Catch : À la découverte de WrestleMania et de l’univers de la WWE
CATCH – Les 19 et 20 avril prochain, la WWE organisera WrestleMania 41, l’événement de catch le plus important de l’année. À cette occasion, Dicodusport vous propose une immersion dans l’univers du catch et de cet événement qui l’an dernier a réuni plus de 145 000 spectateurs.
Heel, Face, booking, feud*, ces termes ne vous disent probablement rien si vous êtes néophytes. Ils font pourtant partie du lexique courant utilisé dans l’univers de la WWE, la fédération de catch la plus influente au monde. Celle-ci organisera d’ailleurs la 41ème édition de son show annuel le plus prestigieux, WrestleMania, les 19 et 20 avril. L’événement se tiendra depuis l’Allegiant Stadium de Las Vegas. Pour vous permettre d’appréhender au mieux les enjeux de cet événement, les lignes qui suivent tenteront de vous présenter les enjeux sportifs et scénaristiques tout en vulgarisant le vocabulaire de la discipline pour saisir au mieux ce qu’il se passe en coulisse pour proposer au monde le show le plus spectaculaire possible.
* Tout au long de l’article, les termes originaux seront employés et associés à une transcription ou à une explication en français.
Des shows hebdomadaires et des événements mensuels
Nombreux sont les enfants des années 1990 et 2000 à avoir bravé les avertissements télévisuels arguant de ne pas reproduire ce qu’ils voyaient à la maison. Ces intermèdes, diffusés notamment pendant les shows hebdomadaires Raw et SmackDown dans l’émission Catch Attack sur NT1 entre 2006 et 2014, insistaient sur les dangers encourus par les superstars de la WWE, les désignant comme des « professionnels surentraînés ». En effet, le catch a cette particularité d’associer le divertissement à la performance sportive. Parfois raillés par les non-initiés pour sa dimension scénarisée et les botch (comprenez « coup raté ») visibles à la télé, les combats sont effectivement scriptés et les athlètes entraînés à encaisser et à vendre les coups. Pour autant, un bon show est un show lors duquel les catcheurs ont atteint l’objectif de faire oublier l’aspect scénarisé aux téléspectateurs.
C’est ce à quoi tend WrestleMania comme toutes les autres émissions et autres événements de la WWE. Chaque semaine, la WWE propose deux émissions hebdomadaires majeures, Raw et SmackDown, au cours desquelles se construisent les feud (rivalités) à travers des matchs et des promos. Depuis 2012, une troisième émission, NXT, a, elle, pour vocation de mettre en avant les futures stars de la fédération et se rapproche davantage des shows organisés par les fédérations indépendantes (petite salle, ambiance cloisonnée, public initié…). Par ailleurs, chaque mois, les catcheurs de Raw et de SmackDown se retrouvent lors de PLE (Premium Live Event), des événements particulièrement importants lors desquels se jouent les matchs aux enjeux les plus importants, pour un titre par exemple, et où se concluent ou commencent les principales rivalités.
WrestleMania, temple du catch depuis 1985
Depuis 1985, WrestleMania s’est ainsi affirmé comme le principal événement de l’année. Si le football américain a son SuperBowl, le catch a WrestleMania chaque avril. L’événement est tel qu’il réunit fréquemment entre 70 000 et 80 000 spectateurs dans les stades, parfois même près de 150 000 depuis que le Covid-19 a poussé la WWE à l’organiser sur deux soirs de suite. Preuve de l’engouement, le show bénéficie d’une diffusion dans le monde entier sur les chaînes disposant des droits (AB1 en France) ou sur le WWE Network, service de vidéo à la demande. Pourtant, cette année marquera un tournant puisqu’il s’agira du premier WrestleMania diffusé en direct sur Netflix, conformément à l’internationalisation du produit WWE entamée ces dernières années.
Ainsi, pour offrir le plus grand spectacle et contenter les fans, les bookers (comprenez « scénaristes ») travaillent d’arrache-pied pour imaginer les scénarios les plus captivants, les surprises les plus inattendues et rendre les spectateurs les plus ébahis possibles. Dans cette optique, la WWE s’appuie aussi bien sur ses têtes d’affiche que sur des personnalités extérieures au monde du catch ou impliquées dans cet univers de manière occasionnelle (les part-timers). Ainsi, en 2008, Le Big Show, catcheur de 2,13 mètres et 200 kg, a affronté l’invaincu boxeur Floyd Mayweather, Jr., champion du monde entre 1998 et 2015.
Floyd Mayweather c’est vraiment le divertissement 🍿en 2008 il avait fait un combat de catch lors de wrestlemania 24 contre Big Show 😭 pic.twitter.com/6w1ggDKsxX
— Just’Boxe (@justboxe) April 2, 2023
Légendes et personnalités extérieures au catch
Plus récemment, Logan Paul et Bad Bunny ont eu l’honneur de combattre sur la scène la plus prestigieuse. Le premier est un influenceur cumulant plus de 50 millions d’abonnés sur Youtube et Instagram alors que le second est un rappeur portoricain ayant remporté trois Grammy Awards. Si Bad Bunny ne compte qu’un match à WrestleMania en 2021 et cumule une poignée d’apparitions sporadiques entre 2021 et 2023, Paul s’est quant à lui installé dans la fédération avec laquelle il est contractuellement lié et dans laquelle il a remporté le titre de champion des États-Unis en novembre 2023. Depuis ses débuts en 2021, il n’a donc pas manqué la moindre édition. Johnny Knoxville, acteur casse-cou, star de Jackass a, lui aussi, eu le droit à son match en 2022.
En outre, WrestleMania est l’occasion de refaire participer les anciennes gloires de la WWE parfois devenues mondialement connues grâce au cinéma comme Stone Cold Steve Austin, mais surtout The Rock. L’acteur, issu d’une famille mythique de catcheurs samoans a débuté dans le catch dans les années 1990 en parallèle de sa carrière à Hollywood. Après avoir fait les beaux jours de la WWE entre 1995 et 2004, Dwayne Johnson de son vrai nom s’est ensuite consacré au cinéma. Toutefois, depuis la fin des années 2010, l’acteur apparaît de manière occasionnelle à la WWE, assurant à la fédération un succès télévisuel à chacune de ses apparitions, tirant profit de la popularité de l’acteur.
The Rock : des allers-retours entre Hollywood et le catch
L’an dernier, The Rock a ainsi fait son retour lors du Raw du premier janvier alors, qu’hormis une apparition en septembre 2023, il n’était plus apparu depuis 2019. Un retour au timing parfait pour construire sur trois mois une rivalité à l’approche de WrestleMania 40. Au programme du Rock, un match par équipe avec Roman Reigns, tête d’affiche de la WWE depuis 10 ans et cousin éloigné, sur fond de racines samoanes contre Cody Rhodes et Seth Rollins, les deux lutteurs les plus populaires du moment et multiples champions au sein de la WWE.
Le deuxième soir, Cody Rhodes et Roman Reigns s’affrontaient pour le Undisputed WWE Universal Championship, ceinture la plus importante. L’occasion était ainsi idéale pour la WWE pour faire apparaître The Rock une fois de plus, offrant aux fans un final mémorable lors duquel les interventions se sont multipliées jusqu’à faire revenir The Undertaker, légende des années 1990, 2000 et 2010 et retraité depuis ainsi que John Cena, seize fois champion du monde et en retrait depuis quelques années en raison de sa carrière d’acteur.

La tournée d’adieux de John Cena
En parlant de John Cena, l’athlète a annoncé en fin d’année dernière que 2025 serait sa dernière sur le circuit et qu’il prendrait sa retraite de catcheur en fin d’année. Il s’agit d’une page qui se tourne pour beaucoup de jeunes qui dans les années 2000 et 2010 ont grandi en suivant ses exploits. Sans aucun doute, le catcheur le plus populaire de sa génération, on s’attendait à ce que la WWE fasse les choses en grand pour sa tournée d’adieux. Ainsi, après être revenu devant les caméras en début d’année pour préparer son dernier WrestleMania, John Cena a choqué les fans du monde entier en passant de babyface à heel (entendez de « chouchou du public à catcheur détesté ») en trahissant Cody Rhodes au profit du Rock.
SPEECHLESS. 💔
JOHN CENA just viciously TURNED on CODY RHODES at #WWEChamber! pic.twitter.com/jSyaCud7Wz
— WWE (@WWE) March 2, 2025
Si cette trahison n’est que le fruit d’un choix scénaristique, elle a été vue plus de 100 millions de fois en moins de 12 heures sur les réseaux sociaux de la WWE ! Un record qui en dit long sur la portée symbolique de ce heel turn. Pendant plus de 20 ans, John Cena a évolué en tant que face avec un gimmick (un personnage) de patriote proche de l’armée américaine prônant les valeurs de l’effort, de la loyauté et du respect (Hustle, Loyalty, Respect) comme cela était floqué sur la plupart des tee-shirts à son effigie dans les années 2010. Rien d’étonnant donc à ce que la WWE fasse appel à lui en mai 2011 pour annoncer devant une foule incandescente la mort d’Oussama Ben Laden en plein live.

Une trahison qui pourrait entrer dans la postérité
Contacté, Tom La Ruffa ancienne superstar française de la WWE évoquait sa surprise puisque « personne ne l’a vu venir ». Néanmoins, le catcheur français le comparait avec le heel turn de Hulk Hogan, il y a presque trente ans, qu’il considère pour l’instant au-dessus : « on peut se demander si le heel turn de John Cena est le plus grand de tous les temps. C’est ouvert à débat, pour l’instant, je dis que non » avant d’ajouter que « pour l’instant celui d’Hogan a plus de portée, mais j’espère avoir tort, car si le heel turn de Cena a plus d’impact, quand on voit que trente ans après celui de Hogan permet de vendre encore énormément de tee-shirts, on ne peut souhaiter que ça au catch avec celui de Cena ».
Un main event électrique
Ainsi, cette trahison a créé un tremblement de terre dans l’univers de la WWE. À l’approche de WrestleMania, le moment était particulièrement opportun pour créer de l’excitation et de l’impatience pour l’évènement. En effet, John Cena avait quelques semaines auparavant gagné le droit d’affronter Cody Rhodes pour le Undisputed WWE Universal Championship remporté il y a un an contre Roman Reigns. Ce main event (combat principal) est d’ores et déjà une assurance de succès pour la fédération puisqu’il mettra en prise deux des superstars les plus renommées et populaires alors que The Rock devrait jouer un rôle clé en faveur de John Cena, lui qui avant la trahison semblait se rapprocher de Cody Rhodes et lui avait pourtant proposé de pactiser.
Au moment d’analyser la carte de l’événement sous le prisme du business, Tom La Ruffa insistait ainsi sur la nécessité d’accrocher le public avec une carte électrique en avertissant que « s’ils [la WWE] ne sont pas à guichets fermés, c’est que la carte n’était pas la meilleure possible et que les noms qu’ils ont mis en haut de l’affiche n’ont pas été capables de remplir la salle » avant de nuancer en précisant que « s’ils le font, respect total, car sur les deux nuits ça fait 140 000 spectateurs dans le stade, c’est gigantesque ».
Stipulations et rancoeurs
Ce combat, s’il promet donc d’être l’un des temps forts de WrestleMania 41, ne sera pas le seul match au programme. Depuis que le PLE a été scindé en deux soirées il y a cinq ans, on dénombre en moyenne quinze combats répartis entre les deux soirées. Il peut s’agir de matchs en 1 contre 1, de tag team matchs (match par équipes), de triple threat ou de fatal 4-way matchs (1 vs 1 vs 1 et 1 vs 1 vs 1 vs 1) entre autres. Parfois, pour les combats avec la plus grande dramaturgie ou les rivalités les plus intenses, une stipulation peut s’ajouter. Il peut s’agir d’un combat sans disqualification où l’usage d’objets comme armes est autorisé, ou de formats plus rares, à l’image du Hell in a Cell match entre Edge et l’Irlandais Finn Bálor dans une immense cage en métal en forme de cube.
Ainsi, parmi les autres rencontres suscitant l’attention, Jey Uso, l’un des cousins de Roman Reigns et du Rock, défiera l’Autrichien Gunther pour le championnat du monde des poids lourds. Randy Orton, autre légende des années 2000 et 2010, affrontera le Québecois Kevin Owens responsable de sa blessure et de ses quatre mois d’absence entre novembre et mars. Bien que cette blessure fasse partie du kayfabe (principe visant à faire passer une intrigue comme réelle et les combats comme authentiques), on comprend que très tôt la WWE avait prévu d’organiser ce match à WrestleMania. Étant donné la haine qui oppose les deux hommes dans les derniers épisodes de SmackDown, il est fort probable qu’une stipulation vienne s’ajouter au menu.
Mise à jour du 5 avril :
Le match entre Kevin Owens et Randy Orton est annulé. Kevin Owens a annoncé à SmackDown être blessé au cou et devoir subir une lourde opération. Il ne sait pas pour l’instant quand il pourra remonter sur un ring. Cette fois-ci, cette blessure est malheureusement hors kayfabe.
Les femmes à l’honneur
Outre ces trois rencontres, le Triple Threat Match entre CM Punk, Seth Rollins et Roman Reigns promet beaucoup d’action et d’engagement. Les trois hommes se détestent et auront l’occasion d’en découdre, même si la construction de la rivalité a de quoi laisser pantois, comme le rappelle Tom La Ruffa qui estime « qu’ils ont mis les trois ensemble, car ils n’avaient pas de match important. » Avant d’ajouter : « Est-ce qu’ils vont désormais construire une histoire et un enjeu palpitant ? On va voir ». Les femmes ne seront pas en reste pour autant. Parmi les rencontres planifiées, Tiffany Stratton défendra son WWE Women’s Championship contre Charlotte Flair, déjà tetradécuple championne du monde au cours de sa carrière.
Si ce nom vous dit quelque chose, c’est qu’il s’agit de la fille de la légende Ric Flair, catcheur à la longévité exceptionnelle – 50 ans de carrière pro – et cumulant le plus de titres de champion du monde (16) à égalité avec John Cena. Charlotte Flair a effectué son retour il y a deux mois après plus d’un an loin des rings en raison d’une blessure au genou. Elle a ainsi gagné le droit d’affronter la championne en remportant le Royal Rumble Match, format spectaculaire où 30 superstars se succèdent dans le ring toutes les 90 secondes et où l’objectif est de faire sortir les adversaires du ring en les faisant passer par-dessus la troisième corde jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un ou qu’une.
L’évolution du catch féminin
La Japonaise Iyo Sky défendra quant à elle le deuxième titre majeur de la division féminine contre l’impressionnante Bianca Belair. Une rencontre qui atteste du développement du catch féminin au sein de la WWE. Jusqu’à 2015, les femmes pouvaient presque d’emblée tirer un trait sur WrestleMania puisqu’il n’y avait en général qu’un match féminin, très souvent sans le moindre enjeu. Il s’agissait d’un moyen à peine détourné de les faire apparaître de manière très brève, quitte à offrir un intermède aux télespectateurs tant ces matchs étaient sans intérêt. Preuve du caractère secondaire de la division féminine, les femmes étaient même totalement absentes de WrestleMania 29 en 2013.
Depuis, la WWE a considérablement mis en valeur la division féminine. Il n’est pas rare que deux rencontres féminines aient lieu dans les éditions hebdomadaires et dans les PLE. Les femmes ont d’ailleurs eu le droit à leur propre PLE, WWE Evolution, en 2018 et qui devrait renaître en 2025. Depuis 2018, elles ont également leur propre Royal Rumble Match. Ainsi, dans la continuité de ces avancées, elles ont eu le droit à quatre et trois rencontres lors des deux dernières éditions de WrestleMania, pour 1h02 et 40 minutes d’exposition dans le ring, loin donc des 3 minutes de 2010 ou des 0 de 2013.
Une tournée européenne pré-WrestleMania inédite
Ainsi, à mesure que la carte de WrestleMania 41 se dessine, l’excitation croît chez les fans de catch. Fait inédit, la WWE a organisé une tournée européenne télévisée en Europe tout au long du mois de mars. Un choix osé qui impliquait une diffusion américaine à des horaires inhabituels en pleine période de promotion de l’événement. Au contraire, on peut considérer cette tournée comme une déclaration d’amour à l’Europe qui pendant plus de deux semaines a eu le droit à ses émissions quotidiennes en direct et en prime time. Bien sûr, tout est histoire de business. Si cette tournée a eu lieu, c’est bien que la WWE connaît un succès fou en Europe.
Ce succès a pu être mesuré en mai dernier quand la France a accueilli le premier PLE de son histoire, WWE Backlash. L’édition a marqué les esprits tant les fans français ont ébloui par l’ambiance exceptionnelle mise dans la LDLC Arena de Lyon. Si on savait que la France ferait un tel accueil au roster (à l’effectif) de la WWE, outre Atlantique l’ambiance a choqué les dirigeants, les catcheurs et le public américain. Le public lyonnais a ainsi été précurseur tant l’ambiance de cette tournée européenne a été phénoménale également. Ce double succès a d’ailleurs permis à la France d’accueillir son deuxième PLE en août 2025, WWE Clash in Paris, précédé et suivi de deux émissions hebdomadaires.
THE CAMERA IS BOUNCING!!!
LYON, FRANCE brought the noise, the excitement and the passion at #WWEBacklash! pic.twitter.com/sQEWcP6V9r
— WWE (@WWE) May 4, 2024
WrestleMania en Europe ?
De là à voir une future édition de WrestleMania en Europe ? Tom La Ruffa se montre mesuré et évoque « dans le meilleur des cas un Survivor Series ou un Summerslam [deux des quatre PLE majeurs avec WrestleMania et Royal Rumble] en France ou en Angleterre ». Si on ne devrait pas voir WrestleMania en Europe de sitôt, on profitera cependant de Clash in Paris et d’ici-là d’une édition de WrestleMania 41 qui s’annonce encore une fois spectaculaire dans la ville de tous les excès, Las Vegas, qui n’est pas surnommée Sin City (la ville du pêché) pour rien. Rendez-vous les 19 et 20 avril avec une carte d’ici-là encore plus impressionnante.


