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Cyclisme sur route

Ma Petite Entreprise, la nouvelle curiosité du peloton féminin : « On apporte de la fraîcheur »

Maxime Cazenave

Publié le

Ma Petite Entreprise, la nouvelle curiosité du peloton féminin : « On apporte de la fraîcheur »
Photo Ma Petite Entreprise

CYCLISME SUR ROUTE – Intégrée au peloton professionnel cet hiver, l’équipe Ma Petite Entreprise détonne par son modèle économique. L’un des fondateurs de la structure, Michaël Amand, détaille ce projet unique.

La fin d’année 2025 a été difficile à vivre pour le cyclisme français. Avec l’arrêt brutal de la structure Arkéa-B&B Hotels, dirigée par Emmanuel Hubert, un véritable vide a été laissé dans le paysage. Au-delà de l’équipe masculine évoluant en WorldTour, l’équipe féminine de niveau ProTeam, ainsi que l’équipe de développement évoluant en Continental, ont également été démantelées.

« Plusieurs centaines d’entreprises participent au projet »

En parallèle, une nouvelle équipe française a toutefois vu le jour dans le peloton féminin, en développant une identité et un modèle économique qui détonnent. Dans un peloton professionnel habitué à voir des équipes construites autour d’un modèle de sponsoring classique, reposant sur un, deux ou trois partenaires principaux, Ma Petite Entreprise a fait le choix d’une autre voie, comme l’explique l’un des trois fondateurs (avec Emeric Ducruet et Simon Savre) à l’initiative de cette nouvelle structure, Michaël Amand.

Il y a plusieurs centaines d’entreprises, TPE et PME, qui participent au projet, mais on a aussi eu des demandes de particuliers. Ils intègrent le projet comme un fan club, en quelque sorte. Au total, cela rassemble plusieurs milliers de personnes.

Pourtant, ce projet a vu le jour presque par hasard, au détour d’une discussion informelle, avant de prendre progressivement de l’ampleur.

Ça s’est presque créé sur le vélo, notamment avec Émeric. Nous sommes cyclistes à La Motte-Servolex et également entrepreneurs. Un jour, il m’a envoyé un e-mail en me disant qu’on allait créer notre équipe cycliste professionnelle en s’appuyant sur plein de petites entreprises pour cofinancer le projet. Pour être honnête, j’ai beaucoup rigolé !

Je me suis ensuite laissé emporter par mes passions pour l’entrepreneuriat et le cyclisme. Plus on a discuté avec des gens, plus on s’est rendu compte que nous étions nombreux à avoir cette envie de participer à des projets collectifs. On a été soutenus par beaucoup de personnes et, au fil du temps, on s’est dit que c’était faisable, et surtout que l’on pouvait offrir des opportunités aux jeunes femmes, qui souffrent beaucoup dans le cyclisme professionnel.

Vincent Lavenu, atout majeur dans la construction de l’équipe

Afin de mettre sur pied l’ensemble de la structure, le trio d’entrepreneurs a également su s’entourer en convainquant une figure incontournable du cyclisme français, Vincent Lavenu. De 1992 à 2024, l’ancien professionnel a traversé plus de trois décennies avec succès, en faisant de son équipe — l’actuelle l’actuelle Decathlon-CMA CGM — l’un des étendards du cyclisme français au plus haut niveau.

Fort de son expérience et de son réseau, il a endossé un rôle de manager sportif déterminant dans la construction de la structure, comme le confirme Michaël Amand :



Son arrivée a été essentielle. Son soutien est exceptionnel, et sans lui, on n’aurait pas réussi.

Au fil des mois, le réseau s’est étoffé pour permettre à cette nouvelle équipe, basée à Chambéry, d’aborder sa première saison avec un budget d’environ 1,5 million d’euros pour l’année 2026, ainsi qu’une multitude de partenaires.

On a aussi la chance d’être accompagnés par Factor pour les vélos, Ekoï pour les casques et les lunettes, Hutchinson, Look… Les entreprises ont compris qu’il s’agit d’un projet différent, qui apporte de la fraîcheur dans le monde professionnel. Beaucoup ont souhaité le rejoindre en y participant.

« Le cyclisme féminin intéresse de plus en plus les gens »

Afin de donner envie aux entreprises d’investir, l’équipe a également mis en place un système de paliers en fonction de la somme investie, permettant de bénéficier d’avantages spécifiques. Qu’il s’agisse d’un simple post sur les réseaux sociaux de l’équipe, d’invitations à des rencontres ou à des courses, ou encore d’interventions de membres du staff ou de coureuses au sein même de l’entreprise concernée, tout est pensé pour inciter les TPE, les PME, mais aussi des particuliers passionnés, à rejoindre le projet.



L’ensemble des paliers est à retrouver sur le site internet de l’équipe. Ambitieux et déterminé, Michaël Amand a détaillé le projet en insistant sur le développement croissant du cyclisme féminin.

On reste très humbles, on est une nouvelle équipe qui a encore tout à prouver. On essaie d’amener notre vision d’entrepreneurs de petites structures, de trouver un bon modèle économique et de former une vraie communauté en valorisant les partenaires, tout en étant actifs sur les réseaux sociaux pour créer une famille. Ça marche vraiment bien, on a des performances intéressantes.

Quand on voit le développement du cyclisme féminin aujourd’hui, il intéresse de plus en plus les gens, et les performances de Pauline Ferrand-Prévot ont énormément aidé. Au-delà de ça, il y a plein de jeunes filles talentueuses en France, ou formées en France, qui ne trouvaient pas forcément de débouchés, puisqu’il n’y a pas beaucoup d’équipes. Elles sont 14 en WorldTour et 7 en ProTeam, ce qui fait peu de cyclistes professionnelles, même si l’intérêt et la notoriété ne cessent de croître.

« Que les filles se fassent remarquer et courent avec audace »

Mais alors, que peut-on attendre de cette équipe tout juste sortie de terre ? Grâce à son statut de ProTeam, Ma Petite Entreprise peut d’ores et déjà postuler aux plus grandes épreuves du calendrier international. « On a déjà reçu plusieurs invitations officielles pour des courses WorldTour », précise d’ailleurs Michaël Amand. L’équipe va ainsi se concentrer sur des épreuves se déroulant en France et dans les pays limitrophes (Belgique, Pays-Bas, Suisse, Italie, Espagne), avec plusieurs objectifs déjà clairement identifiés, tant sur le plan sportif que financier :

L’objectif numéro 1 est d’augmenter nos sponsors, mais aussi que la famille Ma Petite Entreprise continue de s’agrandir, tout en renforçant le modèle économique pour l’avenir. L’objectif numéro 2 est que les filles se fassent remarquer et courent avec audace, comme on peut l’être lorsque l’on est entrepreneur. Il faut oser faire des choses, donc j’espère que, d’un point de vue cycliste, on puisse se dire que l’équipe est agréable à suivre. Le troisième est de réaliser de très belles courses. Le calendrier féminin est magnifique et on espère être invités sur un maximum d’épreuves.

En s’appuyant sur un effectif resserré de 10 coureuses françaises et francophones, Ma Petite Entreprise s’apprête donc à entrer dans le grand monde du cyclisme professionnel. Forte de son modèle économique singulier et animée par l’envie d’offrir du spectacle sur les routes, la nouvelle formation française sera assurément à suivre de près en 2026.

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