Clémence Beretta : « Faire les minima olympiques »
ATHLÉTISME – Clémence Beretta dispute ce dimanche le championnat d’Europe par équipes de marche. La marcheuse française y va avec plusieurs ambitions. Décrocher une médaille individuelle et collective sur le 20 km marche. Et profiter de l’évènement, pour réaliser les minima en vue des championnats du monde de Budapest et des JO de Paris, qui sont de 1h29:20. À la veille de la compétition, la Vosgienne s’est confiée. Clémence Beretta nous parle de son évolution et de ce qu’elle a mis en place pour viser les sommets.
Clémence Beretta : « J’ai coché cette compétition »
Comment abordes-tu cette compétition ?
Clémence Beretta : La stratégie est de partir devant sans trop se poser de questions. Qui dit être devant dit un gros chrono au bout. J’y vais pour les minima olympiques (NDLR : les mêmes que les Mondiaux, 1h29:20). Je veux être avec les filles devant. Et même, si cela part trop lentement, ne pas hésiter à relancer l’allure et prendre des relais. Il faut que je sois décomplexée, car j’ai ma place avec les meilleures européennes. Je n’ai pas à rougir et à me poser trop de questions. Et accepter d’appartenir aux filles qui vont marcher devant. Je veux battre mon record et faire un chrono. Et vu que c’est une compétition par équipes, faire aussi une course intelligente et ne pas être trop égoïste. Car il peut y avoir une médaille collective au bout.
Du coup, tu préfères faire les minima olympiques et être 5e, ou gagner sans ?
(Elle rit). Je pense que c’est impossible de faire les minima olympiques et ne pas être sur le podium. Je pourrais me dire que ce n’est pas grave pour les minima, que je pourrais me qualifier pour les Mondiaux, cet été avec le ranking, car je suis bien positionnée. Me dire que j’ai encore une saison pour faire les minima olympiques. En soi, si on est pragmatiques, ce n’est pas dramatique de ne pas les faire dimanche. Mais, je mets la barre très haut et je suis exigeante avec moi-même. J’ai coché cet objectif et ce serait pour moi un échec de ne pas réussir. Car on a travaillé ces six derniers mois, en cochant cette compétition. Ce serait décevant puisque je suis prête.
« Les entraînements n’ont rien à voir avec la saison passée »
Tu fais un début de saison canon, avec trois courses et trois records de France. Penses-tu avoir franchi un cap ?
En 2022, il fallait passer un cap. Pour faire des gros chronos. Cela s’est fait aux Europe à Munich. 2023 est l’année où je devais reconfirmer mon statut. Il faut que je fasse plus. La première étape, c’était cool. Mais je veux viser plus grand et pas me contenter de marcher en 1h30. C’est encore une autre dimension. J’ai des objectifs de médailles internationales dans le futur. Et c’est tout un processus qui change. Entre se dire être de haut-niveau et s’entraîner pour faire des médailles. Et cela se ressent dans l’entraînement. Physiquement, entre 2022 et 2023. En 2022, je m’entraînais 9/10 fois par semaine grand max et pas toute l’année. Cette année, je m’entraîne tout le temps douze fois par semaine. Et les entraînements n’ont rien à voir avec la saison passée.
Il va falloir que tu sois au sommet de ta forme dimanche, mais d’un autre côté la saison est très longue. Comment vas-tu gérer cela ?
Je me suis entraînée dur, mais il est vrai que les derniers jours étaient très compliqués. Mon corps était un peu KO et ce n’était pas beau à voir (rires). Mais la préparation a été longue et bonne. Je n’ai pas pu passer les dernières séances. Mais cela veut dire qu’on a beaucoup travaillé. Et on a remis de la fraîcheur sur les derniers jours, pour que je sois prête dimanche. Après la course, je vais faire une semaine sans aucun entraînement. Car il faut repartir sur un cycle de trois mois, qui se termine lors des championnats du monde. C’était impossible d’enchaîner sans coupure, sinon, on allait droit dans le mur.
🇫🇷 Nouveau record de France du 3000m marche pour Clémence Beretta 🤩
12:15.89 💥 pic.twitter.com/Xp0C69JIAa
— SPORTRICOLORE (@sportricolore) May 11, 2023
Clémence Beretta : « Une fierté de me dire que je suis dans une discipline avec beaucoup de densité en France »
Aujourd’hui, te sens-tu capable de marcher avec les meilleures mondiales ?
J’ai fait un gros travail mental pour être capable de marcher avec les meilleures européennes. Et je sais que je suis prête pour dimanche. Pour être proche d’un podium. Mais j’ai encore un peu de mal à me projeter au niveau mondial. Ce sera le cap à intégrer dans la préparation mentale, dans les prochaines semaines. À partir de juin-juillet-août. Mais je dois d’abord confirmer dimanche. Et si c’est confirmé, avec un gros chrono, cela aura du sens de bosser pour appartenir aux meilleures mondiales. Mais il ne faut pas griller des étapes.
L’équipe de France arrive en République Tchèque bien armée. Avoir des filles qui sont fortes derrière toi. Cela aide ?
C’est un gros plus et une fierté de se dire que j’appartiens à une discipline qui connait une vraie densité. Si cela se passe bien, on peut faire podium ce dimanche. Il n’y a aucune raison que cela ne marche pas. C’est assez excitant de se dire qu’on est trois ou quatre. C’est du bonus. Cela apporte au niveau cohésion.
« Le talent est une sorte de mythe, mais tu ne deviens pas un champion juste avec le talent »
Même si tu es jeune, tu es un peu l’ancienne de cette équipe.
(Elle rit) Je suis passée par la crise des 25 ans en décembre dernier et je n’en suis pas ressortie indemne (elle rit de nouveau). Mine de rien, c’est un cap les 25 ans, même si je fais un sport d’endurance et que j’ai du temps devant moi. Mais, chez les femmes, je suis la doyenne. Mais je suis quand même une jeune doyenne (rires). C’est tout de même beaucoup de fierté. Il y a une fille, sur 10 km, ce sera sa première sélection. Je suis aussi passée par là, car ma première sélection en bleu, j’étais junior. C’était lors d’une Coupe du monde. J’ai pu évoluer physiquement, par mon travail. Je n’ai jamais été surdouée et je n’ai jamais été en dessous des 49 minutes en junior.
Je suis l’athlète qui n’avait pas tant de potentiel que cela, personne n’aurait mis un kopeck sur moi en jeunes. C’est la transmission que je veux donner. Il ne faut pas avoir de complexes. Le talent est un joli mot, mais surtout un mythe. Ce n’est pas le talent qui vous fait devenir un champion. Encore plus sur des distances comme les nôtres, très techniques et très longues. Je suis fière de mon parcours et fière de me dire que j’ai été à la place de ces jeunes. Sans expérience et en ne marchant pas vite. Aujourd’hui, je fais 1h30 sur 20 kilomètres et je vais essayer de viser 1h29. C’est une belle histoire.
Te sens-tu leader de cette équipe ?
Il ne faut pas de fausse modestie et assumer son statut. Je me sens comme la leader, mais je le vois comme une fierté. Je suis là pour diffuser un discours positif à l’équipe.
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