Azzedine Lagab : « Il faut que l’on ait plus d’épreuves sur le circuit africain »
Fer de lance du cyclisme algérien tout au long de la dernière décennie, Azzedine Lagab a aujourd’hui à 34 ans l’un des plus beaux palmarès du pays. Il cumule ainsi des dizaines de médailles nationales et continentales, en plus de nombreux succès prestigieux, notamment sur le Tour du Rwanda (4 victoires d’étape en 7 participations). Présent sur l’édition 2021 de ce dernier, le cycliste algérien a accepté de se confier en longueur sur cette course phare du continent, mais également plus généralement sur le développement du cyclisme en Algérie, et en Afrique.
Personnellement, comment s’est passé ton Tour du Rwanda ?
Sur le plan personnel je suis très satisfait de mes sensations et de ma forme actuelle, même si le résultat n’était pas au rendez-vous. Avec le décalage de la course (en raison du Covid), le Tour du Rwanda s’est déroulé au mois du Ramadan. En tant que musulmans, on doit jeûner tout le mois sauf en cas de maladie ou de voyage, ce qui était notre cas. Mais avant le tour du Rwanda, on était chez nous, s’entraînant à jeun.
On ne pouvait pas faire de grandes sorties d’entraînements, donc le tour du Rwanda était pour nous la compétition qui allait nous maintenir un peu en forme afin de garder le rythme. En ce qui me concerne, je pensais passer une semaine de galère mais ça n’a pas été le cas. Je me suis retrouvé plusieurs fois avec les favoris dans les fins d’étapes, donc c’est de bon augure pour la suite de la saison.
Comment se passe l’organisation ? Dans quels domaines l’épreuve s’est améliorée ?
Je donne toujours une bonne note à l’organisation du tour du Rwanda. Depuis ma première participation en 2013, et jusqu’à maintenant, il est toujours resté fidèle à sa réputation. Il s’est nettement amélioré en termes de nourriture, surtout au petit-déjeuner où l’on trouve des céréales, mais également au déjeuner et au dîner où il y a plus de variété. Même en passant en catégorie 2.1, et avec l’arrivée des professionnels sur la course, il n’a pas déçu. Par contre, cette année avec les contraintes liées au Covid, il y a eu beaucoup de transferts avant et après les étapes puisque nous étions obligés de résider au même hôtel pendant la totalité de l’épreuve. Sinon en général, j’aime bien cette course pour son organisation et ses organisateurs.
Here we go again for my 7th @tour_du_Rwanda the period of the year when my twitter account get reactivated 😂 with lot of notifications pic.twitter.com/2VDOTU9kxG
— Azzedine Lagab (@AzzedineLagab) May 2, 2021
Avec ta riche expérience, comment juges-tu l’évolution du cyclisme africain en général ?
En général, il a bien évolué dans certains pays, sans pour autant connaître une constance. La pandémie du Covid a fait beaucoup de dégâts. Cette année sur les championnats continentaux, il y a eu beaucoup de nations absentes, et celles présentes n’étaient pas au meilleur de leur forme. L’absence de compétitions internationales, spécialement en U23, où le continent africain a un gros réservoir, est pénalisant.
Est-ce que tu ressens que le niveau du cyclisme africain et de ses coureurs a évolué par rapport à tes débuts ?
Depuis ma première participation aux championnats d’Afrique en 2010 où j’ai pris une honorable 3ème place au contre-la-montre individuel derrière Daniel Teklehaimanot et Reinardt Janse Van Rensburg, et une 6ème place sur route, j’ai assisté à l’évolution de beaucoup de coureurs qui sont passés professionnels, sans jamais avoir eu la chance de m’exprimer au plus niveau comme eux l’ont eu. Beaucoup de coureurs avec qui j’ai rivalisé longtemps sont passés pros. Les coureurs africains se sont décomplexés, et jouent toujours la gagne face aux équipes professionnelles. Avant, on était juste là pour essayer de grappiller quelques places, sans jamais essayer de se mêler aux bagarres dans les sprints massifs. Mais depuis, cela a bien changé, et on les voit même à la télévision parmi les grands noms du cyclisme mondial.
Le Tour du Rwanda est comme la Tropicale Amissa Bongo une épreuve qui compte depuis peu. Est-ce que d’autres courses du continent peuvent prétendre à atteindre ce standing, et pour quelles raisons n’y en a-t-il pas d’autres ?
Elles sont classées en catégorie 2.1, ce qui permet aux différentes équipes Pro tour et Continental pro d’y prendre part. Comme je l’ai déjà dit, ces épreuves sont importantes pour le développement du cyclisme africain et sa promotion. Pour espérer en avoir d’autres, il faut d’abord que l’on ait plus d’épreuves sur le circuit africain, tout en améliorant la qualité de l’organisation. De plus il faut avoir une certaine stabilité organisationnelle et financière, et non pas par intermittence.
Il existe des épreuves historiques comme le tour du Maroc. C’est vraiment une belle épreuve avec une bonne qualité d’hébergement, et un parcours diversifié. Il y a également le tour du Faso. Si on a quatre à cinq épreuves de niveau 2.1 ou plus sur le continent africain, ça ne fera qu’élever le niveau, et on assistera sûrement à l’émergence d’équipes professionnelles africaines. On verra alors un peu plus d’engagement financier, et d’investissements dans cette discipline.

Comment se passe la formation en Algérie ? Quels sont les moyens mis en œuvre pour accompagner les jeunes coureurs ?
La formation en Algérie connaît une stagnation, si ce n’est une régression. Après quelques années où l’on a vu une équipe U23 dirigée par Michel Thèze participer à quelques épreuves de Coupe des Nations sans jamais briller, on a ressenti une certaine progression, mais une progression fragile. Une fois livrés à eux-mêmes, les coureurs ne s’entraînaient plus convenablement, et il fallait à chaque fois repartir de zéro. Aujourd’hui, on ne retrouve plus de jeunes aussi performants par manque de compétitions de haut niveau, que se soit en Algérie ou à l’étranger.
La fédération a connu depuis les cinq dernières années une crise financière et politique, accentuée par quelques scandales de corruption de l’ancien bureau. Elle a perdu la confiance des sponsors, et a accusé le coup avec la crise du Covid. Maintenant, on essaie avec le nouveau bureau de relancer la discipline. Dans l’optique des Jeux méditerranéens qui se dérouleront en Algérie en 2022, le gouvernement a débloqué des sommes considérables pour la préparation des jeunes talents. Cela est aussi en quelque sorte sauvé par la qualification aux Jeux Olympiques car l’Algérie compte deux places, ce qui permet à la fédération d’avoir beaucoup de considération parmi les autres sports. Donc pour l’instant on mise énormément sur les jeunes, surtout que toute une génération commence petit à petit à se faire vieille, et à disparaître. On est à la recherche d’une relève qui tarde à venir.
En 2025, les Championnats du monde auront lieu en Afrique, est-ce que cela constitue un objectif pour toi ?
Les Championnats du monde de cyclisme en Afrique seront une première dans l’histoire. Le Rwanda est en bonne position pour les accueillir. Ce sera sûrement un parcours pour grimpeur-puncheur au vu du profil des routes rwandaises. Les Africains seront à l’honneur et motivés pour briller. On espère vraiment voir un Africain champion du monde dès les catégories jeunes. Pour ma part, je ne pense pas que je serai toujours en activité, mais peut-être que je pourrai encadrer nos jeunes talents.


