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Amandine Buchard : « La victoire dépend vraiment de mon attitude »

Flo Ostermann

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Amandine Buchard : « La victoire dépend vraiment de mon attitude »
Photo IJF

JUDO – Sacrée championne d’Europe pour la première fois chez les séniors, la numéro une mondiale de la catégorie des – 52kg, Amandine Buchard, nous a accordé une interview. Retour sur son titre européen donc, mais aussi sur ses différents déclics et les JO de Tokyo. 

Amandine, avec un peu de recul, quel est votre sentiment après l’obtention de votre premier titre européen chez les séniors ?

C’est super bizarre parce qu’au final, je n’ai pas trop eu l’occasion de le fêter. Avec tout ce qu’il se passe avec le Covid, je n’ai pas eu l’opportunité de fêter ce titre avec mes proches. Quand j’ai combattu, je suis directement rentrée le lendemain en France, je n’ai pas pu regarder les copines et copains combattre. Ça a été tout de même l’euphorie le jour du titre et les deux journées qui ont suivi, notamment sur les réseaux sociaux, mais en fait, ça passe très vite. Ça s’est, entre guillemets, vite dissipé.

Sur un plan sportif, vous avez été très propre, souvent en maîtrise. Pensez-vous avoir réalisé un tournoi parfait ?

Parfait, non. Déjà, mon premier combat a été beaucoup plus long. J’avais déjà une adversaire de taille d’entrée (face à la Roumaine Chitu au 2ème tour). En début de journée, il y a toujours beaucoup de stress de mon côté. En plus de cela, en étant numéro une mondiale, j’arrive toujours en haut de tableau, avec un premier combat un peu plus tard que les autres. Donc après l’échauffement, j’ai toujours un petit coup de mou avant d’entrer sur le tatami. Tout ça ensemble, ça a finalement donné un combat où je pars au golden score. Normalement, c’est un combat que j’aurais dû écourter plus rapidement. Ensuite, une fois ce combat passé, les chevaux étaient lâchés. Donc je dirais pas parfait car on peut toujours faire mieux, mais c’était une très bonne journée.

Jusqu’ici, il vous avait toujours manqué quelque chose pour monter sur la plus haute marche du podium, lors d’un grand championnat chez les séniors. Qu’est-ce qui a finalement fait la différence pour ce championnat d’Europe ?

Ce qui m’a manqué, c’est une certaine confiance en moi. Avant, j’avais toujours quelques périodes de doute(s), avec de l’appréhension avant mes combats, selon les adversaires en face. Maintenant, je me sens beaucoup plus relax. Je me dis que peu importe l’adversaire en face, la finalité doit être la même : je me dois d’être agressive, voire expéditive. Je me dis à chaque fois que je dois être la première à prendre l’initiative des attaques sur le tatami. Ce changement de manière de penser, ça m’a beaucoup aidé.

Aussi, je reste sur trois victoires consécutives (Grand Slam de Budapest, le Masters de Doha et le championnat d’Europe), donc ça donne forcément une certaine confiance en soi. Je ne sous-estime pas mes adversaires, mais ça aide beaucoup.

De l’extérieur, on a aussi l’impression que votre victoire face à Uta Abe lors du Grand Slam d’Osaka en 2019 a été un déclic…

Oui, c’est ça ! En fait, j’ai eu plusieurs déclics, mais ce combat, c’est vraiment le plus important. Pour remettre les choses dans le contexte, lors des championnats du monde de Tokyo la même année, je me loupe et je fais 5ème. Cette année-là, mes copines de l’équipe de France réalisent un championnat du monde extraordinaire (4 médailles doit 3 titres). À ce moment-là, je prends une grande claque, car je suis arrivée sur ces Mondiaux dans la peau de numéro une mondiale, et ma place doit être sur le podium. Je me dis que ce n’est pas possible d’échouer à ce point.

Dans la foulée, j’ai vraiment commencé à travailler mon attitude lors des combats. Et à Osaka, je gagne mes combats, et je me retrouve en finale face à Uta Abe (alors invaincue depuis 3 ans). Ce jour-là, si elle gagnait la compétition, elle décrochait directement son ticket pour les Jeux de Tokyo. Elle avait tout pour être en mode guerrière. Mais le travail réalisé concernant mon attitude a payé, et je ne me suis pas posée de question(s). Ça a été la grosse bagarre jusqu’au golden score où je marque et gagne le combat. Depuis ce jour-là, j’ai la preuve que la victoire dépend vraiment de mon attitude.

À propos des JO de Tokyo, Uta Abe sera certainement votre plus grande adversaire. De qui faudra-t-il également se méfier ?

Il y aura forcément la championne olympique en titre, la Kosovare Majlinda Kelmendi. En janvier dernier, au Masters de Doha, je l’ai battue, alors que j’avais toujours perdu contre elle jusqu’à ce combat. Ça c’est pareil, ça m’a permis de prendre vraiment confiance en moi.

Avant les JO, quel sera votre programme ? Les championnats du monde en font-ils partie ?

Déjà, je ne participerai pas aux championnats du monde (6 au 13 juin 2021 à Budapest). Pour la simple et bonne raison qu’en accord avec mon entraîneur, on mise vraiment sur les Jeux Olympiques Tokyo. La compétition a lieu un peu plus d’un mois avant l’échéance olympique, alors on ne veut prendre aucun risque de blessure, ou même de contamination au Covid-19. C’est plus judicieux de faire l’impasse sur les Mondiaux et de profiter des trois mois restants pour faire une très bonne préparation.

Tout autre sujet, quoique, il y a une énorme densité au sein de l’équipe de France féminine de judo (Agbegnenou, Malonga, Buchard, Dicko, Pinot etc), comment expliquez-vous la réussite de cette génération ?

Déjà, on est une génération qui a vraiment bien marché chez les cadettes et juniors (Amandine Buchard est par exemple championne du monde juniors et vice-championne du monde cadettes). On gagnait déjà énormément, et on allait toujours chercher les catégories supérieures pour s’entraîner et progresser. Et déjà dans les catégories jeunes, je trouve que l’on avait une certaine maturité que les garçons n’avaient pas forcément. Maintenant, c’est vrai que le fait de s’entraîner avec des filles de ce niveau-là à l’INSEP, ça permet de travailler à haut niveau, tout le temps. On est toutes bien classées à la Ranking List mondiale dans nos catégories respectives, et en termes d’adversité, c’est un plus au quotidien à l’entraînement.

Puis comme le dit Larbi Benboudaoud, Directeur de la haute performance du judo français, « la gagne attire la gagne ». Aujourd’hui, on se retrouve dans une situation dans laquelle les Japonaises étaient il y a quelques années : tout le monde ou presque rentrait avec des titres, et nous de l’extérieur, on se disait que ça devait être terrible pour celles qui n’étaient pas titrées. On se retrouve dans cette configuration désormais, on a envie d’être au top niveau car le reste du groupe est au top niveau.

Dernière question, quelles étaient (ou quelles sont encore) vos sources d’inspiration, que ce soit dans le judo, ou dans le sport en général ?

J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour Lucie Décosse (championne olympique et triple championne du monde). Déjà quand j’étais gamine, je la trouvais impressionnante. Aujourd’hui, j’ai de la chance, car elle fait partie du staff de l’équipe de France. J’ai aussi beaucoup d’admiration pour Clarisse Agbegnenou, qui est aussi l’une de mes meilleures amies. Quand je suis arrivée en équipe de France, elle m’a vraiment bien accueillie et m’a toujours donné beaucoup d’énergie.


Journaliste/Rédacteur depuis septembre 2015 - Mes premiers souvenirs dans le sport ? Les envolées du Stade Toulousain et les duels Villeneuve-Schumacher et Häkkinen-Schumacher à la fin des années 90, la Coupe du monde de football en 1998, l’exploit du XV de France face aux All Blacks en 1999, mais aussi Richard Cœur de Lion qui vole sur les montagnes du Tour de France. Bien parti pour devenir professeur d’EPS, les événements de la vie (et la flemme d’animer des séances de 3x500 mètres toute ma vie) m’ont conduit à revoir mes plans. Me voilà depuis fin 2017 sur Dicodusport, média grâce (et pour) lequel je partage ma passion : le sport dans tous ses états. Le tout accompagné par les fous furieux et folles furieuses cités sur cette page !

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Des clics et déclics !Sincérité et Modestie ,ça c est Amandine…. a bientot ,je change mon format TV pour juillet , clm

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