Billet d’humeur Tour de France : Les Espagnols en plein naufrage
TOUR DE FRANCE 2025 – Les coureurs espagnols sont pour l’heure en perdition sur ce Tour de France. Une tendance qui ne date pas de cette édition, mais qui révèle finalement un mal plus profond.
Le cyclisme espagnol en chute libre
Vers la fin des années 2010, nos voisins espagnols régnaient en maître sur la planète vélo et le Tour de France. Durant quatre éditions consécutives, des coureurs issus de la péninsule ibérique terminèrent la Grande Boucle avec le maillot jaune sur les épaules : Óscar Pereiro fut lauréat en 2006, Carlos Sastre en 2008 et Alberto Contador en 2007 puis 2009. Mais cette suprématie est aujourd’hui lointaine. Pire encore, le palmarès en termes de victoire d’étape sur la plus grande course du monde est resté vierge de l’autre côté des Pyrénées pendant 5 ans. Rien à se mettre sous la dent pour les aficionados entre le succès d’Omar Fraile le 21 juillet 2018 et celui du Basque Pello Bilbao, le 11 juillet 2023 à Issoire.
#Replay 🎥 / Belle petite vidéo de 🇪🇸 Alberto Contador. Il fête ses 37 ans aujourd’hui. Belle hommage d’Eurosport. pic.twitter.com/cyW6xVtLKS
— Renaud Breban (@RenaudB31) December 6, 2019
Au pays du flamenco, on vibre bien au rythme du ballon rond, de la petite balle jaune et même plus récemment du padel, mais plus vraiment derrière ses champions cyclistes, aux abonnés absents. Avec seulement 10 représentants au départ de Lille, l’Espagne n’est que la 8ᵉ nation la plus représentée, avec 5 coureurs de moins que l’an dernier (15). Pour bien saisir à quel point la perdition est totale, dites-vous que l’année du premier sacre d’Alberto Contador, on retrouvait 11 coureurs espagnols dans le Top 20 du classement général, soit un de plus que le total présent dans le peloton actuel. Est-ce un simple creux générationnel, ou le mal est-il plus profond ?
Juan Ayuso, le sauveur de la patrie ?
Nous n’avons pas la réponse. Le fait qu’il ne reste qu’une seule équipe World Tour espagnole (Movistar Team) est un élément de réponse, mais cet argument ne suffit pas à lui seul pour expliquer cette longue disette. De l’autre côté des Pyrénées, il n’est visiblement pas facile de se faire une place au soleil. Et pourtant, cette terre est un lieu prisé des stages hivernaux en altitude. Un terrain de jeu aux reliefs idoines, mais manifestement insuffisant pour susciter certaines vocations sur la bicyclette.

Le peuple voisin attend toujours sa prochaine grande vedette et suit avec beaucoup d’espoir le jeune Juan Ayuso, 22 ans (UAE Team Emirates – XRG), vainqueur d’étape sur le Giro 2025 et du classement général du dernier Tirreno-Adriatico. Mais la pépite, tout aussi prometteuse soit-elle, n’est pas alignée sur ce Tour de France. Les Espagnols devront donc patienter un peu plus, car le bilan de la première partie de cette 112ᵉ édition n’est pas glorieux, à l’image de ces dernières années.
Une première moitié de Tour (encore une fois) plus que mitigée
Connaissez-vous le meilleur résultat d’un Espagnol sur ces 13 premières étapes ? Probablement pas, et on ne vous en voudra pas. C’est une 7ᵉ place, avec Iván Romeo (Movistar Team), sur le chrono de Caen. Et mis à part quelques fonds de Top 10 supplémentaires, les résultats n’ont fait que confirmer la tendance. Du côté du classement général, même son de cloche : Enric Mas (Movistar Team) et Carlos Rodríguez (INEOS Grenadiers) ont déjà mis le clignotant dès les premières pentes du Tour. Les deux coureurs ont déçu et ne peuvent plus rêver d’un éventuel podium. On nuancera toutefois, avec les belles performances du duo d’Arkéa-B&B Hotels composé de Raúl García Pierna et Cristian Rodríguez, tous deux virevoltants et aériens aux côtés de leur leader Kévin Vauquelin, tout comme celle du baroudeur Pablo Castrillo (Movistar Team), remuant et souvent aux avant-postes.

Encore aujourd’hui, lors du contre-la-montre de Peyragudes, pas de signe de vie des Espagnols, ou presque. Si Carlos Rodriguez et Enric Mas n’ont pas explosé comme la veille, ils n’ont pu faire mieux qu’une 13ème et 16ème place. Le drapeau aux couleurs jaune et rouge disparait une nouvelle fois des lignes statistiques et des différents tableurs. Direction la playa, sans regrets, pour toute la populace ibérique, qui allumera sa télévision demain midi avec l’espoir de voir, enfin, un de leurs coureurs briller sur les routes du Tour. Finalement, les cyclistes espagnols dernièrement, c’est comme les tapas, c’est un bon amuse-bouche en début de course, mais ça reste insuffisant pour combler l’appétit.


