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Camille Jedrzejewski : « Je peux aller chercher des médailles »

Victor Clot-Amiot

Publié le

Camille Jedrzejewski « Je peux aller chercher des médailles »
Photo FF Tir

TIR – À sept mois des Jeux Olympiques, la pistolière Camille Jedrzejewski a accepté de se confier à Dicodusport. La discussion a permis d’aborder son parcours, ses perspectives et les singularités de cette année olympique.

Bonjour Camille. Tu as commencé par le pentathlon moderne. Peux-tu m’expliquer ce qui t’a conduit vers ce sport et pourquoi t’être tournée spécifiquement vers le tir en compétition.

Camille Jedrzejewski (vice-championne d’Europe et médaillée d’argent aux Jeux Européens en tir à 10 mètres) : Le pentathlon et le tir au pistolet sont des épreuves que je pratiquais avec ma grande sœur. J’ai grandi à Noyon en Picardie et j’étais assez proche d’elle. J’aimais bien ce qu’elle faisait donc j’ai suivi. On était assez douées toutes les deux au tir au pistolet et demandeuses d’aller aux championnats de France de tir donc notre père nous amenait. On faisait un peu ce qu’on voulait comme sports, donc on a fait beaucoup de choses avant de se tourner vers le haut niveau plus tard.

Nos parents nous ont beaucoup accompagnés dans ces projets. J’ai pu choisir le tir pleinement car j’ai fait beaucoup de différents sports notamment grâce au pentathlon qui m’a vraiment éduqué au sport. En grandissant, j’ai donc choisi le tir car j’étais très performante. Je suis arrivée en haut niveau à Bordeaux plus en tant que sportive que tireuse puis j’ai appris le tir au pistolet ici, à Bordeaux.

Pour toi, a-t-il été facile de débuter le tir ? On sait qu’il y a des sports où la licence et l’équipement peuvent coûter très cher notamment.

Au début, j’aimais le tir mais je n’avais jamais demandé un pistolet à mon anniversaire par exemple. Mais à force de m’investir dans ce sport j’ai commencé à en discuter avec mes parents et j’ai donc eu un pistolet à 13 ans que j’ai utilisé pendant six ans. Ensuite la Fédération m’en a prêté un. Avant cela, je bénéficiais d’un pistolet prêté par le club qui avait un matériel de qualité. J’ai eu cette chance d’avoir passé une sorte de contrat moral pour bénéficier d’un pistolet prêté mais à mon nom. Et le fait qu’on me fasse confiance comme cela, ça m’a motivée à continuer dans ce sport.

La licence de tir est accessible à tout le monde, elle ne coûte pas très cher. Après, malgré le coût, la licence, les autorisations, on parle d’un pistolet à air comprimé et j’étais une jeune fille qui faisait de la compétition dans le cadre du club, donc à aucun moment il ne sortait du coffre. Ça paraît énorme mais en fait c’est accessible, même aux jeunes filles.

Camille Jedrzejewski : « Je me prépare pour les Jeux »

Actuellement, tu es 7ème au ranking olympique, à 10 mètres, alors que la deuxième française, Céline Goberville, est 61ème. Sachant que tu as décroché un quota non-nominatif lors des Championnats d’Europe, pour la France, te prépares-tu en ayant la quasi-certitude d’être sélectionnée ou les cartes peuvent encore être totalement rebattues ?

C’est un quota pour la France, mais il appartient à l’épreuve pistolet dames 10 mètres. Donc il faudrait que quelqu’un, dans cette épreuve, fasse de meilleurs résultats que moi plusieurs fois et que j’arrête de faire de bons résultats. Pour l’instant ce n’est pas le cas, donc je pars du principe que je me prépare pour les Jeux même si tant que je n’ai pas reçu mon enveloppe disant « je vais aux Jeux » il y a toujours une incertitude. Mais dans mon état d’esprit, je me prépare comme si j’y allais car j’ai décroché un quota, des médailles en championnats, j’ai confirmé aux Jeux Européens [médaillée d’argent] donc pour moi la prochaine étape, c’est la sélection pour les Jeux. Après la saison n’est pas finie donc bien sûr qu’il y a des facteurs d’incertitude mais j’essaye de me préparer comme s’il n’y en avait pas.





Justement, tu parles de ton évolution et effectivement, on peut constater cette progression : en 2021, tu deviens vice-championne du monde junior à 25m, l’année d’après, tu obtiens ta première victoire en Coupe du monde à 25 mètres et lors des finales, à 10m, et en 2023 tu es vice-championne d’Europe et médaillée d’argent aux Jeux Européens (10 mètres). J’imagine que les Jeux sont un objectif à court terme, mais que peut-on te souhaiter à court et plus long terme ?

Déjà, il faut savoir que la singularité de la compétition fera que certaines filles seront meilleures que d’autres. Sur un jour J tout peut changer. Ce qu’on peut me souhaiter, c’est d’arriver en forme, d’arriver prête. J’espère vivre une belle préparation olympique et une belle année dans tous les cas. C’est sûr que c’est un peu particulier, on n’a pas l’occasion de faire beaucoup de compétitions internationales en France. Mais bon, le truc n°1, le « goal », c’est d’arriver en forme aux Jeux Olympiques.

Tu as décroché un quota à 10 mètres et selon les règles, tu ne peux plus en décrocher un pour la France, que ce soit à 10 ou 25 mètres. En revanche, il est fort possible de te voir également à 25 mètres.

Oui, c’est totalement vrai. Après il faut prendre en compte un autre facteur, c’est que j’ai eu mon quota à 10 mètres en premier mais ça aurait pu être l’inverse. J’ai ma place à défendre sur 25 mètres. Ce sera selon la sélection de la DTN, mais j’ai des objectifs à 25 mètres aussi, je peux aller chercher des médailles, je l’ai montré sur de grandes compétitions. Je ne me considère pas comme spécialiste, je suis performante sur les deux distances et j’ai de l’ambition dans les deux, pourquoi se limiter ?

La fille qui gagne les Jeux Européens, à 10m [Klaudia Bres, polonaise], elle a décroché son quota au 25 mètres mais dans tous les cas les meilleures tireuses feront les deux. Si tu as ton quota, qu’il soit dans une épreuve ou une autre finalement… C’est ce que mon entraîneur me rappelle, c’est juste une question de chronologie.

Oui finalement le quota ne sert qu’à ce qu’un pays puisse obtenir une ou plusieurs places.

Oui voilà, c’est deux au maximum par épreuve et par pays.

Camille Jedrzejewski : « Le sentiment d’appartenir à une grande équipe »

Si on en revient au 25 mètres, avec Mathilde Lamolle, vous êtes toutes les deux compétitives. Est-ce que cela t’apporte quelque chose d’être deux représentantes à un très haut niveau ? Une certaine émulation ou une potentielle pression ?

C’est vraiment un sentiment d’appartenir à une grande équipe : quand on s’entraîne ensemble, si Mathilde me bat ou que je bats Mathilde ça veut vraiment dire qu’on est fortes en fait. J’apprends à ses côtés et ça fait vraiment du bien d’être tirée vers le haut. Après en règle générale, j’ai vraiment la chance d’être entourée de grands champions en équipe de France au pistolet [Jean Quiquampoix, champion olympique, Clément Bessaguet n°1 au ranking et Céline Goberville, médaillée olympique en 2012]. Donc oui, il y a Mathilde qui est dans mon épreuve mais il y a les autres qui permettent de nourrir une équipe de France de champions et ça c’est hyper important.

Tu côtoies beaucoup les pistoliers et les pistolières donc, mais côtoies-tu aussi les athlètes à la carabine, au skeet ou à la fosse olympique ?

On se voit en compétition. Mais on ne se voit pas en stage d’habitude, sauf là où on a effectué un stage au Qatar. C’est hyper enrichissant de pouvoir discuter tous ensemble, mais ce n’est qu’une fois dans l’année. En revanche avec les pistoliers, on échange davantage car on parle le même jargon, on s’entraîne plus souvent ensemble et on crée cette émulation.

C’est bien d’avoir fait ce stage au Qatar je suppose, car si on se projette aux Jeux, les épreuves se dérouleront à Châteauroux, donc vous allez inévitablement passer du temps ensemble. Que penses-tu du choix du site et donc d’être à l’écart de Paris ? On pense notamment à la cérémonie d’ouverture alors que les épreuves de tir débutent dès le lendemain.

Dans tous les cas, on ne fait jamais la cérémonie au tir puisque les épreuves débutent toujours le premier jour. On est totalement ok avec ça. Moi je suis un peu déçue de ne pas être à Paris mais je ne suis pas la plus déçue car je pense à tous ces tireurs internationaux qui viendront faire les Jeux de Paris 2024 et qui ne seront pas à Paris. Moi je suis Française donc dans tous les cas il y aura du soutien même à Châteauroux mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. Quelqu’un qui vient du Pérou par exemple car le tir est vraiment universel… Il y a trois jours par exemple, il y a une Pakistanaise qui a décroché son quota par exemple. C’est pour eux que j’ai un pincement au cœur surtout.

Connais-tu déjà ce centre de tir et le cas échéant est-ce un avantage ou est-ce que cela ne change rien ?

Je le connais bien oui, on essaye d’y aller une fois par mois depuis quelque temps. L’avantage c’est que j’aime tout ce qui est autour. En soit la ligne de tir, elle est identique partout mais j’aime bien l’endroit, l’armurerie et tout le reste. Après, avec l’ambiance olympique je pense que le site ne sera pas le même en raison des décorations, du public ou de ses déplacements par exemple. Je pense néanmoins que c’est un avantage et je serai contente de le voir en mode olympique.

Camille Jedrzejewski : « Je vais aux Championnats d’Europe avec l’ambition de chercher une médaille et pas celle d’un quota comme d’autres filles »

On est en janvier, les Jeux arrivent dans sept mois. Pour le pistolet, les prochaines échéances qualificatives arrivent à 10 mètres avec les Championnats d’Europe fin février en Hongrie puis ceux à 25 mètres fin mai et début juin en Croatie. Concrètement pour toi, tu y vas surtout à titre individuel sachant que tu as déjà un quota ?

Oui voilà exactement. J’y vais avec l’ambition de chercher une médaille et pas celle d’un quota comme d’autres filles. Ces compétitions elles sont là pour nourrir mon expérience et nourrir l’athlète que je suis. Je suis encore jeune et j’ai beaucoup de choses à apprendre et donc ça fait partie de la préparation olympique de faire des compétitions.

Justement, dans le cadre de la préparation olympique, le fait d’avoir les Jeux cette année et en France a-t-il fait que tu as changé ta préparation cette année ?

Les deux principaux changements sont d’abord que j’ai mis mes études de kiné entre parenthèses. Je peux donc vivre mon projet sportif et olympique à temps complet pendant un an. Et suite à cela, j’ai eu la chance de signer un contrat avec la Police Nationale, qui me suit et m’a permis de devenir professionnelle. Avant, je ne l’étais pas et donc j’étais dans mes études et les compétitions de tir c’était par-ci, par-là. Au niveau de mes études, pendant un an je n’ai pas d’examens, donc je travaille de façon autonome sans avoir la pression des partiels. Je reprendrai les études en janvier 2025 et les stages avant.

Tu as dit plus tôt que le jour J, les cartes pouvaient être redistribuées. Malgré tout, qui seront selon toi les filles les plus redoutables aux Jeux.

Oui, malgré tout il y a des filles très régulières. Je dirais à 10 mètres, la Grecque Anna Korakaki et à 25 mètres, l’Allemande Doreen Vennekamp [toutes deux en tête du classement olympique]. Elles sont toutes les deux très très fortes.

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