Athlétisme : Le demi-fond et le fond féminin ont explosé en 2023, la preuve en chiffres
ATHLÉTISME – Les records du monde du 1 500 m et du 5 000 m femmes ont été battus en 2023. Symbole de deux disciplines qui ont explosé cette année. Analyse chiffrée de l’explosion de ces performances.
Gidey, de recordwoman du monde du 5 000 m à quatrième en dix semaines
Les finales de la Diamond League de Eugene ont été marquées par deux records du monde, dimanche soir. Le premier d’entre eux, celui du 5 000 m, par l’Éthiopienne Gudaf Tsegay, est le reflet de l’explosion du demi-fond et du fond féminin depuis quelques années. Un phénomène qui s’est encore accéléré en 2023. Gudaf Tsegay a réalisé le chrono de 14:00.21, manquant de peu de casser la barrière des 14 minutes. Quelque chose d’encore difficilement imaginable en début de saison. Alors que le record du monde était détenu par sa compatriote Letesenbet Gidey, depuis le 7 octobre 2020, avec un chrono de 14:06.62.
Mais, lors du meeting de Paris, le 9 juin dernier, la Kényane Faith Kipyegon descend la marque en 14:05.20. Son record ne tiendra que deux mois et demi donc. Avec l’invraisemblable course de Tsegay. Dans une épreuve où Beatrice Chebet est devenue la troisième performeuse de l’histoire, en 14:05.92. En moins de dix semaines, Letesenbet Gidey a rétrogradé au quatrième rang de tous les temps. Sept des dix meilleures performeuses de tous les temps sur la distance ont réalisé leur performance en 2020 ou après, dont six en 2022 ou après. Ce qui est édifiant, c’est que ces deux records du monde battus sont le symbole d’une vraie rupture en 2023.
Avec le nombre de performances hallucinantes. Il y a eu plus de chronos sous les 14:10 cette année, que dans les dix précédentes années (1 contre 10). Ce qui est normal, avant Letesenbet Gidey, le record du monde du 5000 m était détenu par Tirunesh Dibaba, en 14:11.15. Mais 2023 a vu également l’explosion des performances sous les 14:30. Au total, douze femmes ont couru un total de dix-huit chronos sous cette marque. Ce qui veut dire que quelques athlètes ont su courir deux ou trois fois sous des chronos stratosphériques. Idem pour la barre des 14:20 et 14:10. Par exemple, si Letesenbet Gidey a perdu son record du monde, elle a réalisé 14:07.94 et 14:08.79 cette année. Devenant la première femme à courir deux fois moins de 14:10 la même saison, et étant la seule tout court à l’avoir fait en carrière. Elle l’a même fait trois fois, si on ajoute son 14:06.92 de 2020.
Le nombre de chronos sous les 4 minutes au 1 500 mètres a plus que doublé en un an
Cette rupture en 2023, elle est encore plus marquée sur le 1 500 m, distance où le record du monde est également tombé, avec le 3:49.11 de Faith Kipyegon, première femme sous les 3:50 sur 1 500 m. Une distance sur laquelle le nombre de performances sous les quatre minutes a explosé. Passant de 28 en 2022 à 71 cette année. Le nombre de femmes ayant réalisé moins de 4 minutes a, lui aussi, explosé, passant de 16 à 25. Mais de façon un peu moins spectaculaire. Cela veut dire que, non seulement, les quatre minutes sont accessibles à davantage de femmes. Mais aussi, qu’une femme est capable de le réaliser plusieurs fois dans sa saison.
Le cas de la recordwoman du monde est forcément édifiant. Faith Kipyegon détient les trois meilleures marques de l’année. Elle a couru une fois sous les 3:50, la première de l’histoire à le faire. Trois fois sous les 3:52 et six fois sous les quatre minutes. Son seul chrono, en sept 1 500 m, au-delà des quatre minutes, c’est en série des Mondiaux à Budapest. Une course anecdotique dont le seul but est de se qualifier en demi-finales. Mais, aussi fou que cela puisse paraître, ce n’est pas la Kényane qui détient le plus grand nombre de « sub » 4 minutes, en 2023. Cet honneur revient à l’Éthiopienne Diribe Welteji. Qu’on a vu en évidence ce samedi à Eugene, avec un record porté à 3:53.93. Son septième chrono sous les quatre minutes. C’est plus que le total de 2013, quand seulement quatre performances sous les quatre minutes avaient été recensées.
Si les sulfureuses chinoises, qui ont performé dans les années 90, trustent encore le Top 10 all time (cinq femmes dans le top 10), elles ont reculé. Genzebe Dibaba, en battant un record du monde qu’on pensait insurmontable sur cette distance, a mis fin à leur hégémonie. Et ce record du monde n’a tenu « que » huit ans. Sifan Hassan, et ses 3:51.95 pour être sacrée championne du monde à Doha en 2019 et Diribe Welteji ce samedi, s’invitent également dans ce Top 10.
Paula Radcliffe seule au monde au marathon
Si le record du monde du marathon tient depuis 2019, avec Brigid Kosgei (2h14:04), c’est surtout la densité de performances réalisées depuis 2016 qui est stratosphérique. C’est bien simple, parmi les 100 meilleures performeuses de tous les temps, seulement 22 ont réalisé leur chrono avant 2016. Et dans le top 50, c’est encore plus édifiant. Avec uniquement quatre femmes qui ont réalisé leur chrono avant cette année 2016. On retrouve Irina Mikitenki, avec son 2h19:19, Mizuki Noguchi, 45ᵉ avec son 2h19:12, Catherine Ndereba, 38ᵉ, avec son 2h18:47. Mais aussi et surtout, l’ancienne recordwoman du monde Paula Radcliffe.
La Britannique avait bouclé sa course en 2h15:25 à Londres, le 13 avril 2003. Aujourd’hui encore, malgré l’explosion des performances, elle est encore à une 4ᵉ place de tous les temps sur le marathon. Mais, avec dix performeuses sur quinze qui ont réalisé leur record en 2022 et 2023, il y a fort à parier que la mythique Paula Radcliffe va encore reculer au bilan all-time dans les années à venir. Le marathon échappe un peu à la règle du 1 500 m et du 5 000 m. Avec seule Tsehay Gemechu, qui a réalisé sa performance cette année dans le top 10 all-time (2h16:56). Mais, contrairement à la piste, l’année est loin d’être terminée. Avec le supersonique marathon de Valence qui se profile à l’horizon le 3 décembre 2023. L’an passé, Amane Shankule et Letesenbet Gidey sont entrées dans le top 10 de tous les temps.






