Comme Emmanouil Karalis face à Duplantis, ils ont été confrontés à des aliens de leur sport
SPORTS – Comme Emmanouil Karalis, focus sur des sportifs qui ont fait carrière contre les plus grands champions de l’histoire de leur sport.
Emmanouil Karalis, deuxième perchiste de tous les temps
6.17 m ! Non, cette barre n’a pas été franchie par Armand Duplantis ce week-end, mais bel et bien par un autre perchiste. En l’occurrence Emmanouil Karalis, lors des championnats de Grèce. Avec cette performance, il devient le 2ème performeur mondial de tous les temps derrière le Suédois. Un centimètre devant Renaud Lavillenie, ancien recordman du monde et désormais relégué en 3ème position dans les bilans tous temps à la perche.
😱 EMMANOUÍL KARALÍS 🇬🇷 DEVIENT LE DEUXIÈME MEILLEUR PERFORMEUR DE TOUS LES TEMPS AU SAUT À LA PERCHE :
6.17M WL NR 🤯🤯
Aux championnats de Grèce 🇬🇷, Karalís réussit l’exploit de franchir 6.17m, une barre passée au deuxième essai, FOLIE !#Athlétisme pic.twitter.com/wRmaOlNauJ
— MR.CARTER 🌚 (@NelsonCarterJr) February 28, 2026
Une performance qui peut apparaître comme un coup de tonnerre pour le grand public. Pour ceux qui suivent l’athlétisme au quotidien, ce n’est qu’une demi-surprise. Le Grec était passé tout près de franchir de grosses barres en 2025. On repense à la finale des Mondiaux en salle à Nanjing. Il avait fait deux gros sauts à 6.10 m et un à 6.15 m. Il n’avait pas manqué grand-chose pour franchir une de ces barres. Surtout lors de la finale des championnats du monde à Tokyo. Derrière le record du monde d’Armand Duplantis (6.31 m, record du monde encore battu cet hiver), Emmanouil Karalis était passé tout près de franchir une barre de 6.20 m.
Avant le Grec face à Duplantis, ils se sont cassé les dents sur des champions
Deuxième perchiste de tous les temps, le Grec pourrait rester l’éternel second derrière le Suédois. D’autant que les deux perchistes sont nés en 1999 et que Karalis est plus vieux de quelques mois. Il n’y a pas de prime à la jeunesse.
Une situation connue par plusieurs sportifs et sportives par le passé. Comme cela, on pense forcément à Raymond Poulidor, qui a à la fois subi la domination de Jacques Anquetil et d’Eddy Merckx. Mais l’ancien cycliste français a remporté 189 courses, dont le Tour d’Espagne 1964 et Milan-San Remo. S’il n’a jamais remporté le Tour de France, il aurait eu des opportunités entre 1965 et 1968, au sommet physiquement et entre le règne d’Anquetil et celui d’Eddy Merckx.
Jan Ullrich tombé sur Lance Armstrong
En cyclisme, l’exemple le plus marquant est peut-être celui de Jan Ullrich. Si aujourd’hui Lance Armstrong est rayé des tablettes pour ses aveux de dopage, il aura été le bourreau de l’Allemand. Ce dernier a terminé 2ème du Tour de France en 2000, 2001 et 2003, et 3ème en 2005. On pourrait presque ajouter Joseba Beloki (3ème en 2000, 2001 et 2ème en 2002). Dans le cas d’Ullrich, cela tient autant de la domination d’Armstrong que de ses propres erreurs. Après sa victoire en 1997, il a souvent abordé ses saisons avec un énorme manque de professionnalisme. Sauf en 2003, motivé par son éviction de la T-Mobile, la seule année où il a vraiment fait trembler l’Américain.
Martina Hingis et Jennifer Capriati, à l’arrivée des sœurs Williams
Modèle de précocité, Martina Hingis remporte son premier tournoi du Grand Chelem à 16 ans et demi lorsqu’elle triomphe (face à Mary Pierce) en finale de l’Open d’Australie. Elle sera numéro 1 mondiale jusqu’en 2000. Mais l’émergence des sœurs Williams, et en particulier de Serena (23 Grands Chelems remportés), va pousser la Suissesse à prendre sa retraite à 23 ans, dominée par les deux Américaines. Elle reviendra en 2006, mais nettement en retrait.
D’autres joueuses très précoces ont également vu leur progression stoppée par Venus et Serena Williams. On pense à Jennifer Capriati, une autre Américaine, plus jeune joueuse à atteindre la finale d’un tournoi WTA à tout juste 14 ans et 24ème mondiale au même âge. Malgré un premier arrêt de carrière, elle sera numéro 1 mondiale en 2001 avant de rétrograder petit à petit.
À noter que d’autres joueuses ont su tirer leur épingle du jeu durant cette période. L’exemple le plus marquant étant Justine Henin, septuple vainqueure en Grand Chelem, capable de tenir tête à Serena Williams. Les deux joueuses se sont affrontées 14 fois, l’Américaine remportant 8 matchs contre 6 pour la Belge.
Thierry Neuville, tombé sur Sébastien Ogier
Nos voisins belges ont aussi leurs « éternels seconds ». On est obligé de penser au pilote de rallye Thierry Neuville. Cinq fois vice-champion du monde et à chaque fois dominé par des Français. D’abord Sébastien Loeb en 2013, puis Sébastien Ogier, l’octuple champion du monde, de 2016 à 2019. Il devra attendre la retraite de ce dernier pour être enfin sacré champion du monde, en 2024. La fin d’une éternelle quête dans laquelle il sera tombé sur deux des plus grands pilotes de rallye de tous les temps.
Simona Quadarella face à Katie Ledecky
Quand on évoque le débat du plus grand sportif de tous les temps, le nom de Katie Ledecky ne revient peut-être pas à sa juste valeur. Tant l’Américaine écrase tout, en particulier sur 800 m et 1500 m. Parmi ses victimes, l’Italienne Simona Quadarella, qui n’a remporté que trois titres mondiaux, et à chaque fois sur des courses dans lesquelles Ledecky ne s’alignait pas. Sinon, elle a subi la loi de l’Américaine à chaque fois, malgré une domination sans partage en Europe (12 titres dont huit sur ses neuf médailles en grand bassin).
Elle détient les records d’Europe du 800 m (8:12.81) et du 1500 m nage libre (15:31.79). Elle est respectivement 5ème et 2ème performeuse de tous les temps. Sur le 1500 m, elle est même la seule, hors Katie Ledecky, à figurer dans les 25 meilleures performances de tous les temps.

Mahiedine Mekhissi-Benabbad tombé sur Ezekiel Kemboi
Tout en marquant l’histoire de l’athlétisme français (médaillé olympique lors de trois olympiades différentes) et du demi-fond européen, Mahiedine Mekhissi-Benabbad n’a jamais pu aller chercher la médaille d’or. Il n’en était pas si loin lors des JO 2008. Lui, la divine surprise venue sauver l’athlétisme tricolore, a réalisé un sprint d’anthologie, battu par le Kényan Ezekiel Kemboi. Qui sera son bourreau lors des Mondiaux 2011, des JO 2012 et des Mondiaux 2013. Le Français se consolera en se disant qu’il détient toujours le record d’Europe (8:00.09), malgré l’apparition des chaussures carbone.
Armand Duplantis, parti pour être le bourreau d’Emmanouil Karalis pendant de nombreuses années ?
La question que l’on peut se poser est de savoir si Emmanouil Karalis peut prendre la place de numéro 1, même épisodiquement. Aujourd’hui, il est revenu à 13 centimètres du record du monde de Mondo Duplantis. C’est à la fois peu et beaucoup en saut à la perche.
Peu, parce que le Grec a montré qu’il avait sans doute mieux dans les jambes que ses 6.17 m et qu’il n’avait pas été loin de franchir de telles barres en 2025. Beaucoup, car il faut rappeler que le Suédois, depuis 2020, bat ses records centimètre après centimètre. Beaucoup de spécialistes sont d’accord pour dire qu’il a mieux dans les jambes que les 6.30 m.

L’exemple de Novak Djokovic ?
Maintenant, il est un modèle de précocité, ayant passé 6 m à 18 ans, là où Karalis les a franchis à « seulement » 24 ans. Est-ce que le Suédois peut tenir physiquement là où le Grec a une maturité plus tardive ? Personne n’a la réponse. Lionel Messi, qui a émergé très tôt, est encore joueur de football international à l’heure où ses 40 ans approchent, en carrière depuis désormais 22 ans.
Le duel entre les deux perchistes peut amener la discipline à des hauteurs que l’on ne pouvait imaginer, même avec l’éclosion d’Armand Duplantis seul. Il est clair que si Karalis commence à franchir des barres à 6.25 m ou plus, les concours ne seront plus aussi faciles pour « Mondo ». Mais à l’heure actuelle, jamais le Suédois n’a perdu face au Grec. Le Suédois est invaincu depuis le 21 juillet 2023 à Monaco, et ce malgré l’émergence du Grec et de ses douze concours à six mètres ou plus en 2025 (le deuxième de l’histoire à réaliser cela… derrière Duplantis).
Le Grec peut s’appuyer sur l’exemple de Novak Djokovic, d’abord dans l’ombre de Roger Federer et de Rafael Nadal, avant de devenir le plus grand tennisman de tous les temps chez les hommes et d’afficher un bilan positif dans les confrontations directes avec ses deux rivaux.



