Nodjialem Myaro : « Il faut proposer un produit qui soit vendeur »
LIGUE BUTAGAZ ÉNERGIE – Entretien avec Nodjialem Myaro, présidente de la Ligue Féminine de Handball, qui regroupe la LBE et la 2ème division. Elle fait le bilan de la saison sportive passée. On revient également sur la difficulté financière que traversent certains clubs actuellement, avec des structures qui ont dû renoncer ou qui ont été reléguées en Nationale 1. Mais aussi sur le communiqué du Brest Bretagne Handball, concernant la diffusion de leurs matchs.
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Nodjialem Myaro : « Je ne sais pas ce qui manque à Metz pour gagner la Ligue des Champions »
Metz et Dijon ont été de belles locomotives à l’échelle européenne. Pour vous, est-ce quelque chose d’important pour la Ligue Butagaz Énergie ?
Nodjialem Myaro (présidente de la LFH) : C’est très important, car c’est une source de motivation et d’inspiration pour nos clubs, qui peuvent se dire que c’est possible et tenter de faire de même. C’est aussi notre fierté.
Une équipe comme Metz, qui a disputé deux Final 4, qu’est-ce qui lui manque pour gagner la Ligue des Champions ?
C’est fou, car chaque saison, on se dit que ça peut être la bonne année pour aller chercher le titre. Et à chaque fois, il y a cet échec au Final 4. Franchement, je ne sais pas vraiment ce qui leur manque. J’ai l’impression que Metz possède les joueuses clés. C’est un club qui remporte régulièrement le championnat. J’ai du mal à analyser les raisons de ces échecs dans le carré final. Il n’y a aucune raison pour que Metz échoue et ne remporte pas au moins une fois la Ligue des Champions.
Au début, on pouvait évoquer un manque d’expérience, mais aujourd’hui, cela ne tient plus. On pourrait aussi parler de l’absence de certaines futures mamans (NDLR : Chloé Valentini et Laura Flippes). Mais ce sont des explications relatives, car l’année précédente, elles étaient présentes. Même si notre championnat fonctionne un peu à plusieurs vitesses, il reste tout de même cohérent et porteur d’enjeux.

On voit un championnat qui progresse et, paradoxalement, des équipes en difficulté économique. Comment les clubs et la LFH peuvent-ils résoudre ce problème ?
Il faut miser sur une structuration solide des clubs et sur leur capacité à gérer et anticiper. Avoir des bases financières stables est essentiel pour faire face aux difficultés budgétaires qui peuvent survenir. C’est toute une réflexion globale et stratégique qui est menée, notamment autour de la masse salariale et du budget.
Au niveau de la Ligue, nous sommes en recherche constante de partenariats pour générer des ressources et les redistribuer aux clubs. C’est ce que nous avons pu faire cette année grâce à notre nouveau partenaire, la MGEN.
Lors de la conférence de presse de rentrée de la LFH, vous avez adressé un message aux partenaires. Pensez-vous qu’il existe encore une certaine frilosité autour du handball féminin ?
Je ne sais pas si cela concerne uniquement le handball féminin ou le sport féminin dans son ensemble. La question est plus large. Je crois que le handball a été précurseur dans beaucoup de domaines. Aujourd’hui, on voit d’autres sports, comme le rugby, emboîter le pas, et c’est une très bonne chose.
La difficulté reste liée au contexte économique, aussi bien pour les entreprises que pour les collectivités, dont les subventions sont en baisse.
Malheureusement, les conséquences sont plus dommageables pour le sport féminin que pour le sport masculin. Le sport féminin est la première victime. Les clubs doivent donc être capables de gérer au mieux leur budget et de trouver un équilibre entre performance sportive et structuration. Il faut éviter que l’enjeu sportif prenne le dessus sur la stabilité du club. Cela passe aussi par la recherche active de partenariats locaux et par une organisation globale solide.
Nodjialem Myaro : « Les clubs doivent miser sur l’événementiel et pas uniquement sur les résultats sportifs »
Aviez-vous la crainte d’un effet domino après la disparition ou la relégation de certains clubs ?
Pas une crainte, mais il faut rester vigilant. Certains clubs gèrent très bien leur budget, avec une vraie capacité d’anticipation et de régulation. Ce sont de bons gestionnaires, attentifs à la répartition des ressources et aux risques. Il ne faut pas tout miser uniquement sur le sportif, mais aussi investir dans la structuration et dans des postes stratégiques qui apportent de la stabilité.
Nous traversons une période d’incertitude, mais, en parallèle, nous avons des clubs solides. Même si, bien sûr, on ne peut jamais garantir quoi que ce soit à 100 %.
On voit effectivement que certains clubs ont trouvé leur public. Les Bleues, elles aussi, ont un vrai public fidèle. Comment peut-on capitaliser sur le succès des Bleues et de ces clubs moteurs ?
Il faut utiliser les joueuses internationales comme premiers relais dans leurs clubs. Mais il ne faut pas se limiter à la visibilité médiatique. Il est essentiel de développer des actions locales, permettant aux jeunes handballeurs et handballeuses de rencontrer ces joueuses et de s’en inspirer.
Il faut travailler sur l’événementiel, créer des moments forts où les gens viennent voir du handball. C’est cette dynamique qui peut générer un réel engouement. On ne peut pas uniquement se reposer sur les performances sportives. Les résultats sont là, mais cela ne suffit pas toujours à faire grandir le handball féminin à la hauteur de son potentiel.
Nodjialem Myaro : « On peut avoir moins de monde, mais un public très fervent »
L’exemple de l’ATH…
(Elle coupe) Exactement ! C’est un très bon exemple de ce qui peut se faire en matière d’originalité et de rassemblement, avec du public dans les salles. Le club se challenge chaque saison pour aller encore plus loin. Quatre ou cinq matchs auront lieu au Rhénus Sport. C’est un bel exemple, mais qui appartient à l’ATH. Les autres clubs doivent trouver leur propre point d’accroche.
Est-ce que cela peut marcher pour un club qui n’a pas une grosse agglomération autour de lui ?
Cela dépend des critères. On peut avoir moins de monde, mais un public très fervent et engagé. Il n’y a pas que la quantité, il y a aussi la qualité de l’engagement. Il ne faut pas penser que, parce qu’on est dans une petite agglomération, on ne peut pas avoir un club très actif et ancré dans sa ville.
La LBE revient à 12 clubs l’année prochaine. Y a-t-il eu une crainte de voir certains clubs pas assez structurés ?
Ce n’est pas une crainte, mais plutôt une anticipation et une mise en face de la réalité. L’un des arguments concernait aussi la deuxième division, qui est la plus en difficulté et repartira à 10 clubs. La LFH, ce n’est pas seulement la première division, mais aussi la deuxième. Il faut avoir une vision globale, rééquilibrer et anticiper les difficultés de l’ensemble des compétitions.
Nodjialem Myaro : « Quand on prend une décision votée et demandée par tous les clubs et qu’on ne va pas dans ce sens-là, je ne trouve pas cela très correct »
Brest Bretagne Handball a publié un communiqué concernant la diffusion de ses matchs. Quel est votre point de vue sur ce sujet ?
C’est simple : évidemment que nous nous battons tous, collectivement, pour obtenir la meilleure visibilité possible. Une stratégie avait été définie et votée par les clubs eux-mêmes, afin d’assurer des conditions de diffusion de qualité. Brest n’a pas respecté ce qui avait été décidé par l’ensemble des clubs et la Ligue.
Sur le principe, bien sûr qu’il faut montrer du handball. Mais aujourd’hui, nous travaillons à proposer une diffusion homogène, avec une qualité d’image et un tracé unique. L’idée est de proposer un produit de qualité, et je le rappelle : c’est une volonté qui est venue des clubs eux-mêmes.
C’est pourquoi ce revirement de Brest est étonnant. Je comprends parfaitement qu’un club souhaite diffuser tous ses matchs pour ses supporters fidèles. Là-dessus, je n’ai aucun problème et je comprends même cette envie. Mais lorsqu’une décision a été votée et demandée par tous les clubs, dans l’intérêt collectif, ne pas la respecter n’est pas très correct.
« 𝗠𝗼𝗻𝘁𝗿𝗲𝗿 𝗻𝗼𝘁𝗿𝗲 𝗲́𝗾𝘂𝗶𝗽𝗲 𝗻’𝗲𝘀𝘁 𝗽𝗮𝘀 𝘂𝗻 𝗱𝗲́𝗹𝗶𝘁 »
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— BBH officiel (@BBH_Officiel) September 8, 2025
Pour rester sur la question de la diffusion, est-ce possible, à moyen ou long terme, d’avoir des droits TV pour la LBE ?
On n’en est pas encore là. Les diffusions avec droits concernent d’abord les équipes de France. Pour autant, nous nous battons. Il ne faut pas avoir la mémoire courte : dans l’histoire de la LFH, il y a eu des périodes très difficiles, où nous n’avions quasiment plus aucune visibilité. Nous nous sommes battus pour la retrouver.
Alors, quand certains pensent que nous ne faisons pas d’efforts pour la visibilité, c’est tout l’inverse. Bien sûr, les droits TV sont une finalité, mais c’est un processus qui prend du temps.
Quelles pourraient être les étapes intermédiaires ?
Il faut trouver une formule attractive, que ce soit autour de la compétition ou d’un événement phare. L’idée est de proposer quelque chose qui ne repose pas uniquement sur le championnat, mais qui soit vraiment « vendeur » pour attirer diffuseurs et spectateurs.
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Ligue Butagaz Energie : Le programme de la 3ème journée
Mercredi 24 septembre à 20h
Brest (2) – Strasbourg (5)
Chambray (10) – Nice (3)
JDA Dijon (13) – Toulon (11)
Le Havre (14) – Sambre Avesnois (7)
Plan de Cuques (8) – Paris 92 (12)
Saint-Amand les Eaux (4) – Metz (1)
Saint-Maur (9) – Besançon (6)


