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Athlétisme

Aurélien Quinion : « Des résultats prometteurs et positifs pour les JO 2028 »

Etienne Goursaud

Publié le

Aurélien Quinion Des résultats prometteurs et positifs pour les JO 2028
Photo via FFA/KMSP

ATHLÉTISME – Entretien avec le marcheur Aurélien Quinion, une des figures de l’athlétisme français lors des Mondiaux de Tokyo. Passé près du podium sur le 35 km (5ème) et sur le 20 km marche (4ème). Il revient sur ses championnats du monde, ses progrès dans la hiérarchie mondiale et sur le plan personnel. Et le fait qu’il soit devenu très performant sur le 20 km, lui qui était surtout un spécialiste du 35 km. 

Aurélien Quinion : « C’est prometteur pour les JO de 2028 »

On est quelques jours après la fin des championnats du monde, quel bilan fais-tu à froid ?

Aurélien Quinion : À froid comme ça ? (rires) Je dirais que c’est un super résultat pour moi et pour la marche française. C’est prometteur et positif pour les JO de 2028, surtout mon résultat sur 20 km. Celui sur 35 km reste bon, mais aussi frustrant.

C’était la course que tu attendais le plus ?

Oui. Et si je dois parler des deux courses, je dirais aussi que ce sont les deux courses de la confirmation. Je confirme ce qui avait été entrevu aux JO sur le 20 km, et je confirme ma capacité à être au top sur le 35 km. Il y a eu Budapest, où je me suis fait disqualifier, mais c’était la dernière course au niveau mondial sur 35 km. C’est la confirmation en attendant la consécration.

Tu es passé par tous les états à Tokyo, des larmes après le 35 km à la joie après le 20 km.

Après le 35 km, j’étais quand même content de faire 5e, mais il y a eu beaucoup de frustration, car ce n’était pas l’objectif que je m’étais fixé. Et qu’en plus, cela laissait entrevoir potentiellement le titre ou, à minima, le podium. J’étais déçu, parce que les crampes, c’est frustrant. Tu ne peux pas te donner à fond ni montrer ce que tu vaux. Ce n’est pas une chute de chrono, ce n’est pas une défaillance dans la course. Cela veut dire que le problème ne vient pas de la gestion de l’entraînement. C’est quelque chose qu’on peut prévoir en amont ou corriger sur le moment, mais cela n’a pas pu être fait. Je suis vraiment déçu de ce côté-là.

Aurélien Quinion : « Aucun regret sur le 20 km »

Cette course est encore dans ton esprit aujourd’hui ?

Non, parce que le 20 km m’a fait du bien. Surtout, maintenant, c’est fait, et il faut en tirer les leçons, avancer et passer à la suite. Le 20 km ne m’a pas vraiment laissé le choix là-dessus. Je ne peux pas rester bloqué, il faut savoir switcher et passer à autre chose pour me réengager à fond sur le 20 km.

Tu n’as aucun regret sur le 20 km ?

Non, aucun regret au niveau du scénario. C’était la course que je voulais faire et que j’imaginais. Je suis très content, car c’était une course très rapide : j’ai battu mon record à Tokyo, et de loin. Je suis satisfait du résultat et heureux aussi de l’aspect du jugement. Cela confirme, comme aux JO, où je n’avais pas pris de carton rouge. Sur le 35 km, je n’en prends aucun, et sur le 20 km, je ne reçois qu’une demande de disqualification, et en fin de course. Je ne peux pas être plus proche du podium que lorsque je termine 4e. Le chrono est très bon, et j’ai montré ma capacité à me remobiliser après le 35 km.





Tu évoques les cartons rouges. Penses-tu que tes progrès techniques ont amené tes progrès chronométriques ?

Je ne pense pas que cela explique entièrement mes progrès chronométriques. En revanche, cela me permet d’envisager plus sereinement de meilleures places. Quand j’arrive sur le 20 km et que, dans les cinq derniers kilomètres, je n’ai toujours pas de carton rouge, alors que tous les mecs autour de moi ont déjà deux demandes de disqualification, forcément, j’aborde la partie la plus importante de la course de manière sereine, avec la possibilité d’envisager des choses. Eux, en revanche, auront plus de mal à réagir s’il se passe quelque chose. S’il y a une attaque, tu réfléchis à deux fois avant d’y aller si tu as deux cartons rouges. Tu peux perdre deux minutes avec la sanction et passer d’un podium à la 10e place en un instant. Avoir peu ou pas de cartons, cela apporte plus de sérénité et davantage de cartes en main au moment de réagir à une attaque.

Aurélien Quinion : « Il y a dans chaque coin de France un marcheur qui performe »

Tu as eu beaucoup de retours de la part de ceux qui te suivent ? Les courses étaient dans la nuit, mais tu as fait rêver la France qui se couche tard ou qui se lève tôt.

(Il rigole.) J’ai eu pas mal de retours. C’est sûr qu’on était très loin, donc c’est difficile de le ressentir sur le moment. Mais oui, j’ai eu beaucoup de retours, que ce soit sur les réseaux sociaux ou de mes proches. Beaucoup d’entre eux se sont levés dans la nuit. Au fil des années, à mesure que j’évolue à haut niveau, j’arrive à toucher de plus en plus de personnes, et beaucoup accrochent à mon histoire et à mon évolution dans cette discipline. Du coup, ils s’attachent à la marche. J’ai pu leur faire vivre des émotions.

La marche va revenir au programme des championnats de France hivernaux. Est-ce que tu sens un engouement autour de ta discipline ?

Oui, je pense. On a une belle visibilité, et ce qui fait la différence avec la période de Yohann (Diniz), c’est que la marche ne repose plus sur une seule personne, mais sur plusieurs athlètes. L’attention ne se concentre pas sur un seul individu. Aujourd’hui, on a Gabriel Bordier, Clémence Beretta, Camille Moutard, Pauline Stey, Ana Delahaie, moi ou encore Kévin Campion. C’est une dynamique collective, avec un véritable engouement général en France. Dans chaque coin du pays, on trouve un marcheur performant, que ce soit chez les jeunes ou chez les seniors. On a des jeunes avec un bon niveau, qui participent à des championnats internationaux, remportent parfois des médailles ou s’en approchent.

Cela crée un engouement plus large, à tous les niveaux et à tous les âges. Ce qui est intéressant chez les jeunes, c’est que malgré des minima exigeants et le fait qu’une carrière de marcheur à haut niveau puisse paraître difficile, ils prennent tous leur courage à deux mains et s’engagent nombreux dans cette voie. Quand j’étais jeune, en passant de cadet à espoir, j’étais le seul de ma génération à avoir tenu sur cette période. Désormais, il y a de plus en plus de jeunes qui s’accrochent, qui restent dans la marche et qui montent sur des distances plus longues. Il y a à la fois du haut niveau et une belle densité à haut niveau.

Aurélien Quinion : « L’endurance libère la vitesse »

Il y a deux ans, tu étais surtout un marcheur de 35 km. Désormais, tu performes sur les deux distances. Comment as-tu fait pour progresser et devenir, on peut le dire, complet ?

Oui, on peut dire complet. L’endurance libère la vitesse. Beaucoup de marcheurs, lorsqu’ils montent sur des distances plus longues, libèrent leur vitesse. C’est assez paradoxal, mais le 20 km reste un effort rapide, sur 1h20 à 1h30. Passer sur 35 km, et bientôt sur marathon, permet de libérer cette vitesse. Il y a aussi une question d’état d’esprit : les athlètes forts sur 35 km le sont aussi sur 20 km. Il y a une confiance acquise sur la distance plus longue. Tu te dis que tu fais partie des meilleurs sur 35 km, alors il n’y a pas de raison de ne pas être performant sur 20 km. C’est une question de confiance, et cela s’est construit petit à petit. En 2021, j’ai gagné les France en salle sur 5000 m en 19’50.

Cette année, je termine 2e en 19’45. Même si ce n’est pas au niveau de Gabriel, j’ai progressé chaque année sur 5000 m et 10 000 m. Ce ne sont pas les distances les plus importantes dans notre discipline, mais elles comptent dans la préparation. J’ai eu ce projet d’améliorer ma vitesse chaque hiver et de m’engager davantage, car ma grande difficulté était d’oser aller vite dès le départ. Je suis capable d’aller vite en fin de course — sur ce point, je fais partie des meilleurs au monde — mais je manquais parfois de confiance pour m’engager dès le début. Petit à petit, cela fonctionne. Si on reprend chaque 5000 m du 20 km, ils sont tous sous les 20 minutes. Le dernier est même en 19’10.

Sur les bases de ton record

C’est ça. Il y a de la confiance et un effet de répétition, comme lorsqu’on répète des gammes pour reproduire un effort très intense dès le départ.

Aurélien Quinion : « Un équilibre entre le travail et le sport de haut niveau »

Tu parles beaucoup de confiance. Est-ce que le fait de te dire que tu appartiens aux meilleurs mondiaux t’en apporte encore ?

Oui, forcément. Avoir réalisé moins de 1h20 il y a deux ou trois ans, pour me qualifier aux JO, m’avait déjà donné de la confiance. Mais désormais, passer sous les 1h19 tout en me battant avec les meilleurs, cela m’en donne encore davantage. Cela dit, je ne cours pas après les chronos. Je préfère me battre avec les autres dans une course, dans un championnat. Je suis moins attiré par la chasse au temps. Cela va avec la difficulté d’oser s’engager à 100 % dès le départ. M’engager à fond pour jouer la gagne avec les autres, ça me plaît beaucoup plus, et c’est là que je réussis le mieux. Je suis un homme de championnat, et ce sont les championnats qui me permettent de réaliser ces chronos. Oui, cela m’apporte de la confiance, mais c’est la compétition qui me pousse à m’engager pleinement.

Tu travailles en parallèle de la marche. Pour toi, est-ce que passer à 100 % dans l’athlétisme est la dernière marche à franchir ? Ou vois-tu ton travail comme un équilibre nécessaire ?

Il y a un juste milieu. Mais l’année prochaine, je devrais bénéficier d’une amélioration de ma CIP, grâce à mes résultats. Je trouve que, dans nos disciplines, où l’on ne gagne pas des milliers ni des centaines de milliers d’euros, il est important d’avoir un équilibre en dehors de l’athlétisme. On le voit chez les lanceurs, avec Yann Chaussinand, qui travaille à côté tout en restant performant et parmi les meilleurs mondiaux. Il a confirmé ses capacités. Cela permet d’éviter de trop ressasser et d’assurer un bon équilibre. À la fin du mois, tu sais que tu as un salaire, qu’il est d’un certain montant, et que tu vis avec. Cela fait partie de l’équilibre, pour se rassurer, avoir une stabilité mentale et financière. Et si jamais les choses se passent mal à l’entraînement, le travail permet d’échapper un peu à la tourmente.

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