Chloé Le Roch (marche) : « J’ai eu des moments compliqués avant les Mondiaux U20 »
ATHLÉTISME – Entretien avec la jeune marcheuse Chloé Le Roch, qui a pris la 8e place des Mondiaux U20 sur 10 000 m marche au mois d’août. Alors qu’elle n’était que cadette (U18), elle s’est hissée parmi les finalistes et a explosé le record de France U20 d’une certaine Camille Moutard, le portant à 45:52.89. Elle revient sur la compétition et sa très belle année 2024, où elle s’est emparée de plusieurs records de France. Mais aussi l’entraînement tout l’été, pendant que ses amis profitaient de leurs vacances. Elle évoque la suite, sa rentrée en Terminale mais aussi comment elle a commencé la marche.
Chloé Le Roch : « On apprend beaucoup quand on part à l’étranger »
On est quelques jours après la fin des championnats du monde U20. Qu’est-ce que tu retiens de cette aventure ?
Chloé Le Roch (recordwoman de France juniors du 10000 m marche) : C’est la meilleure compétition que j’ai pu faire depuis que j’ai commencé l’athlétisme. Que ce soit au niveau de l’ambiance, qui était incroyable. Cela reste une de mes meilleures performances. Dans sa totalité, tout était parfait. Je retiens aussi ma première grande performance sur 10 000 m. Qui me rapproche de ma prochaine distance, quand je vais grandir, qui est le 20 kilomètres.
Tu as déjà porté le maillot bleu à plusieurs reprises cette année, mais cela reste ta première grande expérience internationale. Tu as beaucoup appris sur toi et le haut niveau ?
Oui, on apprend beaucoup. Sur comment gérer le stress, gérer la compétition. Il y a des chambres d’appel qu’on n’a pas forcément en France, sur de plus petites compétitions. C’est quelque chose à gérer. On est également arrivé deux semaines en avance au Pérou. Il faut gérer son alimentation, son sommeil et le décalage horaire. On apprend beaucoup sur soi, sur ce qu’il ne va pas, quand on part à l’étranger. C’est en faisant des compétitions loin de chez soi que l’on grandit en tant qu’athlète.
Chloé Le Roch : « Je ne m’attendais pas du tout à la 8e place »
Surtout que vous étiez à l’autre bout du monde.
Je pense que c’est un point qui m’a permis de performer. Le fait de me dire que je suis loin. J’avais des personnes à rendre fières, mais aussi l’envie de montrer que j’étais là, malgré ma blessure en juin. Grâce à mon coach et ma préparation, j’ai réussi à refaire surface et performer. J’étais au Pérou, avec rien à perdre et en étant une des plus jeunes. A part se donner à fond, il n’y avait rien à faire d’autre. Et je pense que cela a joué.
T’attendais-tu à terminer dans le top 8 et battre un record de France ?
La 8e place, franchement, pas du tout. Mais avant de partir, j’espérais me rapprocher du Top 12, mais au meilleur des cas. Mais en termes de chrono, je connaissais le record de France et j’espérais m’y approcher, voire le battre. J’espérais ces 46:30. Mais de là à faire moins de 46, pas du tout. Mais, deux jours avant la course, sur les réveils et activations, je sentais que j’avais de super jambes. Cela m’a mis en confiance et le jour J, je suis arrivée avec beaucoup d’adrénaline et d’envie de marcher. J’étais surprise et émue après la course, mais au fond de moi, j’espérais ces 46:30.
RECORD DE FRANCE U20 POUR LA CADETTE CHLOE LE ROCH
Elle explose de plus de 40 secondes l’ancien record de Camille Moutard et passe sous les 46 minutes (45:52.29)
Elle est 8e, alors qu’elle est cadette !
Absolument stratosphérique !!#Lima2024 pic.twitter.com/SJpbtqCfUc
— Etienne Goursaud 🇫🇷 (@EtienneGoursaud) August 30, 2024
Chloé Le Roch : « J’ai joué au chat et à la souris avec les filles devant »
Et le schéma de course est à ton avantage. Tu remontes des concurrentes et cela doit être motivant.
C’est clair. Mais je pars plus vite que prévu, car je me sentais bien. Devant, cela part très vite. Je me suis dit que je ne devais pas me fatiguer et je savais qu’elles étaient plus fortes. Je pars dans mon rythme, mais je fais un premier 1000 m en 4:30. Je continue dans l’allure, en me calant sur du 4:35. Ce qui était prévu dans le cas où j’étais très en forme. Et au fur et à mesure, j’ai vu que cela se décantait derrière et devant. Forcément, cela motive. J’ai joué au jeu du chat et de la souris. J’étais le chat et je devais rattraper toutes les filles devant. Chose que j’aime bien faire en compétition. Cela m’a motivé et aidé. Pendant la course, je ne connaissais pas ma place, mais je savais que je rattrape le groupe de fille devant. Quand j’arrive, j’ai vu le podium arriver et j’ai compris que je ne devais pas être trop loin. C’était, je pense, le bon schéma de course.
Tu te fais une entorse à la cheville au début de l’été, tu ne peux pas faire les Europe cadets, as-tu eu peur que ta saison estivale soit terminée ?
Oui. Je suis restée dans le doute jusqu’à une semaine des Europe, pour savoir si j’y allais ou non. Quand j’ai su que je n’y allais pas, j’ai eu des moments compliqués. Car avant qu’ils me proposent d’aller potentiellement aux Mondiaux, il fallait que j’attende le résultat des France jeunes, j’ai quand même vécu trois semaines compliquées et stressantes. Si je n’étais pas qualifiée pour les Monde, c’était deux ans de préparation à un grand championnat pour rien. En plus, après avoir vu les résultats aux Europe, si je n’allais pas aux Mondiaux, je sentais que j’allais déprimer tout l’été. J’ai eu une grande peur.
Grosse blessure à la cheville pour la jeune prodige de la marche Chloé Le Roch
Elle a donné des nouvelles sur son compte instagram pic.twitter.com/sY1b8z8o4O
— Etienne Goursaud 🇫🇷 (@EtienneGoursaud) June 20, 2024
Chloé Le Roch : « Mon préparateur mental m’a aidé à garder la tête froide »
Avec le recul, cette 8e place aux Mondiaux a sans doute plus de valeur que ce titre chez les cadettes.
Personnellement, je préfère avoir fait ce que j’ai fait aux Mondiaux plutôt qu’un podium aux Europe. Aux Europe, j’aurais été avec des filles de ma catégorie, que j’ai déjà quasi toutes croisées. Le fait de faire cette 8e place, sachant que je suis une des plus jeunes du Top 8, je me suis dit que dans deux ans, je peux faire un beau truc aux prochains championnats du monde. Et pourquoi pas viser la première place. Cette blessure était finalement un mal pour un bien.
Cette année 2024 est l’année révélation pour toi. Tu enchaînes des records de France. Comment as-tu fait pour garder la tête froide, notamment cet hiver ?
Après de grandes compétitions, où on bat des records, on met forcément un peu de temps à redescendre sur terre. J’étais sur mon nuage. On n’arrive jamais vraiment à croire ce qu’on vient de réaliser. Même au cœur de l’hiver, je savais que mon objectif était les 10 kilomètres, qui arrivaient alors un mois plus tard. C’étaient les échéances de la saison en plus des mondiaux. Se dire, après les records de cet hiver, que je pouvais me relâcher, que le travail était déjà à moitié fait, je n’aurais pas été prête mentalement et physiquement. C’est mon préparateur mental qui m’a aidé à garder la tête froide, rester fixé sur des objectifs principaux. J’arrive à me remettre dans le mood de l’entraînement, pour pouvoir performer.
Chloé Le Roch : « Tu as envie d’arrêter et quand tu arrêtes, tu as envie de reprendre »
J’imagine que tu dois être en coupure actuellement. Est-ce que tu es déjà tournée vers l’avenir ou tu as eu ce besoin de souffler avec l’athlétisme ?
Je suis en coupure, je reprends au début de semaine prochaine (NDLR : Interview réalisée le 17 septembre). À partir du moment où j’ai appris que j’allais à Lima et le départ au 20 août, il y a eu un mois. Et pendant ce mois, c’était compliqué. Mes amis profitaient de leur été, sortaient sans restrictions. Et moi, je devais faire attention à mon sommeil, à mon alimentation. Je m’entraînais tous les jours et je n’étais pas toujours libre. Cela commençait à être long. Mais j’étais heureuse que la saison se termine. Pour me reposer, profiter avec mes amis et manger ce que je veux, sans forcément faire attention. Mais au bout de deux semaines, j’ai déjà envie de reprendre, de revoir les amis de l’athlétisme. Tu as envie d’arrêter et quand tu arrêtes, tu as envie de reprendre.
Puis cela valait le coup…
Après la compétition, je me suis dit que j’avais eu bien raison de faire tout cela. On a la tentation de se dire qu’on peut faire sauter une endurance, qu’une en plus ou en moins, c’est la même chose. Mais quand on performe, on se dit qu’on a bien raison de ne laisser aucune séance passer. Car si j’avais loupé deux ou trois séances, j’aurais peut-être fait une ou deux places en moins.
Chloé Le Roch : « Clémence, Camille, Pauline et Ana sont des modèles »
Ton éclosion arrive au moment où la marche féminine est bien installée en France. Voire ces filles performer, cela t’aide au quotidien ?
Tu évoques les quatre (on a parlé de Clémence Beretta, Ana Delahaie, Camille Moutard et Pauline Stey), cela reste des modèles. Elles ont fait de grandes performances. Certaines ont fait les JO. Ce sont des exemples. Sur les stages partagés ensemble, je les écoute parler, je prends leurs conseils. Cela me motive et les voir aux JO, cela me motive à continuer à m’entraîner, pour arriver à leur niveau et vivre ce qu’elles ont pu vivre à Paris, mais cette fois-ci à Los Angeles ou en Australie, dans huit ans.
Et si on t’inclut parmi les juniors, ta catégorie est très performante en France. Cela doit aussi être motivant de ne pas être seule.
Franchement oui, en plus on s’entend vraiment très bien toutes les trois. Le fait de se retrouver sur des stages et des compétitions, cela me motive. On peut partager des séances ensemble. Avec Léna (Auvray, qui était aussi à Lima), on habite à une heure l’une de l’autre. On risque de se retrouver ensemble cet hiver, pour partager diverses séances. Quand il pleut ou qu’il vente, ce n’est pas rigolo d’être toute seule.
La marche s’est popularisée en France depuis 20 ans. Vous arrivez « au bon moment ».
Oui. La marche est de plus en plus médiatisée. On est de plus en plus mis en valeur. Quand on fait une compétition, on est toujours content de recevoir des photos. Avoir des appels de journalistes. Cela nous permet d’être mis en avant, d’être suivis sur les réseaux. C’est important, pour aller chercher des partenaires.
Chloé Le Roch : « J’ai besoin de dormir neuf heures par nuit »
Tu es rentrée en Terminale. Comment fais-tu pour conjuguer ton quotidien d’athlète et celui de lycéenne ? Est-ce que tu as des aménagements d’emploi du temps ?
Pour le moment, c’est un emploi du temps classique, mais qui n’est pas si mal que cela. Je termine assez tôt, ce qui me permet d’aller à l’entraînement. Je pourrai mettre en place un aménagement, car le lycée et mes professeurs sont totalement ouverts. Et me soutiennent dans mon projet sportif. Pour le moment, je n’en ai pas besoin. Peut-être à partir du milieu d’année, quand les entraînements vont commencer à s’intensifier. Pour que je puisse dormir un peu plus longtemps. Parce que j’ai besoin d’au moins neuf heures de sommeil. Chose que j’arrive plutôt bien à gérer, car je suis plutôt organisée. J’arrive à travailler, aller à l’entraînement, revenir le soir sans me coucher trop tard. L’an prochain, ce sera une tout autre organisation, quand j’entrerai à la fac. Mais je ne me fais pas de souci.
À ce propos, de plus en plus d’athlètes mènent des double-projets. Tu vois ton avenir comment, niveau études ?
J’ai plusieurs idées. Mais la principale reste d’aller en Fac de Chimie à Nantes. Après, je sais que ce sont des études compliquées. Si j’ai des soucis et que cela reste trop compliqué, j’aime beaucoup tout ce qui est nutrition et diététique. Mais je suis également passionnée par l’automobile. Ce sont deux voies qui peuvent me plaire et je suis assez ouverte sur cela.
Tu as pris des contacts avec des athlètes plus âgés, qui mènent un double projet ?
Les autres athlètes de l’équipe de France U20, Bastien Picart, Quentin Chenuet et Léna Auvray, sont entrés à la fac. Quentin est déjà en deuxième année. Ils ont des aménagements mis en place, pour dédoubler des années. Étaler une année en deux ans. Pour s’entraîner tous les jours. Ils n’ont pas encore demandé ces aménagements et s’en débrouillent bien.
Chloé Le Roch : « J’ai une grande admiration pour les cyclistes professionnels »
Qu’est-ce qui t’a amené à l’athlétisme et à la marche ?
J’ai commencé par la danse, en étant toute petite. Un sport qui ne me plaisait pas, car je ne bougeais pas assez. Vu que j’étais sur Dinart, je me suis dit : « Pourquoi ne pas tester l’athlétisme ? ». Je n’ai jamais arrêté. J’ai commencé à cinq ans, donc j’ai 12 ans d’athlétisme derrière moi, cela fait beaucoup (rires). Pour la marche, ils ont organisé un stage de découverte pour les petits. Vu que j’aimais bien toucher à tout, je me suis dit pourquoi pas.
J’étais en Benjamine deuxième année. Avec Axel (Gaborit), qui est encore mon coach aujourd’hui, ils sont venus à Saint-Malo faire une séance de découverte. J’y suis allée. Il revenait tous les mois, donc j’avais une séance par mois avec lui. J’ai fait ma première compétition sur un 1 000 m. Et c’est là qu’ils ont vu que j’avais potentiellement du talent. Quand tu es petite et que tu commences à gagner tes premières médailles dans une discipline, forcément, tu continues. C’est comme cela que j’ai continué. Et j’ai intensifié les entraînements.
J’ai également vu que tu faisais pas mal de vélo. C’est une passion ou cela entre dans ta préparation ?
Je dirai les deux. C’est intégré à certaines périodes de l’année. Quand il faut que je travaille le foncier et faire des kilomètres. Mais c’est un sport que je kiffe. J’adore faire des sorties de plusieurs heures. J’avais le choix entre vélo et natation, mais le choix a été vite fait. Je n’aime pas trop la natation et je ne me débrouille pas trop bien. J’ai aussi une grande admiration pour les cyclistes professionnels. Le vélo, c’est très qualitatif dans la préparation.





Rozé
26 septembre 2024 à 11h50
bravo Chloé!
voilà une interview fort complète.
ce qui me manque , ce sont tes qualités de personnalité qui te permettent d’être et de devenir ce que tu Es.
Dans la joie er dans la paix , je te souhaite le meilleur Chloé !