Avant France-Israël, ces matchs de football où la politique s’est invitée
Le match de ce soir entre la France et Israël n’est pas le premier à mêler enjeu sportif et contexte politique.
- À ce sujet – L’actualité du football
France – Italie, 12 juin 1938
Un an avant le début des hostilités, la tension était déjà palpable. La France organisait cette dernière Coupe du monde de l’entre-deux-guerres et accueillait, sur son territoire, des nations qu’elle affrontera, dans quelques mois, non plus balle aux pieds, mais avec des armes dans les mains.
En quart de finale, l’équipe de France croisait la route de l’Italie. Championne du monde en titre, favorite à sa propre succession et surtout, gouvernée sur le plan politique par un régime fasciste dirigé par Benito Mussolini. Tout de noir vêtu, les joueurs italiens sortent des vestiaires transcendés et assimilent tout de suite l’enjeu politique de cette rencontre. Ils adressent des saluts fascistes au public français, ces derniers répondent en entonnant la Marseillaise puis en sifflant copieusement l’hymne italien.
Sportivement, l’Italie s’imposait trois buts à un et poursuivait sa route vers un second sacre en Coupe du monde. La dernière avant le début de la Seconde Guerre mondiale.
Chili – URSS, 21 novembre 1973
Le 11 septembre 1973, le Chili était victime d’un coup d’État. Le président Salvador Allende, et son gouvernement socialiste qui entretenait de bonnes relations avec l’Union Soviétique, sont renversés par des forces armées soutenues. Une dictature militaire se met en place et cette situation est partiellement soutenue par les États-Unis, voyant en ce coup d’État l’opportunité de réduire l’influence du soviétisme en Amérique du Sud.
Dans ce contexte, une double confrontation entre le Chili et l’URSS doit se tenir, avec à la clé une qualification à la Coupe du monde 1974 de football. Le 26 septembre, deux semaines après le coup d’État, le match aller, organisé à Moscou, se termine sur le score de 0-0 au terme d’une rencontre disputée sans accroc. Le retour est prévu le 21 novembre 1973 au stade Nacional du Chili, réquisitionné depuis le coup d’État par les forces armées pour parquer et torturer les opposants au nouveau régime.
Pour les raisons politiques évoquées, l’URSS conteste la tenue de cette rencontre et demande qu’elle soit organisée ailleurs, sur un terrain neutre. La FIFA refuse et maintient l’heure et le lieu de ce match retour, soutenue par les autorités sportives chiliennes qui promettent que le stade sera disponible et prêt à accueillir les deux nations dans un climat calme et apaisé.
Des paroles qui peinent à convaincre le régime soviétique. L’URSS refuse d’envoyer leurs joueurs au Chili et perd la rencontre sur tapis vert. L’équipe nationale chilienne décroche son billet pour la Coupe du monde de 1974.
RFA – RDA, 22 juin 1974
Dans une Allemagne divisée depuis le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la RFA et la RDA ne se sont affrontés qu’à une seule reprise. Lors des phases de groupe de la Coupe du monde 1974 organisée en Allemagne de l’Ouest.
L’enjeu sportif de cette rencontre n’est pas immense. Comptant pour la troisième journée de la phase de poule, les deux formations ont d’ores et déjà composté leurs billets pour la suite de la compétition. Seule l’attribution de la première place est en jeu.
En revanche, le contexte politique est lourd de sens. Les observateurs voient en cette rencontre un affront entre deux idéologies distinctes. D’un côté, la RFA appartenant au bloc de l’Ouest, capitaliste et soutenu par les États-Unis. De l’autre, la RDA rattachée au bloc de l’Est sous l’égide des régimes communistes.
Dans les faits, la tension au coup d’envoi de cette rencontre n’est pas si vive. Un climat de relative détente s’est installé depuis la fin des années 1960, entre ces deux nations que la Guerre froide oppose. Seule consigne donnée du côté de l’Allemagne de l’Est (RDA), l’interdiction de ne pas montrer une once de fraternité avec les joueurs de la RFA sous les yeux des spectateurs et des caméras. Pas de dialogue avec l’adversaire, pas d’accolades après le match ni d’échanges de maillots sur la pelouse. Tout geste d’amitié doit uniquement se faire à l’intérieur des vestiaires.
Au terme des 90 minutes de jeu, l’Allemagne de l’Est (RDA) l’emporte sur le plus petit des scores et s’assure la première place du groupe A.
Argentine – Angleterre, 22 juin 1986
Au stade Azteca de Mexico, le quart de finale entre l’Argentine et l’Angleterre est, et restera célèbre pour le but de la main de Diego Maradona qui permit aux siens de poursuivre leur route vers le trophée.
Mais cette rencontre opposant l’Argentine et l’Angleterre n’était pas dénuée d’une certaine rivalité politique entre ces deux nations. Quatre ans plus tôt, l’armée argentine débarquait sur les îles Malouines. Un archipel situé au large des côtes sud-américaines, appartenant à la couronne britannique, mais que revendique l’Argentine. L’arrivée des troupes argentines marque le début de la guerre des Malouines et débouche sur une nette victoire de l’Angleterre qui n’hésite pas à ouvrir le feu sur les troupes sud-américaines pour protéger son territoire. Plus de six cents militaires argentins sont tués et onze mille sont faits prisonniers.
Un véritable traumatisme pour les Argentins, qui ressurgira lors de ce quart de finale de Coupe du monde. Pour beaucoup de joueurs et de supporters, cette victoire face à l’Angleterre est vécue comme une vengeance. Une revanche sportive, après un conflit armé qui laissa à terre plusieurs centaines de militaires argentins.

Le but de la main signé Maradona, l’autre fait marquant du Argentine-Angleterre de la Coupe du monde 1986 – Photo Icon Sport
États-Unis – Iran, 21 juin 1998
Pour sa deuxième participation à la Coupe du monde de football, l’équipe nationale d’Iran se retrouve dans le groupe F, en compagnie de l’Allemagne, la Yougoslavie et des États-Unis.
Autrefois alliées, les deux nations entretiennent des relations bien plus conflictuelles depuis 1979 et le renversement du pouvoir en Iran lors de la révolution iranienne. La tension monte entre les deux pays. Les Américains perçoivent l’Iran comme une puissance dangereuse et ces derniers rétorquent en qualifiant le pays de l’Oncle Sam de « Grand Satan ». En 1995, une nouvelle étape est franchie lorsque les États-Unis imposent un embargo économique interdisant de commercer avec l’Iran, afin de fragiliser cette puissance et freiner leur course à l’armement nucléaire.
Trois ans plus tard, le match États-Unis – Iran, comptant pour la deuxième journée du groupe F, est logiquement considéré comme une rencontre à haut risque par la sécurité. La FIFA préfère se montrer plus docile et voit en cette confrontation l’opportunité de rouvrir le dialogue entre deux nations à réconcilier. Un avis partagé par le président américain Bill Clinton.
Sur le terrain, les joueurs prennent leur rôle de diplomates très au sérieux. Les Iraniens sortent du vestiaire avec des bouquets de roses blanches qu’ils offriront à leurs adversaires, les hymnes sont respectés, les poignées de mains sont chaleureuses et tous les joueurs poseront ensemble lors d’une photo d’avant-match mêlant iraniens et américains.
Galvanisés par le contexte, les joueurs iraniens créent l’exploit en s’imposant deux buts à un au terme d’un match âprement disputé. À Téhéran, la joie est immense. La ferveur populaire s’empare des rues et d’immenses scènes de joie témoignage de l’importance d’un tel succès face à un historique ennemi politique. Les États-Unis, eux, préfèrent ne pas se focaliser sur le résultat final. Ils retiennent que le principal succès de cette rencontre reste la porte qu’elle ouvre vers le dialogue et des relations plus saines entre les deux pays. Jeff Agoos, l’un des footballeurs américains présents ce soir-là sur la pelouse, se vantait « d’en avoir fait plus en 90 minutes que les politiciens en 20 ans ». Il n’avait pas tort.
France – Algérie, 6 octobre 2001
« Une grande fête qui s’est transformée en immense gâchis ». Par ces mots, le Ministre des Sports de l’époque, Marie-George Buffet, décrivait ce match France – Algérie. Une rencontre de football très symbolique, la première à réunir ces deux nations depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962.
Mais l’ambiance festive et l’union que tous espéraient fut balayée avant même le coup d’envoi de la rencontre, lorsque l’équipe de France pénétrait sur la pelouse du Stade de France sous la huée d’une partie des supporters algériens, venus en nombre assister à cette rencontre.
La Marseillaise est sifflée, les Bleus le sont également dès qu’ils touchent la balle, mais cette mauvaise ambiance ne les empêche pas de rapidement mener au score. Vincent Candela, Emmanuel Petit puis Thierry Henry permettent à la France de mener trois buts à zéro, Djamel Belmadi réduit l’écart pour les Fennecs juste avant la mi-temps.
En seconde période, Robert Pires enfonce le clou. Quatre buts à un, le score en restera là. Malgré la présence de 400 stadiers supplémentaires pour cette rencontre classée « à haut risque », la pelouse est envahie à la 76e minute de jeu par plusieurs centaines de spectateurs. Les forces de l’ordre ne parviennent à les contenir. Marie-George Buffet tente une intervention au micro pour appeler au calme, mais rien n’y fait. L’arbitre du soir est contraint de mettre un terme prématuré à cette rencontre, malgré la frustration des joueurs et la déception d’une immense partie du public, venue assister à une simple rencontre de football.



