Édito : L’implacable constat du déclassement de l’athlétisme en France
CHAMPIONNATS D’EUROPE D’ATHLÉTISME 2026 – Audiences en berne, l’athlétisme semble ne plus faire recette en France. Un constat qui n’est pas nouveau.
Un chiffre qui nous renvoie à la baisse d’intérêt pour l’athlétisme
1,55 million de téléspectateurs et 11,8 % de part d’audience ! Pire, moins de 10 % chez les moins de 50 ans. On ne peut pas dire que la première journée des Championnats d’Europe d’athlétisme ait rassemblé les foules en France. Je dois avouer que j’ai pris ces trois chiffres en pleine figure. Ils sont le symbole du désintérêt global des Français pour ce sport que j’aime tant. Le téléspectateur a préféré regarder TF1 (2,3 millions) et France 2 (2,2 millions).
Pire, certains ont zappé sur une autre chaîne après la fin des Championnats d’Europe de natation, qui se déroulent dans le même temps en France. Ils étaient près de 1,7 million devant leur télé.
Audience TV : 1,55 millions devant la médaille @DaguinosE
Pas fou !— Clément Breysse (@BreysseClement) August 11, 2026
Comment leur en vouloir ? Le sport olympique numéro 1, comme on aime le dire – peut-être avec trop d’arrogance – a perdu son public. Ce n’est pas une question de Championnats d’Europe moins prestigieux que les Championnats du monde, mais bien une question globale d’intérêt pour l’athlétisme. Voire de grand déclassement de notre sport.
Certains pourront se rassurer en disant que ce n’est pas pire que Rome 2024, qui n’avait attiré que 1,5 million de téléspectateurs, avec une unique soirée au-delà des 2 millions. Mais Rome 2024 était au début du mois de juin, à une période durant laquelle personne ou presque n’était en vacances. Pas au cœur du grand chassé-croisé de l’été, comme en 2026.
Date idéale, horaire de prime time pour l’athlétisme, mais un public qui boude. Un public qui boude à la télé et qui boude dans le stade de Birmingham, repoussé par des tarifs prohibitifs (près de 150 euros la session de soirée, contre à peine 30 à Munich en 2022).
Un constat qui n’est pas une nouveauté
Maintenant, soyons honnêtes avec nous-mêmes. Ce déclassement ne date pas d’hier. En 2024, année olympique et avec des JO à domicile, aucune chaîne française ne diffusait la Diamond League. Il fallait aller chercher des commentaires en anglais sur la chaîne YouTube de la Diamond League pour accéder au direct. Avec – au mieux – 15 000 personnes en simultané. Il faut le dire, peu de Français ! Quoi de plus repoussoir que de devoir regarder du sport commenté dans une autre langue ? Quoi de plus repoussoir que de ne plus avoir d’athlétisme sur notre télé, sur une chaîne classique ?
Pourquoi ? Parce que l’athlétisme ne fait pas vendre, ne fait plus vendre. On est à des années-lumière de l’après-Paris 2003, avec tous les meetings français et toute la Golden League diffusés en direct par Canal+. La chaîne cryptée diffusait aussi les Championnats de France, avant de les céder à la fin de l’année 2016. Canal+ a même fini par lâcher le meeting Herculis à Monaco. Son dernier bastion athlétisme. La fin d’une histoire, l’acte final du grand déclassement de l’athlétisme en France.
Pourtant, on est tous d’accord pour dire que l’athlétisme est télégénique. La tension d’un 100 m – dans lequel il n’y avait aucun Français à Birmingham –, le dénouement d’une course de demi-fond. La folie d’un concours où un essai peut renverser le cours de l’histoire. Tout peut devenir vecteur d’émotion.

L’athlétisme français « puni » par son manque de locomotives
À l’heure où le début des Championnats d’Europe des Français est plus que poussif (deux médailles d’argent et deux médailles de bronze après trois jours), c’est le meilleur et le pire moment pour faire le constat de notre manque de locomotives. La France de l’athlétisme se cherche son Léon Marchand, celui qui va attirer les foules. Le quadruple champion olympique est un formidable ambassadeur de la natation française. Son éclosion au plus haut niveau a tiré presque à lui seul les Bleus – bredouilles à Tokyo en 2021 –, poussant la natation française vers des sphères intéressantes. Avec lui, les audiences sont revenues pour un sport qui semblait pourtant avoir plongé très bas après les retraites de certaines stars.
Pendant ce temps-là, en athlétisme, on a de bons athlètes – dire l’inverse serait faux –, mais aucun capable de confirmer sur plusieurs années. Jimmy Gressier, champion du monde du 10 000 m et 3e du 5 000 m à Tokyo l’an passé ? Éjecté du podium sur le 5 000 m des Championnats d’Europe. Cyréna Samba-Mayela, vice-championne olympique du 100 m haies et seule médaillée à Paris ? Elle n’a plus disputé le moindre grand championnat depuis sa médaille.
D’autres stars sont vieillissantes. Kevin Mayer n’a plus foulé une piste depuis sa blessure au meeting de Paris 2024. Renaud Lavillenie approche de la quarantaine et aucun perchiste français n’a depuis été médaillé au niveau mondial chez les hommes. Il manque une star. Pierre-Ambroise Bosse aurait sans doute eu la gueule de l’emploi, avant de se la faire casser en boîte, deux semaines après son titre mondial sur 800 m en 2017. 2017, le dernier chant du cygne pour l’athlétisme français. Trois titres lors de la même édition. Seulement deux depuis ! Tout est dit.
Oui, nos athlètes ont du mérite. Oui, l’athlétisme français semblait progresser. On n’a jamais eu autant de finalistes lors des derniers Mondiaux depuis 20 ans. Mais cela ne suffit malheureusement pas. Il manque à l’athlétisme une belle histoire à raconter. Tant qu’on n’aura pas cela, on pourra vociférer, le sens de l’histoire sera contre ce sport que j’aime tant.


