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Cyclisme sur route

Émilien Jacquelin chez Decathlon CMA CGM : jusqu’où peut-il aller ?

Nicolas Grasser

Publié le

Émilien Jacquelin chez Decathlon CMA CGM jusqu'où peut-il aller
Photo Decathlon CMA CGM

Quelques semaines après les Jeux Olympiques, Émilien Jacquelin a choisi de troquer ses skis contre un vélo de route. Il intègre l’équipe de développement de Decathlon CMA CGM comme stagiaire pendant six mois. À 30 ans, au sommet de sa carrière en biathlon, le Français ouvre un nouveau chapitre. Une question se pose : jusqu’où peut-il aller ?

Un biathlète au sommet de son art

Émilien Jacquelin est, à 30 ans, l’un des plus talentueux biathlètes de sa génération. Il est quintuple champion du monde et quadruple médaillé olympique, ses deux dernières médailles ayant été obtenues lors des Jeux Olympiques d’Hiver de Milan-Cortina. Ce n’est pas un athlète en fin de course qui cherche une reconversion, mais un sportif au sommet de sa forme qui souhaite réaliser son rêve d’enfant : devenir cycliste professionnel.

Sa décision de rejoindre l’équipe Decathlon CMA CGM Development Team a été une surprise. Pourtant, des indices menaient vers cette voie.

Il y a quelques semaines, aux Jeux Olympiques, son look à la Marco Pantani a été remarqué autant que ses performances. Avec son crâne rasé et muni de la boucle d’oreille du pirate (prêtée par la famille de Pantani), le Français a rendu un bel hommage à son idole de jeunesse en remportant la médaille de bronze de la poursuite et le titre olympique en relais hommes. Pour réaliser ces exploits, il a couru comme à son habitude, en partant vite pour s’isoler dès le début de la course (à l’image d’une échappée) et sans calculer ses efforts. En bref, comme un cycliste.

Un rêve à réaliser

C’est avec les coureurs des années 90 collés en poster sur les murs de sa chambre qu’Émilien Jacquelin a grandi. Il a d’ailleurs pratiqué le vélo en compétition jusqu’à ses 16 ans, avant de choisir le biathlon. Sport dans lequel un avenir grandiose lui était promis, bien qu’il l’éloigne de son rêve de devenir cycliste professionnel.

Pourtant, il n’a jamais arrêté de pédaler. Au contraire, de nombreux entraînements à vélo constituent l’un des piliers de sa préparation hivernale.



À la suite de tests physiques effectués de son côté et partagés avec son ami Sébastien Joly (entraîneur de Decathlon CMA CGM), ses capacités physiques exceptionnelles ne sont pas passées inaperçues. Début mai, Émilien Jacquelin partira s’entraîner avec son premier maillot de cycliste professionnel. Le gamin aux posters de Pantani a tenu sa parole.

Un coureur de classiques

Puissant sur de courtes durées, rapide au sprint, un peu moins performant sur les longues distances et lorsque les montées s’enchaînent, les caractéristiques de Jacquelin le biathlète en disent long sur ce que peut être Jacquelin le cycliste. Le Français est un costaud, capable de faire courber l’échine à ses adversaires à l’aide d’attaques tranchantes. Son gros moteur et son punch sont sa plus grande force, et ils devraient le rester.



Son principal point d’amélioration en cyclisme est son principal défaut en biathlon : une mauvaise habitude de craquer dans la dernière boucle. Ses entraînements seront axés sur la correction de ce défaut. Un biathlète qui skie pendant 1 heure peut se permettre de réduire le rythme sur une fin de course, mais un cycliste qui roule pendant 4 heures doit pouvoir endurer l’allure intense du peloton jusqu’à la ligne.

Pour la saison 2026, le plan est simple : s’entraîner sérieusement pendant 3 mois avant de faire sa première course en août. Des débuts sur le Tour du Limousin-Périgord (18 au 21 août) sont évoqués par certains observateurs, ce qui pourrait correspondre à son profil.

Toutefois, bien qu’une adaptation rapide puisse se faire sur des courses d’un jour ou de petites courses par étapes, il n’y a évidemment aucune chance de voir Émilien Jacquelin sur le Tour de France. La faculté à enchaîner les efforts, ainsi que la capacité de récupération nécessaires à la participation à un grand tour, sont des qualités qui ne peuvent être acquises qu’à la suite d’années d’entraînement et de compétition.

Dans le meilleur des cas, une participation à Paris-Roubaix dans les années qui viennent peut être envisageable. Finir cette course mythique serait incontestablement le signe d’un pari réussi.

Les efforts à fournir

Pour performer dans sa nouvelle discipline, le biathlète devra se transformer physiquement. Du haut de ses 1,86 m et fort de ses plus de 80 kg, son gabarit est adapté au ski de fond où il est nécessaire d’avoir un haut du corps musclé (et par conséquent lourd) pour pousser sur les bâtons. Or, sur le vélo, chaque kilo en trop se paie. Il devra donc surveiller de près son alimentation au cours des prochains mois pour atteindre son poids de forme.

En espérant qu’ils ne lui manqueront pas sur les skis, car le vélo n’est pas une reconversion mais une parenthèse dans sa carrière de biathlète, à laquelle il ne met pas fin pour autant. Émilien Jacquelin a annoncé viser une quatrième participation aux Jeux Olympiques d’hiver, en France en 2030 (en biathlon, pas en cyclo-cross).

Il devrait également participer, en fonction de son niveau, à plusieurs manches de Coupe du monde la saison prochaine. Si l’on peut s’imaginer que le manque d’entraînement spécifique en ski de fond peut être compensé par la pratique intensive du cyclisme, il en est tout autre du tir, qu’il a choisi de délaisser au cours des prochains mois pour se concentrer à 100 % sur le vélo. Émilien Jacquelin sera-t-il au niveau pour se maintenir en Coupe du monde la saison prochaine, alors que les jeunes Français poussent au portillon ?

Cette transition du biathlon au cyclisme comporte le risque de perdre sur les deux tableaux. Risque que le Français est prêt à prendre, ne serait-ce que pour bénéficier d’une parenthèse lui permettant de se régénérer mentalement.

Conclusion

Le quintuple champion du monde de biathlon parviendra-t-il à s’adapter aux exigences du cyclisme professionnel ? Sera-t-il capable de suivre ses concurrents dans les descentes techniques ou simplement de rouler en peloton ? Rendez-vous en août pour obtenir les réponses à toutes ces questions.

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