée en début de Tour et de passer en tête des petits cols et côtes de 4ème et de 3ème catégories. C’est comme ça qu’un coureur “anonyme“ peut porter un maillot distinctif pendant une semaine, avant d’attaquer la vraie montagne. Le maillot vert est beaucoup plus difficile à avoir, car il est réservé aux sprinteurs. D’ailleurs, ils peuvent aussi avoir le jaune, car ils franchissent les premières étapes, souvent plates, en tête du peloton.
Qui voyez-vous le ramener sur les Champs-Élysées cette année ?
C’est très ouvert, mais, aujourd’hui, on va probablement retrouver un vainqueur du Grand Prix de la montagne qui sera parmi les deux ou trois premiers. Quand on a des duels entre Jonas Vingegaard et Tadej Pogačar, qu’ils se tirent la bourre en permanence, qu’il y a plusieurs arrivées au sommet et que le coureur qui gagne accumule des points, les leaders sont souvent lauréats du maillot jaune et du maillot à pois (quatre fois sur les dix dernières années : Christopher Froome en 2015, Pogačar en 2020 et 2021 et Vingegaard en 2022). C’est devenu plus difficile pour des puncheurs.


