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Coupe du monde de ski alpin

Chiara Pogneaux : « Je suis prête physiquement, je me sens bien ! »

Victor Clot-Amiot

Publié le

Chiara Pogneaux « Je suis prête physiquement, je me sens bien ! »
Photo Icon Sport

SKI ALPIN 2024/2025 – Alors que le premier slalom de la saison est prévu dans moins d’un mois (à Levi en Finlande, le 16 novembre), Chiara Pogneaux, slalomeuse en équipe de France, a accepté de répondre à nos questions alors qu’elle s’apprête à disputer sa troisième saison en Coupe du monde.

À quelques semaines du début de saison et au retour d’un stage en Argentine avec l’Equipe de France, comment te sens-tu ?

Chiara Pogneaux : Je me sens plutôt bien. J’ai eu un été un peu particulier, car j’ai eu des soucis de dos en fin de saison l’année dernière. J’ai repris le ski avec un peu d’intensité à Ushuaïa et j’ai un peu géré ma préparation, mais au final, je n’ai pas tant de retard que cela : je me sens assez bien sur mes skis et même niveau physique, c’est plutôt très bien. Je suis assez confiante.

Penses-tu qu’il te faudra un ou deux slaloms en compétition pour te régler ?

Je n’ai pas vraiment d’idée sur les premières courses même si je vais essayer de me donner à fond directement. Si je ne suis pas au rendez-vous sur la première course, ce n’est pas un problème, car ce n’est pas forcément un objectif en soi puisqu’on sait la préparation que j’ai eu, que ce soit les coachs ou moi. On sait qu’il y a un manque de ski, mais je vais essayer de le combler par la motivation et l’engagement.

Si on regarde un peu en arrière, tu as réalisé une très belle saison l’an dernier en signant tes premiers top 15 et même tes premiers top 10, 8e à Kranjska Gora et 10e à Soldeu. Avec le recul, quel regard portes-tu sur cette saison, sachant que tu as fait tes débuts en Coupe du monde il y a deux ans seulement ?

C’est assez fou parce que je ne pensais pas faire une saison comme cela. Même maintenant quand je regarde les courses, ça me met les frissons même en sachant que je peux le refaire et que je vais le refaire. J’ai beaucoup d’émotions quand je regarde ces images et je suis très fière d’avoir pu faire ça au moins une fois dans ma vie et j’espère faire mieux et de mieux en mieux à chaque fois.

Quand tu dis que tu as des frissons en revoyant les images, c’est parce que tu as l’impression en te regardant que ce n’est pas toi qui skies ?

J’ai l’impression que c’est quelqu’un d’autre et que toutes les émotions qu’on vit sur le moment, directement lors de la course, rien que de voir les images, ça revient, tu as l’impression d’être au départ ou à l’arrivée quand tu viens de faire un beau résultat. C’est beaucoup d’émotions de revoir ces images.

En revivant ça, j’imagine que l’impatience monte à l’idée de reprendre ?

Oui complètement ! L’impatience, mais aussi l’inquiétude. C’est beaucoup de travail de réussir à faire des saisons comme on espère les faire. De pouvoir le faire c’est incroyable, mais avoir une préparation différente cette année, ça me met aussi le challenge de me dire « est-ce que cette prépa va me permettre de faire aussi bien cette année ? ». Je pense et je l’espère, je suis impatiente, mais ça me met un peu le trac, on va dire.

Tu évoques une préparation différente. Il y a tes problèmes de dos bien sûr, mais tu as changé autre chose également ?

C’est seulement lié au dos. J’ai été arrêtée avant la fin de saison. J’ai été alitée pendant un mois et demi en attendant de pouvoir résorber un peu ce que j’avais dans le dos. En fait, j’ai une sciatique avec laquelle je vis depuis la fin de saison, depuis le mois de mars, et j’ai passé tout l’été à faire de la rééducation à Capbreton et de la réathlétisation à Albertville, donc je n’ai pas mis du tout les skis de l’été, mais seulement fin août début septembre. Ce n’est pas habituel pour une préparation, c’est différent, mais je pense quand même que je suis prête physiquement, je me sens bien, j’ai de moins en moins de douleurs donc c’est bon pour le futur.





Tu t’apprêtes à entamer ta troisième saison de Coupe du monde. Quels objectifs te fixes-tu étant donné ta saison dernière et ta préparation ?

Je n’ai pas vraiment d’objectif. Je vais donner ce que j’ai et faire du mieux que je peux, après, j’espère quand même garder les top 15 et les top 10 et m’améliorer au fur et à mesure de la saison. C’est vraiment ça l’objectif, de ne pas me prendre la tête sur le résultat, de retrouver un ski libéré et engagé et avec ça il ne devrait pas y avoir de souci, ça devrait rouler.

Tu es actuellement 24e à la WCSL, à 77 points de Mélanie Meillard 15e. On sait combien le numéro de dossard est important pour performer. Te sens-tu en mesure d’entrer rapidement dans le top 15 ?

Oui. C’est clair que le numéro du dossard a réellement une importance, surtout sur les courses sur lesquelles la piste est plus ou moins bien préparée et que cela peut bouger. Après, c’est clair que j’ai de la chance de partir dans les 30 avec le numéro 24. Avec les blessées ou celles qui ne prennent pas le départ, je vais même partir un peu plus tôt, mais c’est déjà un super dossard. Maintenant, c’est vrai que c’est un objectif principal de rentrer dans les 15, voire mieux dans la saison. Je pense que j’en suis capable, mais ce n’est pas que de mon ressort, il y a d’autres athlètes qui ont un très bon niveau aussi.

Vous êtes cinq dans le groupe France à avoir monté le curseur l’an dernier en Coupe du Monde et à vous inscrire dans la lignée de Nastasia Noens. Toi, Marie Lamure, Clarisse Brèche, Manon Chevrier et Caitlin McFarlane. On peut également évoquer Doriane Escané qui a bien fini la saison dernière en Coupe d’Europe. Vois-tu cette concurrence comme une émulation saine ou au contraire est-ce une pression supplémentaire ?

C’est un peu des deux. Ayant été seule dans un groupe avec Nasta et Marie avant de faire de vrais résultats, puis le fait que les filles montent aussi, c’était beaucoup plus facile de gérer la pression puisqu’on n’était que trois et que lorsqu’il y avait des sélections, pour les Mondiaux par exemple, c’était nous et personne n’était mise à l’écart. C’était assez simple. Là, il faut gérer le fait qu’on est six pour quatre places pour les Mondiaux à venir, qu’il y a les JO aussi et qu’on va toutes progresser, car on est encore jeunes. Le fait d’avoir un groupe aussi fort et aussi sain, cela nous aide vraiment à progresser ensemble et il ne faut pas le renier car sans elles, je ne serai pas forcément là où j’en serai aujourd’hui.

Contrairement à l’an dernier, il y aura les Championnats du monde à Saalbach en février. Les vois-tu comme un objectif prioritaire ou te projettes-tu plutôt au fur et à mesure ?

J’ai toujours raté les compétitions quand je pensais à un objectif qui était un peu plus lointain donc cette année, j’ai vraiment pour objectif de prendre chaque course comme elle arrive, de pas penser aux Mondiaux ni aux sélections pour l’instant, car évidemment je ne suis pas sûre d’y participer puisque comme on l’a évoqué, derrière moi, il y a un groupe qui est fort.

Donc, je vais essayer de faire mes courses petit à petit et on verra le jour où les sélections sortent si j’ai fait le boulot, mais j’essaye de ne pas trop y penser. Je suis motivée et c’est un objectif forcément d’y participer et de faire un très bon résultat si je suis au départ ce jour-là, mais j’essaye de le mettre à l’écart pour l’instant.

L’an dernier, Mikaela Shiffrin a remporté le petit globe devant Lena Duerr et Petra Vlhova. À elles trois, elles sont montées 17 fois sur le podium sur 33 possibles. Mikaela Shiffrin s’est imposée sept fois, Petra Vlhova 3. Hormis elles, seule Anna Swenn Larsson a réussi à remporter une course. Quel regard portes-tu sur cette domination et la difficulté à se rapprocher de ces filles, tant en ce qui concerne les positions finales que le chrono ?

Je suis admirative déjà, par rapport à des filles qui ont une telle stabilité à ce niveau, c’est impressionnant. Après, ce qui nous aide à être confiantes et à skier libérées, c’est qu’on a pas mal de confrontations directes avec des filles de ce niveau et quand on part à l’entraînement avec les mêmes conditions, on n’est pas à la rue et on n’est pas à la ramasse. Donc ça nous aide au départ pour nous dire que, nous aussi, on peut les battre, on peut le faire, même si forcément le dossard ça joue, ainsi que la confiance et le fait qu’il y a aussi des filles qui sont plus fortes en course qu’à l’entraînement. On est admiratrices, mais on a envie de les taper, on n’a pas peur de les battre.

On t’a vue t’aligner sur quelques géants la saison dernière, sur des courses FIS ou des Coupes d’Europe. Envisages-tu un jour de t’aligner sur les deux disciplines ?

J’aimerais beaucoup faire des Coupes du monde en géant, mais il y a beaucoup moins de place qu’en slalom. C’est une discipline dans laquelle il faut beaucoup de confiance et d’engagement et j’en manque encore, donc je fais mon chemin en Coupe d’Europe et en FIS en espérant que ça monte en grade dans pas très longtemps.

Un mot sur le calendrier. L’an dernier, 21 épreuves, hommes et femmes confondus, ont été annulées, dont 8 avant le 5 décembre. Beaucoup de questions ont été soulevées, notamment en ce qui concerne le réchauffement climatique. En technique, il y a un slalom prévu à Killington en début de saison, qui s’inscrira dans une lignée de 3 week-ends de compétition de suite. Sachant que les finales cette année auront également lieu aux États-Unis en mars. Est-ce que ce sont des choses qui t’interrogent ou tu estimes que la FIS n’a pas d’autre choix que de faire ainsi ?

[Rires] C’est marrant, car j’en ai parlé avec mon père il y a deux heures à peine ! C’est vrai que nous, en tant qu’athlètes, on essaye de faire que remonter le fait que pour le réchauffement climatique, il faudrait relativement diminuer les transports, surtout à ce niveau-là. C’est à double-tranchant, car d’un côté l’épreuve de Killington a été créée depuis tellement longtemps à ces dates et les finales sont toujours aussi tard dans la saison, donc ils n’ont pas le choix de les mettre à la fin de toutes les compétitions. Et une fois que le pays s’est proposé et a obtenu les finales, que ce soit aux États-Unis ou en Chine, on n’a pas le choix, on est contraints d’y aller. Je pense qu’ils essayent de faire au mieux avec ce qu’on leur fait remonter, mais que ça va prendre du temps, car c’est aussi une mentalité particulière.

J’entends que le slalom de Killington soit ancré à ce moment depuis longtemps, et en reprenant ton raisonnement, on pense d’abord du point de vue du réchauffement climatique. Mais si on évoque le côté physique également, est-ce que c’est une appréhension d’enchaîner, un peu comme les pilotes de F1 qui en trois semaines font Las Vegas, Qatar, Abu Dhabi, l’Europe sur deux week-ends puis les États-Unis sans coupure entre ?

Je pense que grâce aux stages qu’on fait en Argentine, on habitue notre corps à encaisser de longs stages ou des voyages un peu longs. Après, il y a eu beaucoup de blessures l’année dernière avec les enchaînements. Ce n’est pas rentré dans l’oreille d’un sourd, mais il faudra quelques années pour qu’il y ait un impact. Moi, cela ne me dérange pas forcément d’enchaîner même si je sais que cela va nous coûter, mais c’est aussi pour cela qu’on s’entraîne autant l’été en préparation physique.

As-tu peur à terme pour l’avenir de ton sport ?

Oui forcément ça fait peur de faire un sport qui dépend autant de la météo. Nous, maintenant qu’on est conscients de cela, à notre échelle, on essaye de se serrer un peu plus dans les bus pour prendre un peu moins de véhicules. Il y a Romane Miradoli aussi qui a ouvert une association qui plante des arbres en Haute-Savoie. C’est hyper important pour nous et ce sont des très beaux gestes qu’on fait à notre échelle. Maintenant, c’est vrai que ça fait un peu flipper, mais je ne suis pas encore trop inquiète, car la situation peut aussi se retourner. J’espère que ça va tenir pour ma génération et celles qui viendront plus tard.

En revenant à des perspectives plus joyeuses, comment as-tu accueilli la nouvelle des Jeux Olympiques 2030 dans les Alpes françaises ?

C’est génial ! En plus il y a une épreuve chez moi à Serre Chevalier, donc je suis trop contente. J’espère qu’après avoir fait mes courses en Savoie, je pourrais venir regarder le ski de bosses dans ma station. C’est une superbe nouvelle : ça va beaucoup aider les régions et le monde du ski en France !

1 Commentaire

1 Commentaire

  1. Florian V

    Florian V

    16 octobre 2024 à 9h06

    Superbe interview, merci VIctor et Chiara

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