Giovanni Mpetshi Perricard a-t-il trop de limites pour le très haut niveau ?
TENNIS – Battu par Grigor Dimitrov lors du premier tour du Rolex Paris Masters, Giovanni Mpetshi Perricard a affiché certaines limites en 2025. Sont-elles insurmontables pour s’installer dans le Top 20 ? Décryptage du jeu du Français.
Un match à l’image de sa saison 2025 : dominé 7-6 (5), 6-1 par un Grigor Dimitrov sur le retour, Giovanni Mpetshi Perricard n’y arrive décidément pas cette année. Après la perte de son titre et de 500 points ATP la semaine passée à Bâle, le Français rentre dans le rang, lui qui avait été l’une des révélations du circuit en 2024. Après avoir gagné près de 200 places en un an et remporté deux titres (Lyon en ATP 250 et Bâle en ATP 500), il s’était hissé dans le Top 30 mondial à seulement 21 ans.
Serveur phénoménal, il avait impressionné en Suisse, dominant successivement Félix Auger-Aliassime, Denis Shapovalov, Holger Rune et Ben Shelton. Mais comme d’autres avant lui – Jerzy Janowicz en 2013, par exemple – il a connu une période de grâce difficile à reproduire. Le plus dur reste de confirmer sur la durée. Ses limites sont désormais visibles, et elles expliquent son recul à la 56e place mondiale.
Trop faible en retour
Si Giovanni Mpetshi Perricard est l’un des meilleurs serveurs du monde, son retour reste un vrai point faible. Parfois qualifié de pire retourneur du circuit, le match contre Grigor Dimitrov l’a encore montré. Malgré un taux de premières balles très faible (41 %) chez le Bulgare, le Français n’a remporté que 19 points sur retour adverse, dont un trop faible 13/37 sur secondes balles. Et cela face à un joueur qui n’est pas réputé pour son service.
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Selon les statistiques de l’ATP, le Français n’affiche que 22 % de premières balles retournées et 37 % sur secondes depuis le début de sa carrière. En 2025, ses chiffres reculent même légèrement (21 et 36 % contre 23 et 37 % en 2024). Plus inquiétant encore : il n’a obtenu que 129 balles de break à jouer sur toute la saison. Il est même devenu le premier joueur du XXIe siècle à être éliminé en Grand Chelem sans la moindre balle de break en cinq manches, lors de sa défaite contre Gaël Monfils à l’Open d’Australie (6-7, 3-6, 7-6, 7-6, 6-4), puis a récidivé à Wimbledon face à Taylor Fritz (7-6, 7-6, 4-6, 6-7, 4-6).
Sans devenir un Jannik Sinner – la référence sur le retour (475 balles de break obtenues en 2025, 45 % de réussite, 58 % de points gagnés sur secondes balles) –, le Français doit absolument progresser dans ce domaine. Tant qu’il restera aussi limité en retour, il sera condamné à l’excellence permanente sur son service, ce qui génère une pression énorme.
Des adversaires qui ont analysé son jeu
Révélation de l’année 2024, le Français a d’abord profité de l’effet de surprise. Encore loin du Top 100 en avril 2024, il a grimpé à vitesse record. Ses adversaires découvraient alors son service dévastateur. Mais en 2025, les meilleurs joueurs ont eu le temps de l’analyser. Devenu tête de série en Grand Chelem et présent sur tous les grands tournois, Mpetshi Perricard ne bénéficie plus de cet effet de nouveauté.
Le Français aime abréger les échanges, misant sur le coup gagnant. « Plus l’échange s’éternise, moins j’ai de chance de gagner. Je ne suis pas un profil comme les autres, ça se voit », confiait-il à L’Équipe après sa défaite à Wimbledon. Ce style offensif assumé devient prévisible : ses adversaires rallongent les échanges et ciblent son revers à une main, très friable pour un Top 100. Sans renier son jeu, il gagnerait à varier davantage, en manœuvrant avec son coup droit plutôt que de chercher le coup gagnant systématique.
Giovanni Mpetshi Perricard reste un jeune joueur
Malgré une saison décevante, Mpetshi Perricard reste 56e mondial, directement qualifié pour les Grands Chelems. Il n’y a pas de catastrophe, simplement un retour à un niveau plus en phase avec son expérience. Cette place reflète son réel niveau actuel : celui d’un solide joueur du Top 60, encore en construction.
À 22 ans seulement, il découvre les exigences du très haut niveau. Après la griserie de 2024, il a dû gérer un nouveau statut et des attentes plus fortes. Tout n’est pas à jeter : une demi-finale à Bruxelles (ATP 250) après une victoire sur Lorenzo Musetti, ou encore une victoire de prestige sur Taylor Fritz à Shanghai, prouvent qu’il peut battre des top joueurs.
À cet âge, tout reste possible. Les plus grands ont aussi connu des saisons d’apprentissage. 2026 sera une année charnière : il devra progresser en retour et confirmer sur dur dès le début de saison. Le potentiel, lui, est toujours bien là.


