Handball Ligue Butagaz Énergie : Grande souffrance chez les clubs féminins en France
LIGUE BUTAGAZ ÉNERGIE – À l’amorce de la reprise du championnat de France de handball, zoom sur les difficultés qu’ont les clubs pour résister financièrement. Alors que Mérignac a été rétrogradé en N1, soit le 5ème club qui connait des soucis financiers en quatre ans.
Mérignac rétrogradé en Nationale 1
À quelques jours de la reprise officielle de la Ligue Butagaz Energie, prévue le 3 septembre prochain, un constat. Mérignac Handball, 9ème du dernier exercice et qui avait acquis son maintien, ne figure pas dans les 14 clubs qui vont défendre leurs chances, au sein de l’élite du handball féminin français. Maintenu sur le terrain, mais rétrogradé administrativement, par la Commission Nationale de Gestion et de Contrôle (CNGC) en Nationale 1 (le 3ème échelon). Le club girondin, qui évoluait depuis la saison 2019-2020, en LBE, a tenté de faire appel. Mais n’a pas eu gain de cause. En cause, un déficit important.
Si on ne connait pas le montant, nos confrères de France Bleu, avaient donné en 2022, le chiffre de 180.000 €. Soit près de 15 % du budget du club. À l’époque, Mérignac avait écopé de neuf points de pénalité. Mais avait réussi à s’en sortir. L’an passé, une rétrogradation administrative avait déjà été prononcé. Mais, après des semaines de lutte, Mérignac avait obtenu gain de cause et une réintégration dans la première division… Alors que la première journée avait été disputée. Si, d’un premier abord, c’est surtout un coup dur pour le meilleur club de Nouvelle-Aquitaine chez les femmes, c’est un nouveau révélateur d’une situation très compliquée pour le handball féminin en France.
Alors que l’équipe de France est au sommet de sa popularité, remplit les salles, les clubs sont en grande difficulté. Mérignac retrouvera en N1, Celles-sur-Belle, qui évoluait encore en D1 en 2022-2023, avant de se faire rétrograder administrativement en D2. Puis en Nationale 1 cette saison.
Une onde de choc depuis la fin de la crise du Covid_19
La perte de Bourg-de-Péage et Fleury-les-Aubrais
C’est la prolongation d’une onde de choc entamée post Covid-19. Avec la disparition, lors de la saison 2022-2023 de Bourg-de-Péage et de Fleury-les-Aubrais. Bourg-de-Péage, qui réalisait une saison magnifique en 2021-2022, occupant même la 2ème place à la mi-championnat. Devant Brest, qu’elles avaient battu 37-31 en ouverture de championnat. Avant d’écoper de 18 points de pénalité. Un club avec un effectif de très grande qualité. Avec Camille Depuiset dans les cages, la toute jeune Léna Grandveau, mais aussi l’ex-internationale Manon Houette ou une des légendes du handball brésilien, Alexandra do Nascimento, championne du monde 2013 avec le Brésil. Engagé la saison suivante, le club déposera le bilan en cours de saison, entraînant un forfait général. En cause, une dette montée à 1,3 million d’Euros.
La même année, c’est Fleury-les-Aubrais qui déposait le bilan. On parle là d’un club institutionnel du handball féminin. Champion de France 2014-2015 et très souvent européen. Et qui a vu passer une joueuse comme Alexandra Lacrabère. Mais retombé en D2 cette année-là. Cause de cette chute, le retrait de l’actionnaire majoritaire, Jean-Pierre Gontier, en 2019. Le club plonge avec un déficit qui s’approche de 300 000 € et le Grand-Orléans qui refuse une subvention de 100 000 € le 18 novembre 2022. La liquidation interviendra un mois après.
Le choc de la perte des Neptunes de Nantes
C’est également le retrait d’un actionnaire majoritaire qui va entraîner un des gros chocs de la période récente. Celle de la disparition des Neptunes de Nantes. Au cours de la saison 2023-2024, le groupe Realités annonce baisser la voilure, niveau investissement. Pour finalement, en plein été, alors que la France était au cœur de ses Jeux Olympiques, annoncer son retrait soudain. Si Floriane André et Oriane Ondono avaient déjà signé à Brest, Léna Grandveau a dû trouver une solution en urgence. Elle signe à Metz. « Et cela a été plus dur après les JO, pour gérer tout cela », confiait la joueuse, dans notre interview. « J’ai eu du mal à faire le deuil des Neptunes de Nantes. Car je n’ai pas pu dire au revoir aux gens et à tout ce que j’avais construit là-bas. C’est un pan et un tournant de ma carrière qui s’est fait là-bas ».
Pourtant, en 2021, le club qui s’appelait encore le Nantes Atlantique Handball remportait la Ligue Européenne, la seconde coupe d’Europe. Devenant alors le second club français à soulever une coupe d’Europe chez les femmes. Après Besançon. Une exception, mais qui n’a jamais amené un vrai engouement dans une ville où le football prend beaucoup de place. Et avec un club de handball masculin très performant. Un club qui, malgré les bons résultats, des qualifications européennes, peinait à remplir sa salle, contrairement à leurs homologues masculins. Aujourd’hui, le club, renommé Nantes Féminin Handball, est en D2 et a frôlé la liquidation judiciaire. En quatre ans, cinq clubs évoluant ou ayant évolué en D1, ont soit déposé le bilan, soit été rétrogradés administrativement.
Le hic de la médiatisation
Le souci, c’est que le la Ligue Butagaz Énergie peine encore à se faire une place médiatiquement. Le handball, malgré une diffusion TV correcte (un match par journée diffusé sur beIN Sports et la majorité des autres sur Handball TV, la plateforme de diffusion de la FFHB), ne rapporte pas un centime aux clubs. Pire, la réalité est différente. Les clubs ne perçoivent pas de droit TV (contrairement au football ou au rugby masculin). Pire encore, c’est à la charge financière des clubs de s’assurer que la diffusion télé soit techniquement possible. Ce qui a été objet de crispation la saison passée. Notamment du côté du Brest Bretagne Handball. Qui s’était fendu d’un communiqué relayé par nos confrères de HandNews.
Le club breton voulait relayer le match de la 25ème journée de championnat, contre Chambray, sur la chaine locale TEBEO. Véto de la Ligue Féminine de Handball. Brest assure avoir payé 26.000 € durant la saison, pour la production TV. Si le club brestois possède un gros budget (8,65 millions d’Euros au début de la saison dernière), cela reste une somme importante. Et qui pèse encore plus lourd pour des clubs ayant un budget entre 1 et 2 millions d’Euros. La LFH avait répondu, dans un article relayé par nos confrères de L’Équipe « À aucun moment, la LFH n’a communiqué publiquement sur une éventuelle gratuité de la rencontre, a toutefois tenu à rappeler l’instance. L’accès à ce match, dans le cadre d’un abonnement payant, s’inscrit dans une équité de traitement entre l’ensemble à l’égard de l’ensemble des supporters des clubs ».
Des clubs performants à l’échelon européen
Une médiatisation encore à la peine, alors que le championnat y est performant. Le Metz Handball s’est qualifié pour son second Final Four consécutif en Ligue des champions. Compétition ou Brest s’est hissée en finale en 2021, la même année que le sacre de Nantes en Ligue Européenne. La JDA Dijon a pris la 3e place de la seconde coupe d’Europe cette année. Ce n’est donc pas un souci de performance.

La présidente de la LFH, Nodjialem Myaro a évoqué ce mardi, lors de la conférence de presse de la ligue, ces soucis. Pointant du doigt certains acteurs : « Le sport en France n’est pas considéré à la hauteur des attentes fournies par les acteurs. J’aurais souhaité voir un impact au niveau de la ligue. La saison écoulée a été une des saisons les plus difficiles économiquement. Il y a un relâchement de certains partenaires privés, mais aussi publics ». Et salue l’engagement des clubs : « Je souhaite néanmoins saluer le travail des clubs. On a quand même un championnat stable et structuré. Avec des audiences de plus en plus importantes dans les salles ». Mais en 2026-2027, la LBE repassera à 12 clubs, contre 14 actuellement. Et ce n’est pas forcément une bonne nouvelle.


