Athlétisme – Fred Moudani-Likibi : « Les 20 mètres ont été une surprise »
ATHLÉTISME – Fred Moudani-Likibi a franchi un grand palier cet hiver. Le spécialiste du lancer de poids a franchi pour la première fois de sa carrière les 20 mètres. Il a confirmé depuis, avec quatre jets au-delà de cette « barrière », dont un 20.54 m début juin. À 21 centimètres du record de France de Fred Dagée. Entretien avec le jeune lanceur, qui a fêté ses 24 ans. Qui évoque ses progrès, sa vie américaine, lui qui est universitaire outre-Atlantique. Fred Moudani-Likibi va découvrir l’équipe de France A, ce week-end, lors des championnats d’Europe par équipes.
Fred Moudani-Likibi : « Habitué à voir des lanceurs lancer loin aux USA »
Comment abordes-tu ta première grande compétition internationale ?
Fred Moudani-Likibi (lanceur de poids et recordman de France indoor) : Je vais l’aborder comme les autres compétitions. Et, notamment, mes sélections internationales chez les jeunes. J’ai déjà fait des championnats du monde et des championnats d’Europe. Le but est de faire la même chose. En mettant en place ce que j’ai appris.
C’est une compétition individuelle, mais où la performance compte pour le collectif.
C’est exactement ça.
Tu vas lancer dans un des pays (la Pologne, ndlr) où il y a le plus de ferveur pour les lancers, ça va être spécial non ?
Forcément. En plus, ils ont de très bons lanceurs. Aux États-Unis, ils ont également de très bons lanceurs. Cela équivaut un peu. Cela m’a habitué à voir des lanceurs qui lancent loin. Je n’ai jamais lancé là-bas (en Pologne), donc je vais découvrir l’ambiance. J’espère effectivement que ce sera comme vous nous le décrivez. Et que l’on puisse bien s’amuser et faire de bonnes performances.

Tu es un peu un des symboles de cette jeune génération qui arrive en équipe de France.
Je ne le vois pas comme ça. Je me vois comme un étudiant faisant de l’athlétisme en même temps et qui progresse à son rythme.
« Les 20 mètres ont été une surprise »
T’attendais-tu à franchir les 20 m cette saison ?
Pas du tout. C’était l’objectif tout de même. Quand je suis arrivé aux États-Unis, il y a quatre ans, je voulais lancer à 18 mètres. Déjà, les 19 mètres ont été une grosse barrière. Maintenant, ce sont les 20 mètres. Je suis surpris. En plus, je les fais quatre fois cette année. C’est énorme. D’ailleurs, les avoir faits plusieurs fois me rend encore plus fier que de l’avoir fait la première fois. Cela montre une régularité.
Depuis quatre ans, tu as une progression régulière: on imagine que ça doit faire plaisir de battre ses records chaque saison ?
Le travail paye et je vois que je progresse partout. Que ce soit techniquement et en musculation. Mais aussi dans ma vie quotidienne.
Tu t’entraînes aux USA depuis quatre ans. Qu’est-ce que cela t’a apporté dans ton parcours d’athlète ?
Cela m’a permis de devenir plus indépendant. Je me suis retrouvé livré à moi-même dans un nouveau pays. Ce sont de nouvelles responsabilités, il n’y a personne pour te dire quoi faire. Au niveau de l’entraînement, quand j’étais en France, je ne réfléchissais pas trop à ce que je faisais. Maintenant, je réfléchis beaucoup à ce que je fais, ce que je mange. Cela s’étend même à la vie de tous les jours. J’ai beaucoup appris sur cela.
Fred Moudani-Likibi : « Ambiance électrique dans les compétitions universitaires »
On dit que les compétitions universitaires sont dingues niveau ambiance, tu peux nous raconter ?
Ah oui ! Chaque école à son propre chant. Les grosses universités amènent énormément d’athlètes. Il y a une vraie ferveur qui est incroyable. Cela ressemble à une ambiance de grand championnat. Dans les grosses compétitions, il peut y avoir beaucoup de monde, notamment dans les grands meetings dans l’Arkansas. On voit toutes les écoles qui ramènent énormément de monde. L’ambiance est souvent électrique. Cela aide à se sublimer en compétition, avec un niveau élevé qui te pousse à te dépasser.
Es-tu devenu l’une des têtes d’affiches de ton université ?
Oui. J’ai pu gagner pas mal de compétitions pour mon école cette année. Spécialement les Nationaux.
Quelles sont tes ambitions pour la suite de la saison ?
Si possible, j’aimerais participer aux championnats du monde de Budapest cet été. Mais, j’ai surtout l’objectif Jeux Olympiques pour l’année prochaine et faire les minima pour (21.40 m). On me parle du record de France (20.75 par Fred Dagée), mais si je fais les minima, je ferai une pierre deux coups.
« Je pense que les lanceurs ne sont pas assez médiatisés »
Tu es revenu en France. Comment va se passer la suite de ta saison ?
Je vais partir pour les championnats d’Europe par équipes. Je m’entraîne à Franconville, avec mon ancien coach, Julien Vrielynck. Je continue la préparation moi-même, mes séances de musculation sont toujours faites par mon préparateur physique aux USA. Tout ce qui est technique sera avec Julien. Je vise d’abord les championnats de France Élite. Puis, on verra par la suite.
En France, les lancers sont sous médiatisés. Est-ce qu’un Ryan Crouser est une rockstar aux USA ?
Vraiment ! Quand tu as quelqu’un comme lui et Joe Kovacs qui lancent à plus de 23 mètres, cela ramène du monde. Ce sont réellement des stars.
Comment se fait-il que nos lanceurs ne soient pas reconnus ?
Je pense qu’ils ne sont pas assez médiatisés. Mais, de mon côté, je sens que c’est beaucoup mieux qu’avant. Les États-Unis sont un gros pays, et c’est plus facile d’attirer du monde. La France, c’est un état aux USA. Je pense que c’est un pays qui aime davantage le sport. On voit beaucoup de Français partir aux USA pour l’athlétisme. Il y en aura encore plus l’année prochaine. On voit qu’en France, avec les études, c’est difficile de progresser. Nous ne sommes pas aidés. Aux US, tout est aménagé pour concilier études et sport. Moi, je suis d’abord parti pour l’école. Puisqu’il fallait choisir entre l’école et l’athlétisme en France. Ma mère ne m’aurait jamais laissé arrêter mes études. Du coup, c’était beaucoup plus facile d’aller là-bas et commencer une nouvelle vie.


