Championnats du monde en salle : Marcell Jacobs au sommet sur 60m
ATHLÉTISME – CHAMPIONNATS DU MONDE EN SALLE 2022 – Programme chargé avec le duel tant attendu sur 60m, une surprise de taille au poids, et le dénouement des 400 m. Résumé de la deuxième journée.
60 m H : Jacobs mate Coleman sur son terrain
Le duel était attendu entre la nouvelle sensation du sprint mondial, Marcell Jacobs, et le banni, grand absent de Tokyo et recordman du monde en salle (6″34) : Christian Coleman. L’Italien semblait moins calibré pour la ligne droite écourtée de la saison hivernale, du fait d’une mise en action moins délirante que le râblé américain. C’est pourtant lui qui fit la meilleure impression en demi-finale, paraissant laisser aller sa foulée sur un tapis roulant une fois sorti de la phase de poussée, arrêtant le chronomètre en 6″45, nouveau record. De son côté Coleman avait beau relâché en fin de course, l’impression laissée dans les premiers mètres, ceux censés lui donner un avantage sur la concurrence, ne trompait pas (6″51). Son coéquipier Marvin Bracy (6″51) paraissait presque mieux armé pour aller contester le leadership du sprint mondial au Transalpin natif d’El Paso (Texas).
C’est un autre Coleman que l’on vit en finale. Mais malgré une mise en action tonitruante, l’Américain n’a pas été en mesure d’aller tutoyer les sommets chronométriques qu’il avait laissés en suspens avant sa suspension pour trois no-shows. Et irrémédiablement Jacobs fondit sur le champion du monde de Doha avant de le passer sur la ligne, privant Coleman du titre pour trois petits millièmes (6″41). Bracy, au contact, n’ayant ni le départ de son compatriote ni le finish du champion olympique, s’offre le bronze dans un joli 6″46.
Poids H : Crouser déboulonné par Romani
Avec dix-huit concurrents, un concours à rallonge était à prévoir. On pouvait alors craindre un long faux-suspense avant de sacrer Ryan Crouser. L’Américain, recordman du monde, ultra-dominateur, ultra-régulier, fit parler la poudre d’entrée de jeu : 22m44, record des championnats. Malgré une belle entrée en matière du champion du monde 2017, Tom Walsh (NZ) à 22m27, on voyait alors difficilement qui serait en mesure de faire douter le géant de Portland. Et pourtant, au troisième essai, Darlan Romani (Brésil), dont la transe avant chaque jet n’a d’égal que le volume de ses trapèzes, expédia son outil de travail de 7 kg à 22m53. On attendait alors la réaction du patron mais elle n’eut pas lieu. Aucun changement par la suite et un premier titre mondial pour le Brésilien.
Perche F : Morris de retour au sommet
Ménage à trois en altitude. Les bilans annonçaient un match entre les deux Américaines Katie Nageotte (championne olympique), Sandi Morris (tenant du titre), et la Slovène Tina Sutej et les bilans n’ont pas été démentis.
Margot Chevrier pour sa première finale mondiale a dû s’arrêter à 4m60, l’équivalent d’une deuxième performance en carrière. Des petits problèmes de réglage à 4m30 puis 4m45 (deuxième essai) l’ont condamnée à la 10ème place …
Dans la bataille pour le titre Nageotte s’est d’abord montrée la plus constante, effaçant chaque barre dès la première tentative. Morris et Sutej ont elles opté pour la montée en puissance progressive (deux échecs à 4m70 pour la Slovène), au point que les trois concurrentes n’ont eu besoin que d’un saut pour éliminer 4m75. On pouvait alors espérer une explication en haute altitude, mais 4m80 rendit un verdict prématuré à la compétition. Morris, enfin calée techniquement après une saison 2021 compliquée et des JO ratés, passa sans encombre tandis que ses deux adversaires échouaient pas trois fois, non sans démériter. Fin de concours pour la vainqueur à 4m85, et doublé américain, une nouvelle fois après Portland 2016.
400 m F : Miller-Uibo trop forte pour Bol
On serait presque tenté de parler de pétard mouillé. Le duel dantesque annoncé entre la reine du 400 m plat (Shaunae Miller-Uibo) et la princesse du 400 m haies (Femke Bol) a tourné court. La faute à une simple différence de capacité physique. Bol, chahutée en demi-finale par la Jamaïcaine McPherson, savait qu’elle devait partir vite (son défaut) pour aller titiller la quasi intouchable Bahaméenne.
Ce qu’elle fit. Pas suffisamment néanmoins pour gêner la double championne olympique, en tête à la cloche et en tête à l’arrivée, dans un chrono presque décevant (50″31) mais avec une impression de sérénité inégalable. Le petit coup de frein à main dans la dernière ligne droite était sans conséquence tant Miller-Uibo avait creusé l’écart, de manière logique eu égard aux références de chacune sur 200 m (21″74 contre 23″16). Derrière elle Bol (50″57) et McPherson, toujours placée (50″79).
400 m H : Richards avec la manière
Beaucoup plus ouverte en perspective que son homologue féminine, cette course a finalement accouché d’un schéma similaire. Jereem Richards (Trinité et Tobago) en bon transfuge du 200 m prit les choses en mains au rabattement pour ne plus lâcher la tête malgré les assauts répétés de l’universitaire américain (Division II !) Trevor Bassitt. Richards repoussa une première banderille en fin de ligne droite opposée puis maintint son joug sur la course alors que Bassitt semblait finir plus fort avec sa foulée à l’allure démesurée. A l’arrivée, record des championnats pour le vainqueur (45″00), chrono canon pour le second (45″05) et record national pour le Suédois Carl Bengström en bronze (45″33). De très bon augure en vue de la saison estivale sur 400 m haies pour les deux derniers cités, qui pourraient s’ajouter à la liste désormais pléthorique des prétendants aux chronos fantasmagoriques sur le tour de piste avec obstacles.
800 m H : première pour Garcia
Comme à son habitude Marco Arop n’a laissé à personne le soin de mener le rythme. Dans son style délié le Canadien a mené jusqu’aux 700m avant de voir passer les deux athlètes qui avaient fait la plus grosse impression en série. Mariano Garcia, 24 ans, finit alors le travail pour s’offrir le premier titre de sa carrière, devant le jeune (17 ans) Noah Kibet. L’Espagnol, placé sereinement dans la foulée du lièvre officieux, attendit la ligne droite opposée pour déboiter Arop et contenir l’accélération du Kényan, obligeant ce dernier à un effort surnuméraire de trop. Derrière, un Arop à court de jus vit passer toute la cavalerie et notamment Bryce Hoppel (USA) en bronze grâce à un finish dévastateur.
1500 m F : Tsegay et l’Ethiopie sans concurrence
Pour les amoureux de course tactique, repassez. Et pourquoi donc mettre en place un travail d’équipe quand une simple course au carton suffit à assurer le triplé ? Les Éthiopiennes n’ont pas vraiment cherché à assurer le suspense puisque la nouvelle référence du 1500m Gudaf Tsegay s’est envolée comme sur un meeting pour s’emparer du titre et du record des championnats en 3’57. Derrière elle ses coéquipières Axumawit Embaye (4’02 en argent à Sopot en 2014) et Hirut Meshesha (4’03) ont fini par éparpiller au train la concurrence internationale pour réaliser un triplé unique dans l’Histoire. Sifan Hassan (PB, vainqueur en 2016) et Abeba Aregawi (Suède, vainqueur en 2014) étant nées Ethiopiennes, le titre de la distance n’a réellement échappé aux plateaux d’Addis-Abeba depuis 2006.


