Beach-volley, Lézana Placette et Alexia Richard : « On veut aller à Los Angeles pour performer »
BEACH VOLLEY – Seules représentantes françaises au tournoi élite de Montréal, Lézana Placette et Alexia Richard ont également formé la meilleure paire tricolore lors des derniers Jeux Olympiques. Rencontre avec les françaises sur la route de Los Angeles 2028.
En marge de la manche montréalaise de l’Élite 16 de beach-volley, nous avons rencontré les Tricolores Lézana Placette et Alexia Richard. Débuts, rencontre, saison, objectifs. Les deux blondes racontent les coulisses de leur sport méconnu en France.
Qu’est-ce qui vous a amené à pratiquer le beach-volley ?
Lézéna Placette : Je suis originaire de Grenoble donc quand j’étais jeune, j’ai commencé par le ski. Mais mes parents faisaient du volley, j’ai donc débuté le volley à partir de mes 10 ans et j’ai beaucoup aimé. J’ai eu des sélections au niveau départemental et régional. Cela m’a permis d’intégrer le pôle France de volley indoor en 2013. J’ai aussi eu l’opportunité d’effectuer un stage en beach-volley lors de l’été 2014 avec Alexia et je n’ai jamais arrêté.
Alexia Richard : Je suis originaire de Gironde et je faisais du tennis. J’ai même intégré l’équipe de France de tennis à Bordeaux. Je me suis ensuite mise au volley en salle et intégré par la suite le pôle France à Bouloris. C’est là que j’ai intégré l’équipe de France de beach-volley pour ne plus quitter le sable. Et puis, avec Lézéna, on ne se voyait pas terminer notre vie dans un gymnase, donc l’aventure du beach était une belle opportunité pour nous deux. Si je n’avais pas continué dans le volley, j’aurais sûrement repris une raquette de tennis ou alors chaussé des crampons pour faire du foot.
Vous vous êtes donc rencontré lors d’un stage en 2014. Est-ce que vous avez toujours évolué ensemble depuis ?
Alors avec ça fait maintenant un peu plus de dix ans qu’on joue ensemble, depuis notre rencontre en 2014. On a toutes les deux eu d’autres partenaires pendant une courte période. Mais on avait rapidement manifesté notre choix de vouloir rejouer ensemble. On a été séparés environ un an, puis la Fédération nous a annoncé qu’on allait rejouer ensemble. On était les plus heureuses parce que c’est une belle histoire d’amitié et sportive. Et c’est cool de vivre ça ensemble.
D’ailleurs, comment s’organise une saison ?
La saison elle commence généralement début mars pour les tournois. Et elle finit aux alentours de mi-décembre pour nous chaque année, donc c’est une très très longue saison. D’autant qu’on part souvent en stage juste avant le début de saison, à Tenerife ou au Brésil.
Avec cette longue saison, comment organisez-vous vos séances d’entraînement ?
Nous on est basé au CREPS de Toulouse, au pôle France. On s’entraîne quotidiennement du lundi au samedi. Pour la partie physique, nous sommes sur du classique avec des exercices dans le sable ou en salle, de la course, de la musculation, du cardio et du vélo. Et puis, nous avons l’entraînement spécifique au beach-volley : technique, tactique, séances spécifiques à nos postes de bloqueuse ou défenseuse. Concernant le staff, on a un entraîneur principal qui s’appelle Arnaud Loiseau et un entraîneur adjoint, Youssef, ainsi qu’un préparateur physique. Pour ne rien laisser au hasard, nous avons chacune un préparateur mental. Au fur et à mesure de notre collaboration, nous avons pu rajouter à notre équipe des kinés, un diététicien, des docteurs… Tout ça nous permet de mieux performer tous les jours.
« On a une association qui permet de développer le beach-volley en France et à l’étranger et de développer l’accessibilité au sport »
Un vrai programme de sportive de haut niveau, à la rechercher de la performance. Mais justement, devez-vous conjuguer entraînement, tournois et un travail ou des études ?
Nous avons la chance d’être sous contrat militaire pour les sportifs de haut niveau (SHN). On est fières de représenter l’Armée de l’Air et de l’Espace. Cela fait maintenant un peu plus de deux ans que nous y sommes, et nous retrouvons des valeurs communes avec le sport. Nous avons le rôle d’ambassadrice autour du monde à travers notre sport, de montrer et de développer l’image des armées françaises, mais également de montrer des aux gens les différents métiers que nous trouvons au sein des armées et qu’il y a de nombreuses opportunités pour tous. L’Armée nous permet de vivre et de payer nos besoins primaires.
À côté de cela, nous avons monté une association qui s’appelle Pari 2024, avec Paris sans S, comme dans Pari sportif. Nous avions monté cela en vue des JO à Paris. Maintenant qu’ils sont passés, nous l’avons renommé OLA 28 comme Objectif Los Angeles 2028, mais aussi Objectif Lazéna et Alexia puisque c’est notre objectif. Cette association nous permet de développer le beach-volley en France et à l’étranger, mais aussi de développer l’accessibilité au sport. L’association regroupe aussi l’ensemble de nos partenaires, afin de nous aider à financer ce que malheureusement la fédération ne peut pas prendre en charge sur une saison.
Après 10 ans ensemble, quels sont vos axes de progression pour aller encore plus haut, notamment après les Jeux Olympiques l’an dernier ?
Alexia : Alors là aujourd’hui c’est pas trop la question. Nous sortons de trois ans de route pour nous qualifier aux jeux via le ranking. Et cela a été épuisant pour nous. L’objectif aujourd’hui c’est toujours d’être les meilleures et de progresser. On s’est octroyé un an pour revenir petit à petit, retrouver notre niveau de jeu, parce que forcément après les Jeux, il y a eu quelques dégâts physiques qu’il a fallu réparer. Forcément, on ne s’est pas beaucoup entraîné cet hiver. Là, ça fait un mois qu’on recommence à toucher vraiment d’un peu plus près notre niveau. Le but maintenant, c’est d’être constante sur ce niveau-là par ce que c’est cela qui nous manque : de la constance lors des matchs et des points importants.
Lézana : Pour ma part, je dois m’améliorer au bloc, car je ne suis pas une très grande bloqueuse. Il y a des choses à aller chercher là-dessus, pour que je sois irréprochable techniquement parlant. En revanche, je pense que je suis l’une des meilleures en drop et en technique de drop.
Même si c’est encore loin, pensez-vous rester dans le beach-volley après votre carrière ?
Lézana : Pour ma fin de carrière je ne vois pas trop entraîneur, ce n’est pas quelque chose qui me passionne. Ce que j’adore, c’est être sur le terrain en tant que joueuse.
Alexia : Moi par contre, c’est quelque chose que j’envisage. J’estime que j’ai un héritage que j’ai réussi à me construire que je me dois de transmettre, et ce, dès le plus jeune âge. J’aimerais bien qu’on puisse faire perdurer ça. Depuis l’arrivée des Brésiliens il y a maintenant plusieurs années, le beach-volley français a quand même commencé à monter et s’imposer parmi les meilleures nations mondiales. Et j’aimerais bien participer à ce que ça devienne pérenne, c’est-à-dire que la France est et reste une très bonne nation en beach-volley donc pourquoi pas mettre ma contribution à cet édifice.
Vous évoquiez plus tôt que vous aviez participé aux derniers Jeux Olympiques à Paris. Mais ce n’est pas votre première expérience olympique.
Oui, notre jeune duo a participé aux Jeux Olympiques de la Jeunesse 2014, à Nankin, en Chine. C’était notre première expérience olympique pour les jeunes et on s’était dit qu’un jour, on ferait ceux des grands. Et l’histoire est belle parce que dix ans plus tard en 2024, on se qualifie au ranking (NDLR : via le classement mondial). Cela n’était plus arrivé depuis plus de 24 ans dans le secteur féminin en France. On se qualifie, on est la seule équipe française à se qualifier via le ranking (NDLR : les autres sont qualifiées en tant que pays hôte et un tournoi européen). Et d’être qualifié grâce à notre classement mondial a permis à une autre paire de faire les Jeux, donc c’est une super expérience. On était fière du chemin parcouru.
Vous voilà aux Jeux Olympiques, à domicile. Quel retour faites-vous sur votre compétition, d’autant que vous avez été la meilleure paire tricolore, la seule à avoir remporté un match ?
C’est une compétition particulière, car elle ne ressemble à aucune autre sur le circuit, notamment dans le format. On a un rythme différent avec des matchs tous les 2 ou 3 jours, alors que nous avons en général plusieurs matchs dans la journée. Nous avons donc découvert cette compétition et nous avons essayé de la gérer au mieux. Si nous nous qualifions pour Los Angeles 2028, on aura déjà cette expérience. Et nous savons ce que nous changerons que ce soit l’approche des réseaux sociaux, la gestion du temps ou la découverte du village olympique. En tout cas, cette expérience nous a laissé beaucoup de marques mentales et physiques, d’autant qu’avec la qualification, nous avions atteint notre rêve, notre objectif, celui qui nous faisait nous lever le matin. Il nous a un peu lobotomisées d’ailleurs. C’est aussi pour ça que c’est un peu dur aujourd’hui la redescente. Mais nous souhaitons à tous les sportifs de vivre cela au moins une fois dans sa vie.

« Jouer sous la Tour Eiffel, le soir tombant quand elle s’illumine pour notre match d’ouverture restera gravé à vie »‘
Au-delà de votre épreuve, les Jeux Olympiques 2024 ont été une véritable fête dans les stades, mais aussi en ville. Quel est votre ressenti par rapport à ça ?
Les Jeux Olympiques ont été vraiment incroyables, dans le sens où l’univers des Jeux Olympiques est vraiment beau. Les gens, que ce soit dans le village, les supporters, les bénévoles, c’est vraiment un événement qui rassemble, peu importe les sports. D’ailleurs, les Jeux Olympiques mettent bien en lumière tous les sports, que ce soit le nôtre, ou le tir à l’arc par exemple. Et puis, cela mettait aussi en avant les plus beaux lieux de notre pays. C’était vraiment quelque chose de magique. Le public en France a été vraiment incroyable. Nous pouvons notamment citer notre 1er match dans le tournoi (NDLR : contre les Allemandes Lippmann/Ludwig).
Nous sommes sous la Tour Eiffel, le soir tombe et elle commence à s’illuminer. Ce souvenir restera gravé à vie. Et puis, c’est la seule victoire française en beach-volley, donc cette soirée était importante. Nous avons vécu des émotions et en fait ce qui était ouf, ce n’était pas seulement de les vivre nous sur le terrain, mais c’était de les vivre avec les supporters dans les tribunes, avec nos familles, nos amis, la fédération… Et de voir tous ces gens, tous ces sourires, on se dit « waouh », le sport, ça procure vraiment quelque chose de fou et c’est aussi pour ça qu’on a envie de revivre ce genre d’expérience et de se donner à fond.
Justement, avec un an de recul, qu’est-ce que vous retenez de ces Jeux Olympiques ?
Nous retenons surtout des émotions, la quête qu’on a réussi à atteindre une qualification très longue, très intense moralement, physiquement et mentalement. Et un an après on en retient que c’est une grande réussite en réunissant tout le public français et beaucoup plus à l’international, le tout autour du sport avec un grand S. Et puis, l’événement à Paris, malgré tout ce qui a pu être dit en amont ou que les gens auraient pu penser, il s’est déroulé à merveille. C’était beau de voir que les gens l’ont reconnu, et ils se sont dit qu’ils avaient parlé un peu vite.
Nous retenons aussi que nous avons organisé des Jeux Olympiques qui vont marquer l’histoire des JO, et que ça restera gravé dans des mémoires pendant de nombreuses années pour beaucoup de gens. Et encore une fois, ce qu’on en retient un an après c’est que les Jeux Olympiques c’est beau, mais il y a tout ce qui se passe en dessous de l’iceberg, notamment ce qu’il faut faire pour se qualifier. Aujourd’hui, on commence à peine à réussir à se reconstruire mentalement parce qu’on a vécu des choses pas faciles pendant et après la qualification, mais aussi durant les Jeux. Il faut donc qu’on se reconstruise surtout mentalement. Et qu’on se reconstruise en tant qu’équipe, mais aussi en tant que personne. Un an après, on se recouche tous les jours en se disant : « pourquoi on se lève » ? Ben c’est tout simplement pour revivre ça et performer lors des Jeux Olympiques de Los Angeles.
Vous parlez justement des prochains Jeux Olympiques 2028. C’est évidemment un objectif. Mais en avez-vous d’autres d’ici là ?
Les Jeux Olympiques de Los Angeles sont forcément dans le viseur. Il y a le temps, mais c’est déjà demain. Une année vient déjà de s’écouler depuis les JO 2024 et il nous reste trois avant LA. Donc on a encore un peu le temps et il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs comme on dit. Nous sommes dans une année de reconstruction et de transition, et la qualification commencera réellement dans un an et demi. Il s’agira de répondre présent à ce moment-là. Aujourd’hui, il faut repasser par certaines étapes, reprendre le temps de reconstruire des choses, mais à la fin on a hâte et justement on se lève tous les matins pour un nouvel objectif, une nouvelle quête. Mais dans cette quête il faut qu’on passe par certains chemins. En tout cas, on sera patientes et on essayera de ne rien lâcher jusqu’à là.
Mais avant Los Angeles, on aimerait bien être en condition de performer sur les championnats d’Europe et sur les championnats du monde l’année prochaine. Cette année, c’était déjà un objectif, mais qui est arrivé dans un cadre qui n’était pas forcément prévu dans notre programme. Comme d’habitude, on a tout donné, mais malheureusement, cela ne s’est pas passé comme on le voulait. Après on échoue au tie-break face aux championnes d’Europe donc ça laisse présager de bonnes choses pour l’avenir. En tout cas, l’année prochaine on espère aller chercher un Top 5 aux championnats d’Europe et pourquoi pas un bon résultat aux championnats du monde par la suite ?



