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Léna Grandveau : « Je suis dans un bon état d’esprit »

Etienne Goursaud

Publié le

Léna Grandveau - Je suis dans un bon état d'esprit
Photo Icon Sport

HANDBALL – Entretien avec Léna Grandveau, demi-centre internationale, championne du monde et vice-championne olympique. La néo-Messine est revenue sur son changement de statut depuis son titre mondial fin 2023. Mais aussi son intégration et de son début de saison, au sein de Metz Handball, qu’elle a réjoint cet été, après la disparition des Neptunes de Nantes.

Pour son retour en équipe de France sous la houlette du nouveau sélectionneur Sébastien Gardillou, Léna Grandveau espère poursuivre sa progression en bleu, après des débuts canons au niveau international. Elle incarne aujourd’hui l’avenir de cette équipe.

Léna Grandveau : « Je fais du handball pour vivre des émotions fortes »

Tu as connu une fin d’année 2023 et une année 2024 riches et tu as changé de dimension. As-tu réussi à garder cette insouciance ?

Léna Grandveau : Oui et c’est ce qui me permet de rester moi-même. Je fais du handball pour me faire plaisir et pour vivre des émotions fortes, comme j’ai vécu ces derniers temps. Si je commence à perdre mon insouciance et perdre ma personnalité, je sais que je ne vivrai plus ces émotions-là. C’est le plus important d’être moi-même à chaque moment et à chaque émotion que je vis et que je peux vivre avec l’équipe de France.

Tu parles beaucoup d’émotions, si tu devais choisir la plus forte depuis le début de ta carrière, ce serait laquelle ?

Je pense que ce sont lors des championnats du monde. Ça a été hyper riche et c’est ma première médaille. J’étais hyper jeune et c’était totalement inespérée pour moi. Mais, bien sûr que les Jeux Olympiques resteront quelque chose de fort aussi.

Des Mondiaux où tu as eu le statut de la « petite jeune » qui sauve l’équipe de France en finale. C’était vraiment un moment fort dans ta jeune carrière ?

Oui et j’ai eu la chance de bien pouvoir m’exprimer à ce moment-là. J’ai eu plus de temps de jeu aux championnats du monde qu’aux JO. Cela a été plus facile d’avoir confiance, car j’avais la confiance de l’équipe. Mais quand je rentre sur le terrain, c’est pour tout donner. Que ce soit n’importe quand et même sur des matchs amicaux. Mais lors de ces mondiaux, j’étais jeune et personne ne me connaissait réellement bien. Et j’ai pu m’exprimer comme je le souhaitais et sans vraiment avoir de contres devant moi. Cela a pu très bien marcher pour l’équipe.

Léna Grandveau : « On a la chance d’avoir une vie à côté du handball »

Tu as pris la lumière après cette finale. Ça a été dur à gérer ?

Au début, cela a été très spécial, mais je ne dirais pas que c’était dur à gérer. J’ai été bien entourée à ce moment-là, pour gérer cela au mieux. Et je pense que je l’ai très bien fait. Comme je l’ai dit, j’ai pu m’exprimer, grâce à l’équipe. Le but était d’apporter ce petit plus qu’on me demandait. Aujourd’hui, même si ma notoriété a changé, j’ai su rester moi-même. Et j’ai su être moi-même du début à la fin et répondre au mieux et avoir la tête sur les épaules à ce moment-là.

Est-ce une chance de pratiquer un sport qui échappe aux dérives de la starification, notamment des plus jeunes ?

Je pense qu’on a la chance de ne pas être autant connus que certains. On a la chance d’avoir une vie à côté et que les gens ne nous reconnaissent pas tout le temps. Dans le monde du handball, tout le monde nous connait, mais dans le monde non. On peut profiter de notre vie extérieure et profiter de ce que l’on veut à côté. Et pour moi, c’est hyper important. Néanmoins, c’est important d’avoir de la notoriété. Et pouvoir avoir la reconnaissance que chacune puisse avoir.





Ton émergence se fait au moment où les Bleues sont au sommet de leur popularité et que les matchs de handball féminin sont de plus en plus diffusés. Cela va dans le bon sens non ?

Oui, c’est sûr. Et c’est une notoriété positive. Même si on ne contrôle pas tout l’extérieur. Cela nous apporte beaucoup et que j’ai pu plus me développer ces derniers temps. Comme j’ai dit, il en manque encore beaucoup. Notamment sur la visibilité. Mais on progresse chaque jour et c’est important. Mais ce serait bien que cela se stabilise financièrement, car on voit bien certains clubs qui partent à la dérive. Et ce n’est pas bien pour le handball.

Léna Grandveau : « J’ai eu du mal à faire le deuil de Nantes »

Tu as fait partie d’un club – Les Neptunes de Nantes – qui a disparu. Annonce faite en plein Jeux Olympiques. As-tu réussi à faire abstraction à ce moment-là ?

J’ai été bien entourée et cela m’a permis de pouvoir me détacher de cela. Et d’avoir le soutien que je pouvais avoir. Mais ce n’était pas facile. Et cela a été plus dur après les JO, pour gérer tout cela.

Et comment as-tu géré cet après ?

Mon agent m’a énormément aidé à trouver un club. Avec mes parents, on a dû déménager et réemménager. Cela a été finalement simple, mais il y a eu beaucoup de fatigue mentale.

Tu as vécu comme un soulagement, l’officialisation de ta signature à Metz ?

Oui, même si j’ai eu du mal à faire le deuil des Neptunes de Nantes. Car je n’ai pas pu dire au revoir aux gens et à tout ce que j’avais construit là-bas. C’est un pan et un tournant de ma carrière qui s’est fait là-bas. Maintenant, cela va beaucoup mieux. Et je suis focus à 100 % dans mon nouveau projet.

Tu arrives un peu au dernier moment, dans un groupe en plein renouvellement. Tu as dû t’intégrer dans un contexte particulier.

C’est sûr. Mais j’ai eu la chance de revenir en même temps que toutes les internationales françaises. J’ai pu m’intégrer, car je connaissais presque la moitié des filles. Cela a été facile.

On sent que tu montes en puissance et le dernier match de Ligue des Champions va dans ce sens.

Il fallait être patient. Ce n’est pas simple d’arriver dans un club et un grand club comme Metz. Il faut prendre du temps, être patient envers moi. Il faut que je sois tranquille et à pas me mettre la pression. Je sais que quand je me mets la pression, cela ne va pas et je ne suis pas moi-même. On voit que, petit à petit, je rentre dans mon jeu et que je deviens « moi » sur le terrain.

Léna Grandveau : « On ne peut pas douter de notre caractère et de notre mental à Metz »

Collectivement, il a eu des matchs compliqués avec Metz. Mais gagner des matchs comme le dernier en Ligue des Champions, est-ce que cela forge un collectif ?

Ce dont on ne peut pas douter, c’est bien notre caractère et notre mental. On a réussi à gagner dans toutes les circonstances. On ne doute pas de cela et on se met en route tranquillement. Ce serait quand même bien de pouvoir gagner plus tranquillement. Mais cela va se faire au fur et à mesure. On va gérer cela petit à petit, car il ne faut pas se prendre la tête. Et dire que tout va mal, puisqu’aujourd’hui, on est la seule équipe invaincue et c’est à noter.

Est-ce qu’il y a eu un déclic face à Plan-de-Cuques en championnat, quand vous revenez de loin, avec une grosse fin de match ?

Pas forcément. Cela se fait naturellement chez nous. On voit qu’on est dans la merde et on ne se lâche pas. On ne se crie pas dessus et on ne se dit pas que c’est la faute de l’autre. C’est même l’inverse. On se regarde et on se dit qu’on va le faire ensemble. Il n’y a pas de jugement et on a le droit de faire des erreurs. Il y a des moments, ce sera moi, des moments, ce sera l’autre. Mais on sait qu’on sera toujours ensemble et que, quoi qu’il arrive, on ne se lâchera pas.

Tu es arrivée dans un club qui dispute la Ligue des Champions. Une découverte pour toi. C’est ce qu’il fallait pour continuer ta progression ?

C’est la compétition qu’il fallait. Et c’est le club qui fallait. C’est un tout qui fait que je vais grandir, que ce soit avec l’entraîneur que j’ai (Emmanuel Mayonnade) qui est très exigeant. C’est ce qu’il me fallait à ce stade-là.

Léna Grandveau : « La Ligue des Champions est la compétition la plus dure qu’il puisse exister »

Après six matchs, as-tu pu mesurer l’intensité et le niveau de la compétition ? Et comparer avec la Ligue Européenne et les sélections nationales.

Il n’y a pas de doutes, c’est la compétition la plus dure qu’il puisse exister. Il y a toujours les meilleures joueuses de chaque pays. Une grande équipe. Et même si on joue une équipe qui découvre la Ligue des Champions, on sait que ce sera dur quand même. C’est une compétition que tout le monde veut jouer et que tout le monde veut gagner.

Dans le foot, on dit que la plus belle à gagner, c’est la Coupe du monde et la plus dure, c’est la Ligue des Champions. C’est vrai aussi en handball ?

Je dirais que oui. La Ligue des Champions est le plus grand trophée avec le club.

Puis, tu es déjà championne du monde…

(Elle rit) Après, je ne dis pas non à l’être une deuxième fois.

Voire trois ou quatre fois, comme certains de tes ainés…

Voilà ! (rires)

Léna Grandveau : « Mon objectif est de m’imposer en demi-centre en Bleue »

Tu as retrouvé l’équipe de France, qui démarre un nouveau cycle, avec un nouveau sélectionneur. Tu es dans quel état d’esprit ?

Je suis dans un bon état d’esprit, j’ai envie de voir ce que cela va donner. J’ai envie de voir les nouveautés et de donner un nouvel élan à cette équipe. On en avait peut-être besoin de voir des nouvelles choses. D’autres visions. On a toute envie d’intégrer le projet et de le suivre au mieux. Et aider à prendre leur nouveau statut.

Tu es encore jeune, mais tu possèdes une certaine expérience, avec deux médailles internationales. Tu définis comment ton rôle au sein de cette équipe ?

Je grandis en même temps que l’équipe. Il ne faut pas aller trop vite. Je suis encore très jeune et j’apprends énormément. Mais je ne suis plus si jeune en termes d’expérience en Bleue et il faut que je m’affirme et que je prenne de nouvelles initiatives. Et qu’on voit que cela fait deux ans que je suis là. Je sais à qui j’ai affaire et avec qui je joue. Et je n’ai plus le choix, je dois performer.

As-tu pu échanger avec Sébastien Gardillou, sur ton rôle et ce qu’il attend de toi ?

Oui. Après, aujourd’hui, je pense que mon rôle n’est pas encore défini au maximum. Je suis très polyvalente. Et c’est sur cela qu’on va encore jouer cette année.

Cette polyvalence a été ta force jusqu’à présent. Est-ce que tu t’es surprise lors du mondial 2023 ?

Oui bien sûr. Car je ne pensais pas que je pouvais performer à ce poste-là. Je savais que je pouvais aider, mais pas autant à ce poste-là. Mais mon objectif, c’est de devenir demi-centre en équipe de France. Tout le monde le sait et tout le monde sait que j’ai envie de jouer à ce poste. Cela va se faire tranquillement, avec les années qui passent. Mais je donnerai tout, qu’on me fasse jouer à n’importe quel poste.

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