Biathlon : Pays baltes, Groenland, Asie, zoom sur les nations émergentes et surprenantes
BIATHLON – À quelques jours du début de la saison (samedi 25 novembre à Östersund), la rédaction de Dicodusport vous propose un tour d’horizon des biathlètes issus de nations émergentes sur les pistes et pas de tir internationaux.
Le ski alpin peut se vanter d’une certaine universalité lors des grands championnats. À chaque fois ou presque, il est possible de retrouver au portillon la fratrie Szőllős, représentant Israël, ou celle des Simari Birkner aux couleurs de l’Argentine. Haïti et le Timor-Leste ont d’ailleurs l’habitude d’envoyer sur les différents championnats Jean-Pierre Roy qui, à soixante ans, a disputé l’an dernier ses septièmes mondiaux de rang, et Yohan Goncalves Goutt qui a disputé ses quatrièmes Championnats du monde, aux couleurs de son pays, dont l’île est partagée avec l’Indonésie. Au rang des représentations de nations exotiques, le Chilien Henrik von Appen est sans doute celui présentant le meilleur CV, fort de sa 22ème place sur la dernière descente de Courchevel-Méribel, avec Barnabas Szőllős (11ème du combiné alpin).
En revanche, le biathlon a encore quelques progrès à faire avant de proposer un destin à la Rasta Rockett. À l’aube de cette saison 2023-2024, l’IBU ne compte que 61 fédérations membres. Il faut même nuancer ce chiffre puisque certaines comme la Thaïlande, le Liban ou l’Inde, n’ont pas de représentant en Coupe du monde, ni même en IBU Cup. Pourtant, certaines nations tentent de se faire une place sur l’échiquier mondial, avec plus ou moins de succès. Partons à la découverte de certaines d’entre elles.
Les pays baltes, fers de lance des nations émergentes
Au rayon des nations émergentes, les pays baltes occupent une place de choix. Auparavant, les représentants de ces pays concourraient pour l’URSS (jusqu’à sa dislocation) qui était une nation importante du biathlon à l’image des deux gros globes glanés par Sergueï Tchepikov. Depuis, ces pays concourent sous leurs propres couleurs. Récemment, le plus connu est sans doute Andrejs Rastorgujevs qui compte 293 départs en Coupe du monde, depuis son premier en 2009. Réputé comme un excellent fondeur, son tir lui fait souvent défaut. Il compte néanmoins trois podiums en Coupe du monde (deux deuxièmes places et une troisième) et trois titres de champion d’Europe (2014, 2018, 2021).

Andrejs Rastorgujevs (Lettonie) lors des championnats d’Europe de biathlon 2023 à Lenzerheide – Photo Icon Sport
Relativement esseulé dans son équipe, Rastorgujevs n’a pas les équipiers pour permettre à la Lettonie de performer sur les relais. L’Estonie, elle, peut compter sur une plus forte densité à l’image de Rene Zahkna chez les hommes, Regina Ermits mais surtout Tuuli Tomingas chez les femmes. Les deux premiers ne semblent pas encore en mesure de bousculer la hiérarchie. Ermits a pour meilleur résultat l’an passé une 50ème place sur l’individuel d’Östersund tandis que Zahkna est rentré par deux fois dans le top 20 d’une épreuve de Coupe du monde. Tomingas quant à elle sort d’une saison 2022-2023 au cours de laquelle elle a fini 6ème de l’individuel des Mondiaux.
S’inspirer du précédent estonien
Une course peut résumer la progression de l’Estonie ces dernières années. En 2020, la paire Zahkna-Ermits a décroché l’argent du relais mixte simple sur la Coupe du monde de Pokljuka derrière l’équipe de France. Véritable surprise, les Estoniens n’ont pas confirmé par la suite mais peuvent inspirer la Lituanie. L’expérience de Vytautas Strolia (4ème du sprint de Ruhpolding en 2021/2022) et de Tomas Kaukenas (13ème de la poursuite aux JO 2018) associée à la jeunesse de Maksim Fomin, souvent aux portes du top 50 de différentes épreuves l’an dernier, peut laisser entrevoir une progression du relais avec Karol Dombrovski en quatrième homme. L’objectif sera d’intégrer le top 10 de manière plus fréquente (un seul top 10 l’an dernier, 8ème à Kontiolahti). Sur les relais mixtes, la tâche s’annonce plus difficile.
L’émergence du Groenland
L’an dernier en Coupe du monde, Ukaleq Astri Slettemark a disputé cinq épreuves (en plus des mondiaux). Autrement dit, autant qu’au cours des deux saisons d’avant. En cinq courses, la native de Nuuk s’est distinguée par deux Top 30 lui permettant de marquer ses premiers points en Coupe du monde et d’inscrire le drapeau du Groenland sur le classement général du gros globe. Grâce à une 21ème et une 28ème place sur l’individuel et la mass start de Ruhpolding, Slettermark a su se faire remarquer et on devrait la retrouver plus souvent cette saison.

Ukaleq Astri Slettemark (Groenland), à l’occasion des JO de Pékin 2022 – Photo Icon Sport
Son petit frère, Sondre Slettemark, né en 2004, fera aussi ses premiers pas sur le circuit (4ème du FOJE 2022 à Vuokatti et 22ème de la poursuite des Championnats du monde juniors 2023 à Chtchoutchinsk). Ainsi, lors du relais mixte simple d’Östersund, le Groenland présentera au départ la première paire de biathlètes de son histoire. S’il est trop tôt pour espérer des résultats probants, l’arrivée du Groenland témoigne d’une petite ouverture du biathlon. Sur un territoire (appartenant au Danemark) où le football est roi (10% des 56 000 habitants sont licenciés) mais où le sport est secondaire, puisque le championnat est resserré en une semaine compte tenu des conditions climatiques, l’émergence de biathlètes sera forcément scrutée de près.
Le biathlon moldave et roumain
Du côté des pays européens inhabituels, les yeux seront rivés vers Alina Stremous, leader de l’équipe moldave. Déjà entrée dans le top 10 de courses de premier plan (9ème sur la mass start d’Antolz et 10ème au sprint des JO 2022), Stremous s’est davantage distinguée les Championnats d’Europe. Peut-être trop tendre pour accrocher un podium, une cérémonie des fleurs serait déjà une remarquable performance pour elle.
Limitrophe de la Moldavie, la Roumanie a des arguments à faire valoir cette saison. L’équipe féminine est encore bien en dessous de leurs homologues masculins. Seule Anastasia Tolmacheva est parvenue à marquer des points en Coupe du monde. Elle a ainsi fini par deux fois dans le top 40 d’une course individuelle. Les hommes présentent eux plus de densité. S’il n’y a pas de véritable leader (tous sont hors de la 70ème place du général, l’an dernier), certains résultats sont à relever. On peut ainsi citer les 23ème et 33ème places de George Buta sur l’individuel et la poursuite des derniers Championnats du monde. Au total, les Roumains ont décroché neuf places entre la 23ème et la 33ème place d’une course en individuel la saison dernière.
Ces résultats ont été décrochés par quatre des cinq biathlètes roumains. Le dernier, Cornel Puchianu, 34 ans, n’a disputé qu’une course l’an dernier. Il était davantage présent en IBU Cup où il a signé une 8ème place notamment. Dans sa carrière, en Coupe du Monde, il a pour meilleurs résultats deux top 20 dont une 14ème place. Sans résultat d’exception mais avec une belle homogénéité, le relais roumain a décroché l’an dernier une remarquable huitième place aux Championnats du monde et tentera donc de s’installer plus souvent dans le top 10 cette saison.
L’émergence des pays de l’Asie de l’Est
La Corée du Sud était précurseure du développement du biathlon asiatique dans les perspectives des Jeux de 2018. Cet essor s’était manifesté par la naturalisation d’anciens Russes comme Anna Frolina, Ekaterina Avvakumova, Timofei Lapshin ou Aleksandr Starodubets. Si la première citée ne concoure plus, les autres sont encore sur le circuit. Néanmoins, seul Lapshin semble encore performant, en témoignent ses quatre top 10 l’an dernier. Derrière, la relève des biathlètes nés en Corée semble loin.
Les espoirs que portaient Mariya Abe, 5ème d’un individuel à seulement 18 ans en 2017, 16ème l’année suivante lors des JO 2018, n’ont pas été confirmés. Retournée en IBU Cup par la suite, elle vient de signer une saison blanche, sans course. Pourtant, elle semble prête pour la saison à venir et figure dans la liste des biathlètes fournie à l’IBU par la fédération. La reverra-t-on en Coupe du monde ? La question se pose.
Le biathlon chinois avait suivi le précédent coréen en recrutant Ole Einar Bjørndalen et sa femme Darya Domracheva pour entraîner les équipes masculine et féminine en vue des Jeux de Pékin 2022. Si les résultats n’ont pas été concluants et n’ont pas permis à la Chine de s’imposer durablement, un biathlète en revanche s’est affirmé ces dernières saisons, avant même l’arrivée du couple, en la personne de Fangming Cheng. Le Chinois a comme meilleurs résultats en carrière une 12ème et une 16ème places lors des saisons 2021-2022 et 2019-2020. Enfin, les Japonais, mis à part Mikito Tachizaki, restent en retrait.
Le destin étonnant de Campbell Wright
Difficile de parler des États-Unis comme une nation exotique ou émergente tant on a l’habitude de les voir depuis des années. Le biathlon américain a longtemps été porté par Susan Dunklee (vice-championne du monde en 2017 et 2020). Désormais retraitée, la relève pourrait être prise par Campbell Wright. S’il représentera cette année les Etats-Unis, ce n’était pas le cas les saisons précédentes. Jusqu’à la saison dernière, le natif d’Auckland représentait son pays natal, la Nouvelle-Zélande.

Le Néo-Zélandais Campbell Wright va concourir sous pavillon américain cette saison – Photo Icon Sport
Ce changement de bannière s’explique par le fait que le biathlète est né de deux parents américains, émigrés en Nouvelle-Zélande depuis 1993 et qu’il s’entraîne à plein temps avec la délégation américaine à Lake Placid. Ainsi, le biathlète, champion du monde juniors en 2023 (du sprint) et auteur d’une quinzième place lors d’une course de Coupe du monde devrait devenir l’un des pilliers de l’équipe américaine avec Sean Doherty et Paul Schommer. En revanche, le drapeau néo-zélandais est voué à disparaître des classements, puisqu’aucun biathlète ne figure sur les listes de l’IBU.
Davantage de nations « surprenantes » en IBU Cup
Si la Coupe du monde de biathlon reste la chasse gardée d’un petit nombre de pays au regard du nombre d’Etats dans le monde, l’IBU Cup et les compétitions juniors permettent de voir de temps en temps des représentants de délégations que l’on ne voit jamais sur le circuit principal. La liste serait trop longue à citer mais on peut mentionner Raul Antonio Figueroa pour le Mexique, Doljinsuren Munkhbat pour la Mongolie, Pavle Korunoski pour la Macédoine du Nord, Maria Cecilia Dominguez pour l’Argentine ou encore Gabriela Almeida Neres pour le Brésil. Là encore, ces athlètes sont très souvent loin des premiers rôles, mais ils ont le mérite d’être présents. En revanche, aucune trace de biathlète africain. Et ce malgré la volonté de Paul Benhayoun, de devenir le premier biathlète africain aux Jeux Olympiques.


