Claude Puel : « La séparation fait partie du métier d’entraîneur »
FOOTBALL – Laurent Blanc n’aura donc pas passé la trêve internationale. Limogé ce mardi, il a été remplacé par Jean-François Vulliez, qui assure l’intérim, en attendant l’arrivée de Fabio Grosso. L’ancien champion du monde 1998 n’aura donc tenu que quatre journées de championnat à la tête de l’OL et il est le premier entraîneur à être démis de ses fonctions cette saison. La saison dernière, ils avaient été quatorze à être remplacés au cours de la saison. Claude Puel, passé par la tête de sept clubs en France et en Angleterre, revient sur ce métier et ce moment qu’est la séparation.
Au cours de votre carrière d’entraîneur, vous avez changé de club à de multiples reprises. Comment vit-on ces changements qui sont parfois brutaux, qui peuvent arriver presque d’un jour à l’autre ?
J’ai fait deux ans à Monaco, puis six ans à Lille, trois ans à Lyon, quatre à Nice. Ensuite, je suis parti en Angleterre (un an à Southampton et deux à Leicester) et à Saint-Etienne (deux ans). Donc, je suis un entraîneur qui n’a pas trop bougé. Vu le passage écourté de certains entraîneurs dans des clubs, je n’ai pas à me plaindre.
La séparation, la sent-on venir ? Comme avec des discussions avec le président ?
Non, pas forcément. La carrière d’entraîneur, par essence, on donne tout, parce que l’on est salarié du club. On donne tout pour le club et pour les joueurs, ça a toujours été ma philosophie. Quand tu arrives à une séparation, quelques fois, elle est du gré de l’entraîneur, d’autres fois non. Mais ça fait partie du métier d’entraîneur.
C’était une période difficile à Lyon. De nombreux joueurs venaient de disputer la Coupe du monde (2010, en Afrique du Sud) et n’étaient pas prêts pour reprendre le championnat. Et puis de là a découlé une mésentente avec des supporters…
Est-on parfois soutenu par les joueurs, même si on n’a pas forcément le soutien des supporters ?
Oui, bien sûr. On doit toujours avoir de bonnes relations avec les joueurs parce qu’encore une fois, on travaille avec les joueurs pour les faire progresser, et ce, à n’importe quel âge. Il n’y a pas de problème, bien au contraire.
Quatorze entraîneurs ont été limogés la saison précédente en Ligue 1. Change-t-on trop rapidement d’entraîneur sans leur laisser le temps de mettre en place leur plan de jeu ?
Oui, il y a une évolution et de plus en plus d’entraîneurs sont des pions et pas simplement des fusibles. Beaucoup d’entraîneurs n’ont plus guère de responsabilités au sein de leur club. Moi, j’ai eu le privilège d’enrober le rôle d’entraîneur et de directeur sportif toute ma carrière. J’avais tout le côté sportif du club sous ma responsabilité, mais cela devient rare. Je ne pense pas qu’un entraîneur possède autant de responsabilités aujourd’hui. Les entraîneurs veulent entraîner et veulent durer, donc ils sont prêts à faire, à mon goût, peut-être un peu trop de concessions et minorer leurs responsabilités, ce qui fait qu’ils ne choisissent pas leurs joueurs, ni leur staff. Mais quand il y a un mauvais résultat, alors ils en pâtissent. Pourtant, ce n’est pas eux qui ont pris la décision. Mais quelque part, ils ont accepté aussi d’avoir moins de responsabilités et donc d’être un pion.

C’est ce que faisait le Paris Saint-Germain ces dernières saisons.
Paris, c’est un autre domaine. Chaque club est différent. Le PSG a recruté de superbes joueurs, mais qui n’étaient pas toujours complémentaires ou qui arrivaient en fin une carrière. Et ça ne fait pas tout. Il faut des joueurs qui fassent une équipe… et une équipe, c’est une alchimie, une complémentarité de joueurs. Certains sont talentueux, d’autres travaillent un peu plus. Pour l’équilibre de l’équipe, tout doit être pensé. Les joueurs en fin de carrière ont du mal à tenir du rythme et de l’intensité, mais il en faut pour la Ligue des Champions, parce que ce sont les meilleures équipes d’Europe, voire du monde. Cette année, Paris a l’air d’avoir pris le bon chemin.
Thierry Henry vient d’être placé à la tête des Bleuets. Didier Deschamps est le sélectionneur de l’équipe de France A, Zinedine Zidane a montré ses capacités d’entraîneur au Real Madrid. Vous aussi avez été joueur avant d’entraîner. Est-ce un avantage ou une difficulté supplémentaire ?
Ce n’est pas une difficulté, au contraire. Un joueur qui a eu une carrière internationale a beaucoup plus de possibilités d’intégrer une équipe nationale comme la France ou un bon club. Après, ça ne garantit rien. Il a peut-être le privilège d’avoir une renommée, mais derrière, il faut assumer. Souvent, des grands joueurs ont un certain ego et étaient habitués à n’avoir que des louanges. Pendant six mois, on se rappelle du grand joueur, mais si les résultats ne suivent plus, l’ancien grand joueur est remis en question. Et ça, ça fait mal. Celui qui arrive à avoir cette humilité de se remettre en question, de penser que sa carrière de joueur est derrière lui et que maintenant, c’est une tout autre carrière qui débute, et arrivera à faire quelque chose de bien en club ou en sélection.
Aujourd’hui, est-ce qu’il y a un entraîneur que vous voyez meilleur que les autres ?
J’aime bien Pep Guardiola (l’entraîneur de Manchester City), parce que c’est un entraîneur qui se remet constamment en question et qui arrive à adapter son jeu pour que son équipe reste prépondérante. Beaucoup d’entraîneurs essayent de contrer les adversaires et de les faire déjouer. Moi, j’aime bien cette faculté qu’a Guardiola d’imposer son jeu, quels que soient, les équipes, les systèmes et la tactique en face. Là-dessus, il a été extraordinaire jusque-là et pour moi, c’est le plus grand entraîneur contemporain.
Vous avez passé l’entièreté de votre carrière de joueur à Monaco où vous avez également entamé votre carrière d’entraîneur. Quel lien avez-vous avec le club aujourd’hui ?
Je vais de temps en temps aux matchs, car le club me permet d’assister aux rencontres quand je le souhaite. Mais le club a beaucoup changé au niveau de l’organigramme, des secrétaires et de tous les salariés du club. Il doit y avoir encore deux ou trois personnes qui étaient déjà là lors de ma présence (Il a quitté le club de la principauté en 2001).
Monaco fait plutôt un bon début de saison, une première place avec trois victoires et un nul. Cela doit vous ravir.
Oui, bien sûr. Je reste évidemment supporter de Monaco, car on ne reste pas toute son adolescence et sa carrière de joueur et même ses débuts de carrière d’entraîneur dans le club sans qu’on y soit attaché.
Toujours à propos de Monaco : à quoi s’attendre cette saison ?
On verra dans les prochaines semaines. C’est un championnat qui est pour le moment un petit peu indécis. Paris est très au-dessus avec un recrutement, que je dirais, pour une fois solide. Et puis, après, il y a pas mal d’équipes. Monaco a bien débuté, mais Rennes a un très bon effectif aussi malgré un retard à l’allumage. Je pense que ça ne s’est pas décanté encore. Selon moi, le championnat n’est pas vraiment lancé, mais c’est bien de débuter comme le fait Monaco.


