Caitlin McFarlane : « Je suis capable de faire des sacrées manches ! »
SKI ALPIN 2024/2025 – Le compte à rebours est lancé avant le début de la saison de Coupe du monde. Dans cette dernière ligne droite, Caitlin McFarlane a accepté d’échanger avec nous sur cette perspective et sur ses premiers pas en Coupe du monde l’an dernier.
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Caitlin McFarlane : « On a un très bon groupe et un très bon entourage »
Tu étais, jusqu’à la semaine dernière, en Argentine pour un stage avec l’équipe de France. Peux-tu nous dire comment cela s’est passé ?
Caitlin McFarlane : On a fait trois semaines, peut-être un tout petit peu moins et on a eu des conditions superbes donc c’était vraiment cool même si on n’a pas vu beaucoup le soleil. On a pu s’entraîner presque tous les jours donc c’était bien.
Habituellement, l’équipe de France participe à des compétitions en Argentine en septembre et cette année, on n’en retrouve pas de trace. Qu’est-ce qui explique cela ?
Oui en effet. Cette année, l’encadrement a décidé qu’on allait partir à un autre moment que les saisons précédentes, pour avoir des conditions de fin de saison là-bas où c’est un peu moins bon, pour pouvoir saler. Dans notre saison, on a des conditions un peu plus difficiles vers la fin, car ça réchauffe et qu’il fait moins froid, donc on a plus de conditions salées, c’est pour ça.
Donc en fait, les compétitions étaient déjà passées ?
Oui voilà, les compétitions là-bas sont début septembre. Donc soit on y allait un peu plus tôt pour les préparer, soit on y allait après pour ne pas les faire du tout.
Chiara Pogneaux évoquait un groupe sain. Dirais-tu qu’outre l’aspect purement sportif d’un tel stage, le fait de se retrouver entre vous et de renforcer l’esprit de groupe peut créer un climat propice pour progresser et mieux performer ?
Je suis complètement d’accord avec ça. L’effet de groupe est très important pour notre entraînement et nos progressions à toutes. On a toutes des qualités et des forces différentes qui apportent plein de choses au groupe. Moi, je trouve cela vraiment cool et puis surtout, ce groupe, on est toutes ensemble depuis sept ans, depuis qu’on est arrivées à la Fédé.
Donc tout le monde s’entend très bien et tout le monde sait comment gérer les humeurs de tout le monde, car forcément quand tu pars trois semaines avec un groupe, il y a des petites tensions par-ci par là, c’est naturel. Mais on a de la chance, on a un très bon groupe et un très bon entourage.
Est-ce que vous avez eu l’occasion de rencontrer des skieuses des autres nations et de les affronter à l’entraînement ?
Oui, quasi toutes les équipes se retrouvent là-bas à un moment ou un autre, mais on ne se confronte pas spécialement aux autres équipes. On s’entraîne un peu ensemble pour voir un peu ce que font les autres, mais il n’y a pas forcément de confrontations.
Caitlin McFarlane : « Je n’avais qu’une envie, c’était d’y aller ! »
Tu as fait tes débuts en Coupe du monde l’année dernière et tu es entrée dans les points à deux reprises avec des dossards très élevés. À Flachau, tu as réalisé une performance impressionnante en 1re manche (13e temps) avant de sortir en seconde. Quel regard portes-tu sur ces résultats ?
Franchement, quand je fais mon premier départ à Courchevel, je n’avais pas vraiment d’attentes par rapport à tout cela, je ne me suis pas dit que j’allais avoir plus de départs que celui-là. Je vivais dans le moment présent. C’était donc beaucoup mieux que ce que j’espérais, car je ne pensais pas avoir autant de départs, ni marquer des points dans les deux disciplines [le slalom et le géant]. C’était incroyable. Et Flachau, c’était le meilleur et le pire de ce que je suis capable de faire, donc j’ai des sensations mitigées par rapport à cette course, même si j’ai beaucoup appris de cette expérience.
Et là en octobre, quel sentiment prédomine désormais par rapport à Flachau entre celui de te dire que tu es passée à côté d’un gros résultat ou celui de te dire que tu as fait un excellent classement en première manche, 13e avec un dossard impossible et que donc tu peux le refaire ?
C’est vraiment les deux ! Je suis capable de faire des sacrées manches et de rentrer dans les 15, mais aussi, je ne dois pas m’emballer, je dois rester dans le moment et ne pas réfléchir aux conséquences. Là, c’est ce qui est arrivé, j’ai dû me dire inconsciemment « wouah, je peux faire mon premier top 15 ».
Lors de tes débuts sur le slalom de Courchevel, tu restais sur des résultats corrects en Coupe d’Europe (un top 15, deux top 20), et sur une victoire et une troisième place en course FIS sur deux slaloms en tout début de saison. Comment as-tu géré la transition et l’arrivée en Coupe du monde ?
C’est une bonne question ça [rires] ! J’étais un peu la dernière de mon groupe à prendre le départ en Coupe du monde. Je n’avais qu’une envie, c’était d’y aller, car je voyais toutes mes copines le faire et performer, donc je me disais que c’était vraiment possible.
Donc c’était plus de l’impatience que de l’appréhension ?
Oui voilà, de l’impatience exactement, car depuis qu’on est petites, c’est le rêve de faire des Coupes du monde, donc c’était un pas de plus vers mon rêve.
Tu es ensuite repassée en Coupe d’Europe en toute fin de saison, alors que la Coupe du monde faisait escale à Are, en Suède. Y a-t-il une raison particulière ?
C’est une décision un peu stratégique prise avec les entraîneurs de mon groupe l’année dernière. Puisque j’avais de meilleurs dossards en Coupe d’Europe, l’idée était d’aller faire des résultats pour baisser mon total de points FIS et mieux partir en Coupe du monde.
Concrètement, pour les lecteurs qui vont lire l’interview et ne connaissent pas le système, qu’est-ce que ça apporte ?
Plus les points FIS sont bas, meilleurs sont les dossards en Coupe du monde. En Coupe du monde, les dossards sont définis avec les points Coupe du monde dans le top 30, mais au-delà c’est par rapport au total des points FIS.
[Pour illustrer cela, Caitlin McFarlane a actuellement 22.24 points FIS en slalom. Marie Lamure, elle, n’est pas non plus dans le Top 30 au classement WCSL qui définit le n° de dossard, mais part tout de même avec un meilleur dossard, car son total de points FIS est de 16.98 en slalom. Pour comparer, Anna Swenn Larsson, 5e à la WCSL (14 podiums dont deux victoires en Coupe du monde) n’en a que 2.03].
Tes résultats en Coupe d’Europe te permettront donc de partir avec quel dossard à peu près ?
Je n’ai pas vraiment performé au niveau des points FIS donc, ce sera à peu près pareil [deux top 20 en slalom]. Aux Championnats de France, j’ai pu un tout petit peu baisser mes points de slalom [en finissant 2e] donc je peux peut-être partir avec quelques dossards en moins.
Caitlin McFarlane : « Mon but est de devenir indiscutable ! »
Cette saison sera la 2e pour toi en Coupe du monde. Vous êtes sept à pouvoir y prétendre dans le groupe technique, six en slalom. As-tu une place assurée ?
Honnêtement non, mieux je performe, plus ma place sera assurée, on va dire. Mais mon but est de devenir indiscutable, justement pour pouvoir avoir une place assurée le plus possible.
Seras-tu à l’ouverture de la saison de géant à Solden (26 octobre), puis à Levi pour le premier slalom (16 novembre) ?
Pour Solden et Levi, les sélections vont sortir lundi, donc je ne peux pas en dire plus pour le moment.
À la WCSL, tu es 50e en géant et 54e en slalom. Tu t’élanceras donc avec des dossards très élevés. Dans quelle discipline penses-tu pouvoir intégrer les 30 le plus rapidement ?
C’est dur d’y répondre là maintenant, car cela dépend vraiment de comment je me sens dans chaque discipline au moment venu en fait. Il y a des moments où je suis plus à l’aise en slalom qu’en géant et inversement donc ça dépend. Mais mon but, c’est d’être à 50-50 dans les deux disciplines donc j’espère avoir mes chances dans les deux.
As-tu les Mondiaux dans un coin de la tête ?
C’est totalement quelque chose que j’ai dans ma tête, j’aimerais beaucoup y aller. Je suis prête à me battre pour une place, ça, c’est sûr.
Que faudrait-il pour que ta saison soit réussie ?
J’aimerais bien trouver un peu plus de régularité sur la Coupe du monde et aussi faire un petit top 15 !
En 2020, tu terminais deuxième du Super G aux Jeux Olympiques de la Jeunesse. Est-ce une possibilité à terme de te revoir sur cette discipline sachant que tu n’en as plus disputé depuis 2022 ?
Pour le moment, dans ma carrière, le Super G n’est pas une priorité, mais j’aimerais bien pouvoir le réintégrer un peu plus à mon projet. Je m’entraîne encore en Super G, je le garde un peu sous le pied, car il y a des bénéfices énormes pour le géant.
À ce moment-là, tu étais sans doute loin de te douter que dix ans après, les JO auraient lieu en France et qu’en ayant 28 ans en 2030, tu puisses être en mesure de les disputer. Comment as-tu accueilli la nouvelle ?
Le fait que les Jeux soient à la maison, ça rend la chose encore plus dingue. C’est une superbe opportunité pour nous comme ça l’est pour les stations, nos clubs, les organisateurs dans la vallée… donc oui, incroyable, c’est un avantage énorme pour tout le monde.
Te sens-tu programmée pour ces Jeux ou alors, tu te dis « avant, il y a 2026, je veux être là, mais y être pour performer » ?
J’essaye de me concentrer sur chaque saison à venir. Les Jeux de la France, dans six ans, je l’ai dans un coin de la tête, mais je me pencherai dessus le moment venu.
OLALALA Caitlin McFarlane 13e avec le 69, quelle folie !! La skieuse de Saint-Jean d’Aulps crée l’exploit ! #fisalpine
— Pierre Gorce (@pierregorce12) January 16, 2024




Jean-François Arnold
20 octobre 2024 à 10h53
Entretien très intéressant qui montre bien, à tous les niveaux, ce qu’est dans le ski, la recherche perpétuelle des points. Et puis cela fait plaisir de voir quelqu’un qui se projette et qui en veut, alors que d’autres jeunes ont déjà mis la flèche…