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Athlétisme

Margot Dajoux : « Je suis fière de la façon dont j’ai couru à Carhaix »

Etienne Goursaud

Publié le

Margot Dajoux : « Je suis fière de la façon dont j'ai couru à Carhaix »
Photo Icon Sport

ATHLÉTISME – Entretien avec Margot Dajoux, la championne de France de cross long. Elle revient sur sa performance et sur la suite.

Margot Dajoux : « Je ne m’attendais pas à ce titre de championne de France »

Après les championnats de France, tu disais être sous le choc de ta performance et de ton titre. Est-ce encore le cas aujourd’hui ?

Margot Dajoux : « Je crois que oui. Je ne m’y attendais pas et cela a créé pas mal de choses derrière. Des sollicitations que je n’avais pas anticipées. Mais j’ai pu réaliser et fêter cela avec mes proches et c’est devenu un peu plus concret. »

Tu jouais le titre U23, mais est-ce que tu avais envisagé la possibilité d’être sur le podium élite ?

Remporter le titre, non, mais je savais que j’étais dans la meilleure forme que je pouvais avoir, que je n’avais pas eue depuis assez longtemps. Je ne m’étais pas interdit de penser au Top 5, même si mon objectif était d’abord le Top 10 senior et le titre en espoir. Mais s’il fallait se battre pour le Top 5, j’essaierais d’y aller.

Tu as été championne de France U20 à Carhaix en 2023, tu l’es en élite de nouveau là-bas. Tu vas militer pour y retourner chaque année ?

(Elle rigole). Franchement oui, cela me réussit plutôt bien. Après, comme je l’ai dit, j’aime bien quand cela reste occasionnel. Cela reste assez rare et exceptionnel et cela fait encore plus la beauté des choses. Après, on risque d’y retourner quelquefois, en fonction des cross de sélection qui sont souvent là-bas. Ce n’est pas la dernière fois que j’irai à Carhaix.

Margot Dajoux : « Sur le podium, entourée de Léonie et Marie, j’étais assez impressionnée »

En plus de ton titre, tu bats de sacrées concurrentes. Est-ce que tu y accordes autant d’importance que ton titre en lui-même ?

Pas vraiment. Celle qui gagne en cross, c’est celle qui est la meilleure le jour J. Cela ne veut pas forcément dire que je suis meilleure que ces filles tout court. Chaque course reste différente et ce cross était mon jour. C’est vraiment le titre qui me fait plaisir. Je suis contente et fière de la façon dont j’ai couru à Carhaix, de la manière dont j’ai géré la course. C’est le plus important. Mais j’ai pu partager des moments avec de grandes athlètes comme Léonie Périault, Marie Bouchard, Blandine L’Hirondel ou bien d’autres. C’étaient de supers moments.

Cela t’impressionne ou cela te permet de te dire que tu peux rivaliser avec elles ?

Sur le coup, quand je fais la photo du podium, entourée de Léonie et Marie, j’étais assez impressionnée. C’est quand même incroyable ce qu’il se passe. Mais oui, cela me rassure sur la solidité de mon projet et tout le travail fait avec mon coach. Cela rassure pour la suite. Après, il faut continuer de concrétiser les places en senior.



Est-ce que tu vois cette course comme un déclic qui peut t’ouvrir de nouvelles perspectives ?

Je ne le mesure pas vraiment. J’en ai discuté avec mon entourage, mes entraîneurs à Clermont. Oui, peut-être que cela m’ouvrira des portes que je n’avais pas imaginées. L’avenir me le dira.



Margot Dajoux : « En steeple, il faut être solide sur les appuis et résistant musculairement, chose qu’on peut travailler dans la course en montagne »

On sait que Blandine L’Hirondel est capable de briller en trail et en cross, mais tu as peut-être un profil encore plus atypique qu’elle en étant sur le steeple et la course en montagne.

Pour le moment, je n’ai fait que de la course en montagne dans les catégories U18 et U20, avec un format entre cinq et huit kilomètres. Avec une seule montée et une seule descente. Cela reste un format assez court. Malgré ce qu’on peut penser, ce n’est pas si éloigné de ce qu’on fait en steeple. En steeple, il faut être solide sur les appuis, passer un certain nombre d’obstacles et être très résistante musculairement. Travailler en descente et travailler la puissance musculaire en montée m’a beaucoup aidée pour le steeple.

Pour la comparaison avec Blandine, non, mon grand écart est beaucoup moins impressionnant que le sien. Elle remporte la Diagonale des Fous il y a cinq mois, au bout de 27 heures d’effort, et elle est capable de faire un cross à fond sur un effort de 35 minutes. Elle réussit à entrer dans le Top 10, ce qui est, je pense, assez extraordinaire. Je reste sur des formats courts et des efforts de moins de 40 minutes.

En France, on connaît bien la piste, la route et on commence à bien connaître le trail. Mais la course en montagne est moins connue. Peux-tu nous expliquer les spécificités et les différences avec le trail ?

La différence majeure, c’est la distance. En senior, un trail va faire au minimum 20 km, le trail court peut aller aux alentours de 35 kilomètres et le trail long autour de 80 km. La course de montagne va être aux alentours de 15 kilomètres. Cela n’a rien à voir. La course en montagne est plus tonique avec une ou deux montées à fond et deux descentes. Un effort très violent et un effort d’une heure maximum. Le trail va être plus long (rires). La course en montagne va être beaucoup plus serrée, du fait de ce format plus court. Tout le monde peut s’y retrouver : des coureurs venant de la piste, de la route ou des traileurs forts sur des formats très courts.

Margot Dajoux : « Peut-être profiter de cette saison pour travailler la vitesse sur des distances plus courtes »

Est-ce que tu te vois te spécialiser à l’avenir ?

L’an passé, j’ai essayé de me qualifier pour les championnats d’Europe U23 et j’avais en quelque sorte choisi la piste. Cette année, je ne sais pas trop, car il n’y a pas de sélections chez les jeunes sur la piste. Ce qui est sûr, c’est que l’année prochaine, je ferai de nouveau le choix de la piste pour essayer de me qualifier aux Europe Espoirs et d’y arriver cette fois-ci. Même si on peut faire un peu de tout dans les années jeunes, avec des formats plus courts, maintenant que je tends vraiment à m’améliorer et à me rapprocher du haut niveau, il faut arriver à choisir et me focaliser sur une seule discipline.

Tu évoques ton échec aux Europe U23 l’été dernier. Avec le recul, est-ce que cet échec a été une force pour toi ?

Honnêtement, j’ai échoué à 1,39 seconde des minima et je l’ai vraiment mal vécu. J’avais réussi à battre mon record de 15 secondes et j’avais mal digéré la chose. Alors que je rate la sélection pour les Europe de cross cette année pour une place. Là, cela a été un mal pour un bien, car je courais blessée. J’ai essayé de faire en sorte que cela passe. Ne pas avoir été sélectionnée m’a permis de me soigner et cela a été un moteur. Je n’ai pas très bien vécu la piste, mais ce n’est pas grave. Cela arrive à tous les athlètes.

La saison hivernale est terminée, est-ce que tu t’es fixé des objectifs chronométriques pour cet été ?

Vu qu’il n’y a pas de sélections en U23, je me demandais si je n’allais pas utiliser cette saison pour travailler mes points faibles, qui sont majoritairement les distances plus courtes et la vitesse. Pourquoi pas faire une saison sur du plat et du plus court. Je n’en ai pas encore parlé avec mon coach.

Margot Dajoux : « J’ai toujours aimé tous les sports »

Les championnats d’Europe, c’est totalement injouable ?

Les minima sont autour de 9:20 (rires). Je ne crois pas encore avoir ce niveau-là sur la piste.

Tu fais partie d’un club, Clermont Auvergne Athlétisme, où il y a une belle émulation. Tu te nourris de cette émulation interne ?

Bien sûr. Voir des Jordan Terrasse ou des Charlotte Dumas gagner les Élites à domicile, c’est assez incroyable. Pouvoir faire les Élites à la maison, j’y ai pris un plaisir fou. Cela crée une dynamique et cela donne de l’énergie pour la suite. À Clermont, tout le monde se connaît, les entraîneurs sont très investis. On le voit à l’arrivée des France de cross : on voit plein de photos où je retrouve tout le monde. Des gens au moins aussi heureux que moi. C’est beau à voir et cela montre ce qu’il se passe à Clermont et dans l’athlétisme.

La surprise de la victoire et le déroulement de la course avec ces rebondissements ont marqué les esprits. Cela a été agréable à regarder et à suivre. Certains se sont pris au jeu et revenir sur la course était assez marrant.

Tu parlais de vitesse à travailler, mais on a vu qu’à Carhaix, tu avais un beau finish

Après, faire un sprint au bout de 9 km, cela n’a rien à voir avec la vitesse pure. C’est plutôt la capacité à changer de rythme qui est importante, chose que j’ai plutôt bien. Ce qu’il me manque, ce sont des références sur 1500 m et 3000 m, pour avoir des réserves en cas de grosse attaque. C’est cela que je dois travailler.

Est-ce que tu t’es fixé des paliers à franchir sur le moyen et long terme ?

J’ai de petites idées, mais je veux vivre les choses comme elles viennent. Je fais confiance à mon coach qui a des idées plus précises que moi. C’est comme cela que je réussis le mieux : quand je ne me focalise pas trop sur les chronos et que je cours aux sensations, en prenant beaucoup de plaisir.

Tu as commencé l’athlé en 2020, qu’est-ce qui t’a amenée à la course à pied ?

Je faisais de l’équitation et j’en ai fait jusqu’en terminale, donc j’ai arrêté il n’y a pas si longtemps. J’ai toujours adoré tous les sports. Quand j’étais au collège, j’étais à l’association sportive et j’y allais tous les jours. J’ai joué quelques années au handball et j’accrochais à tout.

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