Athlétisme : Les avantages et les inconvénients du ranking
ATHLÉTISME – Le ranking est, avec les minima, l’un des moyens de se qualifier pour les grands championnats. On vous décrypte le système, ses avantages et ses inconvénients.
Le ranking en athlétisme, qu’est-ce que c’est ?
Pour se qualifier dans les grandes compétitions (championnats d’Europe, championnats du monde et Jeux Olympiques), il y a désormais deux modes de qualification. Instaurés depuis les JO de Tokyo en 2021. Les minima, à savoir un chrono à réaliser qui vous qualifie presque directement pour la compétition (à condition qu’il n’y ait pas plus de trois athlètes de votre pays à les avoir réalisés et à condition, dans certains pays comme les États-Unis, de briller lors des championnats nationaux). L’autre mode de qualification, c’est le ranking. Qui peut s’apparenter comme une sorte de classement ATP/WTA en tennis. Alors, comment ça marche ?
World Athletics (la fédération sportive internationiale) a établi, il y a des années, un barème pour convertir une performance en nombre de points. Cela s’appelle la table hongroise. Tout est disponible sur son site. Et pour établir le ranking, on ajoute, à ces points sur la table hongroise, des points bonus, en fonction de l’importance du meeting et de la place de l’athlète à celui-ci (image ci-dessous). Par exemple, remporter une épreuve de Diamond League vous rapporte 200 points bonus, alors qu’une victoire sur un meeting « Bronze » en donne 60, soit la valeur d’une 10e place en Diamond League. Ainsi, le ranking s’établit sur la moyenne des cinq meilleures performances sur la période de qualification à un événement.
(Légende : OG = JO, WC = Championnats du monde, DL Final = Finale Diamond League, DL = Diamond League, EC = Championnats d’Europe)
Les avantages du ranking
Éviter des performances « obscures »
Le ranking permet d’établir une moyenne de plusieurs performances établies sur une période de qualification. C’est donc une prime à la régularité. Cela évite de voir des athlètes qualifiés grâce à une grosse performance établie en début de saison, parfois dans des conditions aléatoires, grâce à une bonne place dans les bilans mondiaux (le classement en fonction du chrono / performance). Évidemment, cela ne protège pas d’une qualification via minima, mais ce système permet une pondération.
C’est aussi globalement une bonne nouvelle pour les meetings, avec des plateaux de plus en plus élevés. En effet, chaque point, et notamment les points bonus, peuvent compter. Cela amène des compétitions de très grande qualité. On le voit actuellement en France, avec des athlètes internationaux qui viennent chercher des points. Avec de beaux rendez-vous et des records personnels (et du meeting) qui sont régulièrement battus.

Les règles sont claires
Si cela peut être compliqué à comprendre quand on ne met pas le nez dedans, l’avantage du ranking, c’est que les règles sont les mêmes pour tout le monde. Pas de passe-droit, mais un vrai classement. Et les athlètes peuvent voir, quasiment au jour le jour, leur évolution dans le classement. À l’instar de l’ATP/WTA en tennis. Si un athlète est hors du top 30 à trois par pays, il sait qu’il se doit d’aller marquer des points pour tenter de récupérer des précieux points et gagner de précieuses places.
Au moins, tout le monde est fixé, et il n’y a pas de mauvaises surprises au moment de l’établissement des sélections, qui pouvaient parfois être soumises à débat. Ceci dit, World Athletics envoie une invitation. Les différentes fédérations sont libres d’en faire ce qu’elles veulent. Au moment d’aborder sa saison, l’athlète peut définir sa stratégie, choisir ses meetings en fonction de là où il peut marquer le plus de points. C’est aussi une émulation positive, qui peut pousser à un niveau de performance plus haut et une densification dans plusieurs disciplines. Qu’on observe actuellement dans le demi-fond et fond.
Des meetings toujours plus de qualité
Celles et ceux qui viennent de suivre la semaine de meeting en France (Mondeville, Lyon, Liévin et Paris) ont sans doute été frappés par la densification des performances. Ce fut également le cas à Metz, où de nombreux records du Meeting ont été battus. Mais, globalement, tous les rendez-vous français et internationaux n’ont pas dérogé à la règle. Avec de magnifiques startlists au départ. Et des non moins magnifiques épreuves. « Obligés » de s’aligner pour ne pas perdre leur rang, les athlètes jouent le jeu des meetings. Et c’est une excellente nouvelle pour le spectacle, les organisateurs, mais aussi les spectateurs.
Les inconvénients du ranking
Une inégalité entre les pays
Si, pour les organisateurs, c’est une aubaine, pour les athlètes, c’est beaucoup plus compliqué. En France, on est plutôt bien loti. Lors de la saison hivernale, il y a plusieurs meetings Silver (Meeting de l’Eure, Meeting de Miramas, Meeting de Mondeville, Meeting de Paris), quelques meetings Bronze et surtout un meeting Gold, le Meeting de Liévin. Et l’été, c’est également très intéressant, avec les Meetings Diamond League de Monaco et de Paris. Ces meetings peuvent inviter des Français, même s’ils ne sont pas parmi les huit premiers choix.
Car les plus grands meetings ont obligation d’inviter les meilleurs athlètes du monde, en fonction de leur place au ranking. Ceux-ci peuvent accepter ou décliner. Les Français peuvent aussi bénéficier de nombreux meetings. Neuf meetings Diamond League sont en Europe et la finale est à Bruxelles en 2024. Certains seront après la période de qualification pour les JO, voire après les Jeux. Mais, certains meetings en 2023 ont compté pour la qualification olympique. Autant dire que les Français, et par extension les Européens, ne sont pas les moins bien lotis.
Ce qui n’est pas le cas d’autres zones géographiques, moins bien servies en termes de grandes compétitions. Cela oblige ces athlètes à davantage se déplacer pour aller chercher les compétitions. Avec les exigences financières qui vont avec. Se déplacer peut coûter cher et l’athlétisme n’est pas le sport qui rapporte le plus d’argent.

Un risque de s’épuiser pour se qualifier
L’athlétisme est un sport de pic de forme, où il faut arriver en forme pour un grand événement. À savoir en 2024, les Jeux Olympiques de Paris. Il est difficile, voire impossible, de maintenir un pic de forme du mois de mars au mois de septembre. Or, pour aller chercher les points de ranking, les athlètes qui se savent limite pour les minima, vont multiplier les compétitions, pour tenter de se qualifier et/ou maintenir leur place dans le ranking. Au risque de s’épuiser et, en cas de qualification, d’être en difficulté pour défendre leurs chances lors de la grande échéance. Néanmoins, il convient de relativiser cette idée. À l’époque de la qualification aux minima, puis à la place aux bilans mondiaux, le problème était déjà là.
Des athlètes et des meetings protégés
L’autre souci, c’est que ce ranking protège les meilleurs athlètes et les meilleures organisations. Si c’est une prime à l’excellence, le revers de la médaille est que, pour un athlète moins bien classé, ce dernier aura toujours plus de difficultés à entrer dans de gros meetings (les organisateurs sont tenus d’inviter en fonction du ranking). Ainsi, si des athlètes bien classés ne refusent pas l’invitation, les places disparaissent pour les moins bien classés. Et ils ne peuvent pas tenter de marquer de gros points. Dans un monde où la frontière de performance entre un 10e mondial ou un 20e mondial est mince, cette cassure peut augmenter le fossé entre les « bien classés » et les moins bien classés. À cela s’ajoute le jeu des agents.
Un athlète qui a un bon agent, influent, pourra aussi mieux entrer que quelqu’un qui se débrouille seul. Certes, rien de nouveau sous le soleil, mais c’est une réalité. L’autre fossé qui peut se creuser, se situe entre les meetings. Un athlète va viser prioritairement un meeting qui peut lui rapporter de gros points. Alors qu’auparavant, quand cela se jouait aux bilans mondiaux, il pouvait se permettre de faire une performance dans un meeting moins huppé.
Pour illustrer un exemple concret, 10.08 au 100 m rapportent 1 180 points à la table de cotation. Si vous gagnez un meeting Diamond League avec ce temps, vous remportez 200 points bonus, ce qui vous amène à 1 380 points, soit la valeur d’un 9.51, sept centièmes de mieux que le record du monde d’Usain Bolt. À l’inverse, si vous gagnez un challenger avec un chrono de 9.71 (1 300 points), vous ne gagnez que 40 points bonus, ce qui amène à un équivalent de 9.62. Vous avez couru près de quatre dixièmes plus vite, mais votre performance rapporte moins au ranking. Autant dire que si vous êtes athlète, vous allez tenter d’entrer dans de gros meetings (une 8e place en Diamond League rapporte 80 points). Un énorme coup dur pour les organisateurs de meetings nationaux, souvent classés entre D et F et qui peuvent voir certains des meilleurs français renoncer à leur participation.




Ottavio
13 février 2024 à 17h36
Je ne trouve que des inconvénients au ranking (notamment ceux que vous évoquez en dernier) Quant à l’argument « favorable » : ça évite la perf isolée il est sans valeur pour moi. Un Championnat du monde, une finale olympique, c’est une épreuve d’un jour. Donc sur une seule performance. (c’est comme le titre de champion du monde en cyclisme : le meilleur ce jour-là et non le plus régulier) Avec le ranking Colette Besson aurait-elle été championne Olympique ? elle qui a pulvérisé sion R.P. en 3 courses ?
Etienne Goursaud
14 février 2024 à 13h16
Je comprends ton analyse et il y a beaucoup de vrai.
D’ailleurs, un athlète comme Asafa Powell a toujours été en difficulté en championnat, malgré une incroyable constance en meeting.
Mais une femme comme Colette Besson n’arrivait pas à Mexico en 70e position mondiale non plus