Chloé Le Roch : « Je suis encore sur mon petit nuage après la médaille »
ATHLÉTISME – Entretien avec la marcheuse Chloé Le Roch, médaillée d’argent sur 5000 m, lors des Mondiaux U20 début août.
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Chloé Le Roch est un des jeunes talents de l’athlétisme français. Très suivie depuis qu’elle est minime, sa carrière a pris un nouvel envol au début du mois d’août. La marcheuse a décroché la médaille d’argent sur 5000 m marche. Sa toute première médaille internationale dans un grand championnat. Elle y a amélioré son record de France, avec un chrono de 21:17.92, deuxième performance française de tous les temps et toutes catégories confondues. Elle revient sur cette performance et évoque l’avenir.

Chloé Le Roch : « Je suis encore complètement plongé dans ce championnat »
Quelques jours après ta médaille, on peut imaginer que tu es toujours sur ton nuage ?
Oui totalement. Cela va faire une semaine qu’on est arrivés. J’ai pu retrouver ma famille et les personnes de mon club, raconter la compétition, les sensations et les émotions. J’ai pu revivre tout le « off » de la course. Je suis encore complètement plongée dans ce championnat. Ce sont des sensations très positives et je vais mettre un petit moment pour redescendre de ce petit nuage. Surtout que je n’ai pas encore revu mon coach principal, qui est sur Nantes. Quand je le reverrai, en septembre, je réexpliquerai encore ma course.
C’est ta première médaille internationale en championnat estival. Tu la vois comme un cap franchi ?
Clairement, d’autant que j’étais venue pour tenter de décrocher la médaille. J’avais déjà eu Podebrady, mais je ne le considérais pas comme un vrai podium international (NDLR : Chloé Le Roch a pris la 2ᵉ place individuelle et par équipes des Championnats d’Europe par équipes de marche). Je voulais vraiment avoir cette médaille dans un grand championnat estival.
C’était aussi un moyen de bien clôturer les années cadets et juniors et de préparer la saison prochaine, et de débuter le semi-marathon. C’est également une médaille importante pour débloquer des sponsors et financements pour les futures saisons. C’est un énorme soulagement d’avoir fait ce podium. Cela ne peut que m’offrir de belles opportunités.
Chloé Le Roch : « Il y a eu un moment où j’ai pensé que le podium à Eugene, c’était fichu »
Tu as pourtant abordé cette course avec une blessure lors de ta préparation. As-tu douté de ta capacité à briller à Eugene ?
Oui, car ma blessure est survenue assez tard. J’ai eu une première entorse début juin, immédiatement prise au sérieux, car j’avais déjà eu cette blessure il y a deux ans. Malheureusement, cette cheville a de nouveau tourné la veille du meeting de Montreuil. Une entorse plus grave, avec une rupture du ligament. C’était trop risqué de marcher à Montreuil.
Cela a été une période extrêmement dure. J’étais censée partir en stage pendant dix jours à Font-Romeu. Dans ma tête, je n’étais pas sûre de pouvoir y aller et encore moins de participer aux Mondiaux. Mais vu que j’avais l’expérience d’il y a deux ans, j’ai pu réagir très vite et avec une équipe très soudée. J’étais quasiment remise avant de partir à Font-Romeu. Là-bas, je n’ai pas pris de risques et j’ai fait toutes mes séances avec une attelle ou un strap.
Au fur et à mesure des séances, je retrouvais des sensations et de la mobilité dans la cheville. Mais il y a eu un moment où j’ai pensé que le podium à Eugene, c’était fichu. Puis quand les séances ont eu lieu à Font-Romeu et que j’étais bien, cela m’a fait du bien. Deux semaines avant les Mondiaux, je savais que j’étais prête et focus sur le podium.
Tu connais les causes de ces entorses ?
Après ma première entorse, j’ai eu un cycle de renforcement de la cheville. Ma cheville droite était clairement en béton et je manquais de mobilité. J’ai pu voir la différence entre les deux chevilles, avec le stage de la FFA à Liévin, en octobre 2024. On était passé par des tests médicaux. J’ai travaillé cette mobilité, et la saison dernière, je n’ai pas eu de soucis de cheville.

Chloé Le Roch lors de son 5000 m aux Mondiaux U20 – Crédit : Thomas Termote / Les Athlètes Français
Les deux fois, je me blesse en juin. Je sais que c’est une période dans laquelle je dois faire attention. En faisant en permanence de la mobilité et du renforcement. Mais cela arrive aussi sur une période durant laquelle l’entraînement est très intense. Parfois plusieurs fois par jour. Mon corps est sans doute un peu plus fatigué. Je fais sans doute moins attention, quand je marche dans la voie verte ou des zones pas aussi lisses qu’une piste.
Je peux marcher avec de la musique ou en parlant avec des personnes et je pense à autre chose et je ne fais pas attention à où je mets les pieds. Ce sera un truc dans lequel je vais devoir être attentive les prochaines saisons. Cela m’a permis d’apprendre et je sais que je vais devoir faire attention.
Chloé Le Roch : « Sur le plan tactique, la course à Eugene était quasiment parfaite »
Lors des Mondiaux, la course va très vite. Est-ce qu’à un moment, tu te dis que tu pars trop vite ? Ou gardes-tu de la sérénité ?
Il y a un an, à Tampere, cela a été une de mes pires courses de ma carrière. Avec une mauvaise gestion de la stratégie de course. Je ne voulais pas revivre cela. Je sortais également d’une course au Brésil (Championnats du monde de marche par équipes, NDLR) frustrante avec une 4ᵉ place, car je savais que je valais le podium. La stratégie envisagée et évoquée pendant des heures avec mon coach était basée sur un départ rapide. Serena Di Fabio a le record d’Europe.
Je partais sur des bases de 21:00, 21:15 à cause de l’entorse. Sans celle-ci, je partais sur des bases de 20:45. J’étais prête pour ces allures. Mon coach m’a demandé de suivre au premier kilomètre, quelle que soit l’allure. Si je voyais que l’Italienne était en aisance et moi non, je devais la laisser partir à condition que la 2ᵉ et 3ᵉ place soient encore jouables. Pour jouer le podium. C’est ce que j’ai fait. Au début, cela fait un peu mal de se dire qu’on laisse partir la 1re place, alors qu’à tout moment j’étais bien. Avec du recul, je pense que si j’avais suivi, j’aurais craqué au 4ᵉ kilomètre. Derrière cela revenait fort.
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Je pense que c’était la meilleure solution, même si cela aurait pu aller plus vite au niveau du chrono. J’ai eu une gestion avec de la retenue, notamment entre le 3ᵉ et le 4ᵉ kilomètre, avec la Tunisienne qui faisait des accélérations et des ralentissements. Mais, sur le plan tactique, la course était quasiment parfaite. Sans la blessure, la première place était sans doute jouable. Mais je reste très contente, c’est un aboutissement de toutes ces saisons.
Chloé Le Roch « Une belle bagarre en perspective pour les Europe U23 »
Tu évoques les Europe U20 2025. T’es-tu nourrie de cette frustration ?
La saison 2025 était très dure et j’étais soulagée d’en avoir fini après les Europe. Ce n’est pas normal de ressentir un soulagement de fin de saison. Je savais que j’étais à bout. Ce n’est pas un hasard si mon championnat se passe comme cela et je ne voulais pas reproduire les mêmes erreurs. Les vacances d’été m’ont fait du bien, c’est une période dans laquelle on coupe avec mon entraîneur. Pas de contact, pas de téléphone. En septembre, on a débriefé, après que je sois reposée.
🥈🇫🇷🔝 𝐂𝐡𝐥𝐨𝐞́ 𝐋𝐞 𝐑𝐨𝐜𝐡 𝐯𝐢𝐜𝐞-𝐜𝐡𝐚𝐦𝐩𝐢𝐨𝐧𝐧𝐞 𝐝𝐮 𝐦𝐨𝐧𝐝𝐞 𝐣𝐮𝐧𝐢𝐨𝐫𝐬 𝐞𝐭 𝐫𝐞𝐜𝐨𝐫𝐝 𝐝𝐞 𝐅𝐫𝐚𝐧𝐜𝐞 !#athletisme pic.twitter.com/C6xKBaZiNw
— Dicodusport ⭐⭐ (@dicodusport) August 8, 2026
J’étais prête à repartir, car la saison ne s’était jamais vraiment arrêtée, dans la mesure où je n’ai jamais atteint mon objectif. Sur les compétitions faites, même cet hiver, je repensais à ce championnat et le fait d’avoir craqué après le 5ᵉ kilomètre. Le fait d’y repenser en course, cela fait que tu n’as pas envie de lâcher, tu relances. Je me suis beaucoup servi de Tampere, comme je me suis servie du Brésil, pour ces Championnats du monde. Je ne voulais pas revivre cette 4e place.
C’est quelque chose que j’ai travaillé en préparation mentale, le dépassement de soi et finir au bout du bout sur une course. Cela se met en place et cela ne peut qu’annoncer du bon pour le futur, y compris sur les distances plus longues.
Serena Di Fabio a remporté le titre européen et mondial. Cela promet un gros duel avec elle dans les années à venir.
En plus, on s’entend très bien. On s’envoie assez souvent des messages. Y compris avec les filles qui étaient juniors en 2025, je pense aux Espagnoles. Des filles avec qui je vais me battre l’an prochain, lors des Championnats d’Europe espoirs. Cela promet une belle course et de nous pousser dans nos retranchements sur le 10 km. J’ai envie de passer sous les 44 minutes, chose que je n’ai pas pu faire l’an passé.
Il y a également la perspective de se lancer sur semi-marathon. Même s’il n’y aura pas de duel tout de suite sur la distance, il y aura forcément une « guerre » à distance sur les chronos. Pour se situer et montrer aux autres qu’on est présente. Cela va être une nouvelle discipline et j’ai hâte de la découvrir.
Chloé Le Roch : « On sent l’engouement autour de la marche »
As-tu pu prendre le temps de regarder la marche de Birmingham ?
Oui, j’étais à fond devant la télé. Toutes les courses étaient en même temps et on a tout suivi la matinée. J’étais super contente pour eux, cela donne une bonne image de la marche française à l’échelle européenne. J’ai fait la préparation avec eux à Font-Romeu et j’ai pu voir ce qu’ils faisaient. C’est une belle récompense, notamment pour Aurélien qui termine 3e.
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C’étaient de très beaux championnats pour la marche et cela me donne envie de plus m’entraîner, pour arriver à leur niveau et décrocher des médailles européennes. Chez les jeunes, on arrive à montrer notre niveau et à décrocher des médailles. On a envie de performer chez les grands !
La marche revient au premier plan en France. Est-ce que tu as pu ressentir cet engouement depuis deux ans ?
Clairement ! C’est vrai qu’au début, j’étais jeune et je ne prêtais pas forcément attention à la médiatisation de la marche. Mais on sent les changements. On nous écoute plus au sein de la FFA. Même si les budgets restent serrés.
Au niveau média, ils font l’effort de passer les courses à la télé, on a beaucoup plus d’interviews. Auparavant, c’était plus restreint. C’est bien mieux. C’est aussi aux athlètes de faire le maximum pour poster, pour que ceux qui nous suivent voient le quotidien d’un sportif de haut niveau, dans notre discipline. Les entraînements, notre vie.
Chloé Le Roch : « Le marathon marche ne m’attire pas pour le moment »
World Athletics a choisi de passer du 10 000 m au 5000 m cette saison. Tu vas passer U23, comment appréhendes-tu le grand bond vers le semi ?
J’avais un peu peur, car passer du 5 km, où tu ne prends pas un seul ravitaillement, au semi où tu es quasiment obligé de prendre un ravitaillement par kilomètre, c’est totalement différent. C’est un peu stressant. Ceci dit, la saison prochaine, je risque d’en avoir un ou deux – si je me qualifie pour la Coupe d’Europe par équipes. J’ai totalement confiance en mon entraîneur et je sais qu’on ira progressivement. Avec des séances de qualité, pour tenir l’allure du semi.
J’ai hâte de ce premier semi, pour avoir une marque et travailler à l’entraînement. Mais ce sera surtout une année avec le 3000 m l’hiver, même si la prépa risque d’être moins importante. L’objectif sera le 10 km pour la saison estivale. Une saison entière à la marche est assez spécifique, avec trois distances à préparer. Tu passes littéralement du sprint au fond. Je sais que je n’ai pas le choix. Pour devenir athlète professionnelle chez les séniors, je dois passer au semi-marathon.
Le marathon peut t’attirer un jour ?
(Elle rigole.) Non. Après, je suis jeune. Mais ce n’est pas mon ambition à la marche. Peut-être en courant sur une fin de carrière. C’est long en marche. Ce n’est même pas la distance en soi, mais plutôt les entraînements avant. J’ai vu Camille Moutard qui préparait cela. Ce sont des séances tellement longues. D’extérieur, cela ne donne pas envie. C’est vrai que c’est stylé de dire que tu es marathonien ou marathonienne une fois dans ta vie. On verra, après l’expérience sur semi, peut-être que mon avis changera.
Chloé Le Roch : « Après les Europe U20 2025, cela a été hard sur les réseaux »
Sur les réseaux sociaux, on nous a posé la question de ce que valait un marcheur en course à pied. Dans ton cas personnel, qu’est ce que cela donne ?
Je n’ai jamais fait de course et je suis censée en faire entre septembre et novembre, pour recommencer la saison progressivement. En pleine saison, je fais un footing par semaine. Par contre, j’adore courir et j’ai commencé l’athlétisme par la course à pied. Je pense que je vais plus vite en courant qu’en marchant, mais je ne sais pas si je passe sous les 40 minutes au 10 km. Cela se tente peut-être. Je verrai bien sur les courses que je vais faire, même si je n’aurai pas de préparation.
Je sais qu’il y a des marcheurs qui ne courent pas du tout et d’autres qui courent énormément. C’est propre à chacun. Après, je sais que sur mes sorties en course à pied, j’ai tendance à avoir des points de côté. Je n’ai pas l’habitude de courir et le temps de réapprendre. En revanche, sur mes footings en courant, je vais plus vite que sur mes endurances en marche et je me sens un peu plus fatiguée.
Depuis des années, on parle beaucoup de toi, est-ce que tu ressens une pression ? Comment gères-tu les attentes ?
Je l’ai surtout ressenti l’année dernière, après les Europe à Tampere. Hormis Marine Merbitz qui avait réussi son championnat, on était passé à côté. Les gens voient vite les contre-performances sur les Championnats, sans voir à côté les heures d’entraînement, y compris celles qui donnent l’impression d’être loupées, mais qui vont servir pour la suite.
Il y a surtout un déchaînement sur les réseaux sociaux. Surtout l’an passé après les Europe, car cette année, il y a eu beaucoup de bienveillance. Je les ai remerciés en stories ! Mais quand on se loupe, ce sont des centaines de messages. Quand je ne performe pas, j’évite d’ouvrir Twitter, qui est le pire réseau dans ces cas-là. C’est là où tu te sens le plus nul, avec les commentaires des haters. Après les Europe, c’était vraiment hard sur les réseaux. De la méchanceté qui te fait culpabiliser, déjà que la performance n’était pas bonne. C’est lourd. Heureusement qu’il y a du monde qui me suit.
C’est une pression, mais j’arrive à faire la part des choses. Je n’ai pas vraiment de souci avec cela. Je me dis que si les gens me suivent, c’est qu’ils s’intéressent à mes performances, à mes entraînements, car je poste beaucoup. Si des gens disent des choses méchantes, je n’hésite pas à les bloquer et les supprimer. J’ai parfois tendance à répondre aux messages de personnes qui me critiquent et c’est assez marrant de voir comment ils perdent d’un coup leur courage. C’est le lot du sportif de haut niveau.
Chloé Le Roch : « J’ai hâte de commencer mon BTS diététique »
Tu as commencé un BTS en diététique, c’est un domaine qui t’a toujours attiré ? Est-ce que tu appliques tes connaissances dans ton projet haut-niveau ?
Forcément, j’ai eu du mal à valider certaines matières et j’ai décidé de me réorienter en septembre. Dans une filière dans laquelle j’ai toujours été attirée et qui était mon second vœu sur Parcoursup. J’ai hâte de commencer cette filière en sachant qu’Ana Delahaie était dans ce BTS cette année. J’ai pu lui poser plein de questions sur ce qu’elle apprenait. Il y a des choses que je vais apprendre et que je vais pouvoir remettre dans ma vie de sportive. Je suis étudiante, je vis dans mon appartement.
Il faut trouver des recettes qui changent. Manger tous les jours des pâtes, c’est chiant. Cela peut me servir sur les ravitos de course ou avant et après les courses. J’ai pu avoir des contacts avec le nutritionniste de la Fédé et d’autres personnes.


