Billet d’humeur Tour de France : Première étape de montagne, premières allégations de dopage…
TOUR DE FRANCE 2025 – Comme chaque année, première ascension rime avec premières suspicions. L’arrivée du jour n’a pas fait exception, et cela en devient lassant.
L’été est ainsi fait que des marronniers reviennent inévitablement année après année. Du sujet du bac de philo à l’annonce des résultats, du chassé-croisé entre les juillettistes et les aoûtiens au week-end noir du 15 août, des soldes d’été à la course aux fournitures scolaires, du grand départ du Tour de France au retour des allégations de dopage dès la première étape de montagne. Et en ce jour de juillet, le peloton arrivait dans les Pyrénées, et plus précisément au Hautacam.

Pogačar dans le viseur
Quoi de mieux pour réveiller les bouches les plus suspicieuses de la sphère publique ou des réseaux sociaux ? Et pour cause, Hautacam est une montée ayant souvent été entachée par des affaires de dopage à l’image de Bjarne Riis qui, en 1996, pulvérisait le record de l’ascension la plus rapide – après avoir, durant la montée, passé en revue tout le groupe de tête en se laissant glisser jusqu’au fond avant d’attaquer – avant d’avouer, onze ans après, s’être dopé ou de Lance Armstrong qui s’y imposait en 2000 avant de voir ses sept victoires sur le Tour de France lui être retirées en 2012.
Depuis hier, on voyait ainsi des spécialistes anticiper le temps d’ascension de Tadej Pogačar. À en croire l’ingénieur en aéronautique Frédéric Portoleau ou les entraîneurs Antoine Vayer et Alban Lorenzini, il était écrit que le Slovène allait pulvériser le record de Bjarne Riis (34:38) dans la montée finale d’une minute au moins. Idem sur les réseaux sociaux où la simple évocation du Hautacam suffisait à faire peser sur Pogačar de lourdes accusations à peine dissimulées.
Je suis un peu contrasté avec Hautacam et c’est dommage car il s’agit certainement de l’une des plus belles montées sèche de France mais son passé ou plutôt passif avec des vainqueurs ou des coureurs ayant réalisés des démonstrations, fortement liés au dopage me force à avoir un…
— EHD (@Rico00131) July 17, 2025
Peut-on faire du dopage une généralité ?
Le cyclisme est un sport souvent entaché par des affaires sombres. Encore maintenant d’ailleurs et ce serait du déni de refuser de l’admettre alors qu’Antwan Tolhoek vient d’être suspendu quatre ans pour un contrôle positif. Cependant, arrêtons un peu avec ces accusations rapides et sans fondement du fond de notre canapé. Si des coureurs du peloton pissent violet, ayons espoir que les contrôles puissent les faire tomber au plus vite et que les instances et les autorités fassent leur travail. Mais arrêtons de généraliser alors que sur les trois dernières éditions du Tour de France, seuls 9 coureurs ont été épinglés ou sanctionnés dans le cadre d’une affaire de dopage, soit… 1,6 % seulement des 533 coureurs différents ayant pris part à l’épreuve !

Sans tomber dans la naïveté, pouvons-nous, pour une fois, débrancher quelques instants et profiter de la course ? Nous avons la chance d’avoir un spectacle intense entre l’étape de Toulouse hier et l’échappée de cinquante aujourd’hui. Gardons notre chrono en main, oui, mais utilisons-le pour mesurer l’écart entre Bruno Armirail en tête et la chasse derrière plutôt que pour chronométrer le temps que met Pogačar pour arriver au Hautacam.
À quoi bon comparer ?
Quelle est la pertinence d’ailleurs de comparer un temps réalisé en 1996 avec un temps réalisé en 2025 ? Il y a tellement de variables qui entrent dans l’équation. La météo d’abord et notamment le vent. Le scénario de la course aussi : s’agit-il d’une montée sèche après une étape plate comme en 1996 ou après plusieurs cols difficiles comme en 2022 lors de la victoire de Jonas Vingegaard ? On peut également citer la physionomie de la course : s’agit-il d’un coureur en solitaire, d’un petit groupe qui se regarde ? Et enfin, la question du matériel !
Chaque année, les équipes investissent de plus en plus d’argent pour avoir le matériel le plus efficace, travailler en soufflerie et exploiter au mieux les gains marginaux. Les vélos sont plus légers, plus profilés, ils permettent une position plus aérodynamique… Bref, un vélo de 2025 est logiquement plus rapide qu’un vélo de 1996. Les fans d’athlétisme feront rapidement l’analogie avec les nouvelles pointes introduites ces dernières années et qui ont pour conséquence de faire tomber les chronos sur le demi-fond et le fond depuis trois ou quatre ans. Ou les combinaisons en polyuréthane en natation à la fin des années 2000…
Pogačar assomme Vingegaard
Cela étant dit, on a effectivement compris, dès les premiers hectomètres de l’ascension finale, que Tadej Pogačar allait s’envoler et frapper un grand coup dans ce Tour de France. Devant, Bruno Armirail n’avait aucune chance et a vu le Slovène revenir et le dépasser dès les premiers kilomètres. Sans concurrent à sa hauteur, le champion du monde a relégué Jonas Vingegaard à deux minutes et dix secondes, confirmant au passage que sa chute d’hier a été sans gravité.
Cependant, si les soupçons étaient déjà insistants avant le début de l’étape, il va sans dire que sur les réseaux sociaux, la performance de Tadej Pogačar ne va pas être saluée pour sa valeur sportive, mais sans doute décriée alors que la suspicion légitime va pour beaucoup prendre le dessus sur la présomption d’innocence. Ce soir, le sportif passera hélas au second plan. Comme demain et comme l’année prochaine en abordant la montagne. Le comble dans l’histoire ? Pogačar n’a même pas battu le record de Riis…
Il n’y aura pas record ! RIIS a 10 secondes d’avance sur Pogacar à 1.5 km de l’arrivée, ce nul. 64% d’hématocrite, ça poussait dur ! #TDF2025 .@lapreuvepar21 pic.twitter.com/AiVJ32JfHk
— 🅰ntoine VAYER 📸🖋️ (@festinaboy) July 17, 2025


