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Agence Nationale du Sport : un tournant majeur pour le sport français

Quentin Marchesan

Publié le

L’Agence Nationale du Sport, nouvelle structure voulue par la ministre des sports Roxana Maracineanu, verra le jour mercredi 24 avril. L’occasion d’essayer de comprendre son fonctionnement.

Créée sous la forme d’un groupement d’intérêt public, le principal objectif de l’Agence Nationale du Sport (ANS) est d’incarner l’ambition du sport français en vue des Jeux Olympiques 2024, tout en s’affranchissant de la tutelle d’État. L’ANS va regrouper quatre acteurs majeurs du sport français : l’État, le mouvement sportif (Comité olympique français et les fédérations), les collectivités territoriales et les acteurs économiques et sociaux. Ils devraient travailler ensemble afin de décider de l’orientation du sport de haut niveau, mais aussi du sport pour tous. Elle sera présidée par Jean Castex, actuellement délégué interministériel aux grands événements sportifs et dirigée par Frédéric Sanaur, ex-directeur général de la Fédération Française d’Athlétisme.

Pourquoi créer une Agence Nationale du Sport ?

Claude Onesta, dans le rapport de sa « Mission d’étude pour la haute performance sportive », a souligné quelques points très inquiétants au sujet de notre modèle de développement du sport. Nous avons en effet un modèle plutôt vieux remontant aux années 1960. Il fait suite à la débâcle de la France lors des JO 1960 à Rome (seulement 5 médailles) : le Général De Gaulle avait alors décidé de mener une politique de développement du sport de haut niveau en allouant aux Fédérations plus de moyens financiers et en créant des postes de conseillers techniques. Ainsi, en 2016, la France a récolté 42 médailles. Une réussite ? Pas vraiment.

Clause Onesta souligne en effet que les performances de nos sportifs stagnent depuis les années 1990 : « Sur la même période, les Britanniques sont passés de 15 à 67 médailles ». Un bilan encore plus inquiétant chez nos athlètes paralympiques : « En vingt ans, la France est passée de la 6ème place mondiale avec 95 médailles à la 12ème place avec 28 médailles, alors que dans le même temps, les Britanniques sont passés de la 4ème place et 122 médailles à la 2ème place et 147 médailles ». C’est donc en partant de ce constat alarmant que le Ministère des Sports a décidé de réformer le modèle de développement du sport en France en créant l’ANS, centrée sur deux volets.

Claude Onesta en mission pour le sport français – AFP

Le sport de haut niveau ?

Dirigé par Claude Onesta, l’objectif de ce volet est d’amener individuellement les sportifs et les entraîneurs vers la haute performance. Pour cela, les Fédérations pourront bénéficier de nouveaux outils dans le domaine de la recherche notamment. Le but est d’arriver à doubler le nombre de médailles olympiques lors des JO 2024 en passant donc de 42 breloques en 2016 à 80 en 2024. Les décisions seront collégiales entre les quatre acteurs cités plus haut. Cependant, tous ne pèseront pas le même poids. À première vue, l’État bénéficiera de 60% des voix tandis que les autres acteurs devront se partager les 40% restantes.

Le sport pour tous

L’objectif de ce volet est de valoriser le sport, de développer la pratique sportive sur le territoire français. Pour cela, de nombreuses actions seront mises en place auprès des publics et des territoires carencés. L’ANS souhaite également soutenir les projets des différentes fédérations ainsi que des associations non fédérales. L’ANS devrait ainsi prendre le relais sur les projets de l’État, avec un plan de développement des piscines pour l’apprentissage de la nage, notamment dans les territoires les plus dépourvus. Il devrait également y avoir un fond de soutien à la production audiovisuelle pour médiatiser les disciplines les moins diffusées. Enfin, des mesures seront prises en faveur de l’innovation dans le sport. Ici, les quatre acteurs devront se partager les voix de manière équitable.



La délégation française emmenée par Teddy Riner à Rio, en 2016 – AFP

Quelques problèmes et des questions

Cependant, ce projet qui verra le jour dans quelques heures fait face à certains problèmes. D’abord, le statut de groupement d’intérêt public est remis en cause par le Conseil d’État. En effet, ce statut permet une sorte de pot commun où chaque acteur devra y mettre de l’argent. Mais pour l’instant, seul l’État a mis la main à la poche en injectant 350 millions d’euros. Le projet a également pris beaucoup de retard, d’abord annoncé pour mars 2019, la date d’inauguration avait finalement été fixée au 2 avril, avant d’être reculée au 24 avril.



En parallèle, le gouvernement a décidé de rattacher aux Fédérations les cadres d’État du sport, parmi lesquels on retrouve les entraîneurs nationaux et les directeurs techniques nationaux. Cette décision a provoqué la colère des syndicats puisqu’ils perdent leur statut de fonctionnaire. Certaines fédérations auront de quoi payer ces cadres, cependant, les petites pourront se retrouver en difficulté. Ces problèmes posent alors des questions : l’ANS amènera-t-elle l’apparition d’un sport à deux vitesses ? Ou alors permettra-t-elle un réel renouveau du sport en France ?

Finalement, l’ANS est un projet qui n’est pas encore très clair, censé promouvoir le sport, aider les sportifs de haut niveau ainsi que les structures autour et doubler le nombre de médailles aux JO 2024. Cependant, des questions se posent quant à la réelle ambition du projet, beaucoup voient l’ANS comme une structure détachée de l’État, avec un faible budget qui n’aura pas l’écho recherché. De plus, la communication autour de cette nouvelle structure est très floue, voire parfois incompréhensible. L’inauguration aura lieu mercredi au Stade de France, suivie d’une conférence de presse qui nous donnera l’occasion d’en savoir, normalement, un peu plus.

Quentin Marchesan

2 Commentaires

2 Commentaires

  1. Avatar

    excellencemenacée22

    6 mai 2019 à 3h00

    Réforme qui devrait s’avérer catastrophique pour le sport français de haut niveau:les conseillers techniques sportifs dont le corps est amené à disparaître (du fait de l’arrêt du recrutement)sont les meilleurs cadres techniques des sports;sans eux l’encadrement technique des champions & futurs champions sera lacunaire,déficient,notamment en équipe de France.Comment une telle aberration/stupidité est-elle possible quand on sait que la France s’est portée candidate à l’organisation des JO de 2024 (ce qui a été obtenue)?Les dirigeants politiques français n’ont plus d’ambition pour la France:c’est juste lamentable.Pourquoi cette suppression programmée des C.T.S. ?Parce que cette « réforme »permettra à l’Etat d’économiser 160 millions/an.Parce que nombre de dirigeants politiques français se réclamant du néolibéralisme vouent une véritable haine pour l’Etat stratège,l’Etat qui anticipe et prévoie,l’Etat qui fixe des objectifs et porte des ambitions pour le + grand nombre.Rappelons que les C.T.S. comme l’INSEP ont été créés par l’administration gaulliste et que leurs résultats ont été excellents,c’est d’ailleurs pourquoi ce système bicéphale reposant sur les clubs/Fédérations et l’Etat nous est envié dans de nombreux pays (comme la GB)qui n’ont pas obtenu d’aussi bons résultats que la France.Du fait de l’emprise du néolibéralisme sur nombre de dirigeants politiques français la France de l’excellence pour le + grand nombre est amenée à n’être plus qu’un souvenir.

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      POTIER Thierry

      13 mai 2019 à 18h22

      Pourquoi on est à la ramasse aux JO largement dépassés par la GB justement ? Hormis le Handball (Costantini et Onesta) aucun résultat en sport collectif (on peine souvent à être qualifié). Le modèle de De Gaulle est dépassé ! Les CTS (fonctionnaires) restent quels que soient les résultats !

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