Bernard Hinault : « Souffrir mais vaincre quand même, c’est ce qui me plaisait le plus »
CYCLISME – Dans un long entretien accordé à nos confrères de L’Équipe, Bernard Hinault est revenu sur son sacre lors de Liège-Bastogne-Liège, sous la neige et un grand froid.
Ce 24 avril 1980 restera dans les annales. Ce jour-là, la Doyenne des grandes Classiques se déroule sous la neige, avec des températures glaciales. Un jour à ne pas mettre un cycliste dehors, sauf un seul : Bernard Hinault. Déjà vainqueur en 1977, le Breton triomphe en pleine apocalypse.
Le Blaireau est donc revenu, dans une longue interview accordée à L’Équipe, sur cette course historique. Hinault, qui s’est imposé avec près de 10 mn d’avance sur le deuxième (Hennie Kuiper), raconte.
Je ne me rendais plus compte qu’il faisait froid, j’étais dans une logique toute simple qui me poussait à poursuivre l’échappée pour me réchauffer. À un moment, j’ai demandé à Cyrille un peu d’huile pour chauffer les genoux mais comme je n’en mettais jamais, il m’a donné de l’huile de moteur, il n’y avait que ça dans la voiture. Je me suis dit que ça ne pourrait pas me faire de mal.
Le chaos au milieu de la tempête
Bernard Hinault insiste sur les conditions météorologiques dantesques de ce jour d’avril 1980. Le quintuple vainqueur du Tour de France raconte qu’il n’avait aucune information sur ce qui se passait à l’arrière de la course. Le chaos, avec 21 coureurs qui rallieront l’arrivée, sur les 174 partants.
J’étais tellement dans le flou, il y avait de la neige partout, un mur blanc devant moi. Je doublais des coureurs mais je ne savais pas où j’en étais, s’il y en avait encore devant. La seule chose que j’avais en tête, c’était de rouler à mon rythme, sans me poser de questions.
Le natif des Côtes d’Armor revient également sur le moment où il est revenu sur les derniers membres de l’échappée matinale, Rudy Pevenage et Ludo Peeters. On reconnaît bien là le caractère bien trempé (et glacé) de Bernard Hinault.
J’ai lu ensuite qu’on avait raconté que j’avais attaqué mais c’était juste une petite accélération. Et quand j’ai repris les derniers échappés dans la Haute-Levée, j’étais alors convaincu que j’irais au bout. Je n’allais tout de même pas faire demi-tour et les attendre. Je ressentais ça comme une véritable jouissance. Souffrir mais vaincre quand même, c’est ce qui me plaisait le plus.

