Nous suivre

Portraits

Coline Mattel, le rêve olympique

Publié

le

Lors des Jeux Olympiques de Sotchi en 2014, la jeune Coline Mattel (18 ans à l’époque) avait été la bonne surprise de la délégation française en remportant une magnifique médaille de Bronze dans la discipline du saut à ski, qui faisait ses débuts dans le programme olympique. Nous l’avons rencontrée à quelques mois de l’échéance coréenne afin de mieux la connaître et parler de ses objectifs.

Bio Coline Mattel

Née le 03/11/95 à Sallanches (74)

Sauteuse à Ski

Club et Sponsor : Les Contamines Montjoie

Palmarès

Jeux Olympiques : Bronze (2014)

Championnat du Monde Sénior : Bronze (2011)

Épreuves de Coupe du monde : 2 victoires

Championnat du monde Junior individuel : Or (2011), Argent (2010 et 2014) et Bronze (2009)

Championnat du monde Junior par équipe : Argent (2013) et Bronze (2014)

Facebook

Twitter

Instagram

Bonjour Coline. Comment en es-tu venue à pratiquer le saut à ski ?

J’ai commencé à 7 ans alors que je ne connaissais pas du tout ce sport. Quand j’étais petite, il n’y avait pas encore de tremplin chez moi aux Contamines Montjoie. Comme tous les enfants, je faisais du ski alpin et j’étais au ski club. Lors de la préparation physique d’été, mon entraîneur m’a emmenée avec le ski club sur un tremplin de saut pour varier un petit peu l’entraînement et découvrir une autre discipline. C’est comme ça que j’ai découvert ce sport, et cela m’a tout de suite plu. Du coup, l’hiver suivant, je me suis inscrite en saut à ski et j’ai fini par arrêter le ski alpin et le ski de fond.

Et qu’est-ce qui te plaît dans le saut à ski ? Car c’est un sport un peu atypique et confidentiel en France.

Justement, c’est ce côté-là, ce sport qui sort un peu de l’ordinaire et qui me plaît. Et qu’on soit débutant ou expérimenté, c’est un sport avec des sensations et j’ai toujours aimé les sensations fortes. Et cette émotion de glisser et de voler, je ne l’ai jamais retrouvée ailleurs et c’est une pure drogue dont il est difficile de se défaire.

Comme tu es arrivée sur le tard, as-tu des « idoles » ou des sauteurs que tu as pu suivre un petit peu à la télé ou autre depuis que tu as commencé ?

Mes parents n’avaient pas la télé, donc j’ai découvert ce sport et les compétitions internationales sur le tard. J’ai découvert les Coupes du Monde, ou les Jeux Olympiques après quelques années de pratique. Je me suis rendue compte que c’était un vrai sport et pas seulement un entraînement supplémentaire de la part de mon coach pour travailler l’été. Et du coup, j’ai jamais grandi avec un athlète phare ou une idole qui pourrait être un modèle. Quand j’étais plus jeune, vers 10-12 ans, j’ai découvert un peu plus le saut à ski, et le monde du saut à ski, j’étais assez fan du sauteur finlandais Janne Ahonen qui a été le premier à voler à 240m et qui a eu une belle carrière et un beau palmarès (2 médailles d’argent olympiques, 5 titres de champion du monde et 2 globes de Coupe du Monde). J’étais assez fan de lui.

En France, le saut à ski est plutôt connu grâce au combiné nordique et nos champions Olympiques Fabrice Guy (1992) et Jason Lamy-Chappuis (2010). As-tu eu l’occasion de travailler, ou au moins échanger, avec eux ?

J’ai beaucoup entendu parler d’eux. En effet, mon entraîneur en équipe de France, entre 10 et 11 ans, était Jacques Guillard. Il était le coach de Fabrice Guy et Sylvain Guillaume lors des JO d’Albertville en 1992 où ils ont fait un doublé. Et du coup, je les ai rencontrés et je les connais assez bien d’ailleurs. Ce sont deux mecs qui sont bien sympas. J’ai eu l’occasion de discuter et échanger à deux ou trois reprises avec Sylvain, c’est toujours intéressant de pouvoir échanger avec un sportif comme lui.

Une petite parenthèse sur le retour à la compétition de Jason Lamy-Chappuis qui vise une qualification olympique. Tu en penses quoi ?

Je trouve que c’est chouette ! Jason est un bon modèle pour nous en équipe de France. Il a mental de dingue et une super approche de la compétition. Il arrive à être sérieux et concentré au boulot tout en étant zen et détendu. C’est vraiment une bonne chose pour toute l’équipe. J’espère qu’il atteindra ses objectifs.

Ces dernières saisons ont été compliquées vis-à-vis de tes résultats. Tu as eu du mal à confirmer ta médaille olympique. J’ai appris que tu avais une structure privée, en marge de la fédération. Comment fonctionne-t-elle? Quelles différences vois-tu avec le groupe bleu ?

C’est une décision qu’on a pris au printemps dernier avec la fédération. En effet, j’étais un petit peu au creux de la vague depuis les Jeux Olympiques, et je n’ai jamais vraiment réussi à revenir. Du coup, on a fait ce choix pour l’année olympique, parce qu’il était temps de changer quelque chose. Dans le cadre de l’équipe de France avec toutes les autres filles, c’était compliqué de tout personnaliser que ce soit l’entraînement, l’approche ou tous les aspects d’une vie de sportive juste pour moi. Donc effectivement, maintenant je m’entraîne dans une équipe privée constituée d’une Italienne, Evelyn Insam et d’une Finlandaise, Julia Kykkänen. La plupart du temps, on s’entraîne Evelyn et moi en France avec Julien Eybert-Guillon, qui était l’entraîneur de Jason à Vancouver lors de son titre de champion olympique. Et quand on est en stage ou en compétition, on se retrouve tous ensemble avec Julia et son coach personnel. En tout cas, ça me convient effectivement bien et ça correspond au besoin que j’ai. Déjà, changer radicalement d’environnement, d’atmosphère, la préparation, le suivi de l’entraînement physique, du saut et des à-côtés, c’est beaucoup plus personnalisé.

Par exemple, Evelyn et moi, on n’a pas du tout le même profil que ce soit physiquement ou techniquement, et on n’a pas non plus les mêmes problématiques. On peut plus facilement adapter lorsqu’il y a deux personnes plutôt que dans un grand groupe. Et puis dans cette collaboration, il y a un côté détente, fun, qui me manquait et que je n’arrivais pas à trouver les années précédentes dans le cadre de l’équipe de France. Là, quand on est au boulot, à l’entraînement, on bosse, mais à côté de cela, il y a une vraie notion de plaisir et je retrouve des sensations et du plaisir que je n’avais pas pris depuis un long moment sur les skis. Et ça, mine de rien, c’est hyper important.

La saison n’a pas encore repris mais visiblement, tu te sens mieux. Quels sont tes objectifs de l’année ? Les Jeux, des podiums en Coupe du Monde ?

J’ai fait quelques compétitions cet été, mais elles ne se sont pas bien passées car j’étais en retard dans ma préparation et il restait beaucoup de boulot pour être au top en juillet-août. On va enfin faire les premiers sur la neige, j’ai hâte. En tout cas, mon état d’esprit n’a rien à voir avec les années précédentes. Le plus délicat va être de regagner de la confiance et le mental en compétition car ils sont un peu en berne. Mais je suis convaincue que la saison va bien se passer pour moi. Je fais tout pour en tout cas. Et bien sûr, les Jeux Olympiques sont le gros objectif de l’année. J’ai fait des choix pour y arriver, j’ai pris des risques et j’espère qu’ils seront payants. Mais avant de penser aux Jeux Olympiques, il faudra que je performe en Coupe du Monde, car il ne s’agira pas de voler comme un avion à deux semaines des Jeux si je n’ai rien fait avant, le train sera passé. Donc si ça passe par des podiums, je signe des deux mains. En France, on est huit filles pour quatre places. J’ai confiance en moi pour être dans les quatre, mais je n’ai pas vu les autres sauter, donc je ne connais pas leur niveau. Il faudra ne rien laisser au hasard pour revivre les Jeux Olympiques.

As-tu déjà testé le tremplin des Jeux Olympiques 2018 ?

Oui, on y est allées avec une autre Française l’an dernier pour une Coupe du Monde. L’épreuve ne s’est pas très bien passée pour moi car je n’étais pas dans les meilleures dispositions la saison dernière. Donc impossible pour moi de dire si le tremplin est bien ou pas, j’ai vraiment sauté comme une chaise (rires). Mais il y a un truc que l’on a remarqué l’an dernier, c’est qu’il est difficile à cause des conditions de vent. Il est presque au sommet de la montagne et le vent souffle assez fort dans plusieurs directions. On a rarement vu un tremplin où le vent influe autant sur les performances. Donc ça sera quelque chose à regarder et sur lequel il faudra être vigilant pendant les Jeux. J’espère que ça ne sera pas aussi fort que l’an dernier, parce que c’est dommage de faire un très bon saut et de passer à côté d’un top 10 ou d’une médaille à cause des conditions météorologiques.

Mais du coup, tu as un peu d’expérience malgré tout. Cela peut-il te servir pour les Jeux ?

Oui, tout à fait. Et puis, se sentir à l’aise avec l’environnement, de savoir vers quel côté il faut que je parte pour aller m’échauffer, ce sont des choses qui viennent vite et c’est pas dramatique si on ne connaît pas le tremplin. Mais j’aime bien avoir un peu mes repères, donc les informations pourront me servir pour être à l’aise plus rapidement.

Dans ta carrière, tu as deux faits marquants : un titre de championne du monde junior et la médaille olympique. Quel est ton meilleur souvenir ?

Je n’ai pas une très bonne mémoire et les Championnats du Monde junior, ça remonte un petit peu (2011). Du coup je dirais les Jeux. Je garde de très bons souvenirs de tous mes Championnats du Monde et de toutes mes médailles en junior mais les Jeux Olympiques, c’est autre chose, c’est à part, sans comparaison possible.

Tu as donc hâte de revivre cette expérience ?

Oui, carrément. Et puis, mis à part le côté résultat ou médaille qu’elle soit en bronze, en argent ou en or, si j’arrive aux Jeux en étant prête, préparée sachant que j’ai fait mon maximum pendant la préparation, là je pourrais vivre mes Jeux à bloc et en profiter. Mais là, j’ai hâte de me retrouver aux Jeux avec le dossard sur le dos en sachant que ça y est, maintenant on y va.

Tu as actuellement 22 ans. Tu es à la fac ou tu travailles ? Comment gères-tu ton quotidien entre les entraînements et ta vie personnelle ?

Je suis à la fac à Grenoble, en 3ème année de Licence d’Arts du Spectacle et je bénéficie de l’aménagement de sportif de haut niveau. Du coup, j’en suis à ma cinquième année d’étude et j’entame ma seconde L3. C’est plus long que le cursus classique mais je gère mon emploi du temps en fonction de mon état d’esprit. Par exemple, il m’arrive d’avoir du temps libre chez moi mais j’ai pas la tête à aller en cours alors que parfois, j’ai besoin de changer d’air et de souffler donc je vais à l’école. Je fais deux heures par ci, deux heure par là et j’avance à mon rythme.

L’objectif est d’obtenir ma licence l’année prochaine car cette année va encore être bien chargée. En tout cas, c’est super de bénéficier de cet aménagement car les enseignants sont super compréhensifs et prêts à m’aider après les cours, pour organiser des sessions de cours particuliers et de rattrapages. Et ça me permet de pouvoir couper quand j’en ai besoin et d’avoir un à-côté. Je ne voulais pas arrêter complètement les études pendant ma carrière, pour garder un pied dans le milieu universitaire et pouvoir y retourner plus sérieusement après ma carrière de sportive.

As-tu déjà des idées de reconversion ?

J’ai plusieurs idées et beaucoup d’envies. Une chose est sûre, avant de parler de travailler ou de métier, j’ai envie de voyager, de prendre de très longues vacances autour du monde et ça ne sera pas négociable (rires). C’est sûr qu’en tant que sportif de haut niveau, je voyage beaucoup et ça me donne des envies. Il n‘est pas rare que je me dise : « ah non, là je resterai bien quelques jours de plus pour visiter ». Sinon, en terme d’études ou de métier, j’ai toujours été passionnée par le théâtre et mon projet en entrant à la fac était de devenir comédienne. La licence en Arts du spectacle n’est pas une formation théâtrale et il faudra que je passe par une école si je veux vraiment en faire mon métier, et ça sera de plus en plus compliqué. Plus le temps passe, plus c’est difficile. On a moins de chance de rentrer au conservatoire quand on a 25-26 ans. Mais en tout cas, c’est un projet. Je sais pas comment ça va se faire, mais je le garde dans un coin de la tête. Et puis, après la licence, j’ai envie de partir vers une école de journalisme. Je suis donc sereine par rapport à mon avenir professionnel.

Et devenir entraîneur, cela t’intéresserait ?

Pas spécialement. Je ne dis pas que ça ne m’arrivera pas d’aller au tremplin des Contamines pour faire des séances d’entrainement avec les jeunes, mais ce n’est pas quelque chose qui me donne envie, même s’il ne faut jamais dire jamais.

Damien Meunier


Journaliste/rédacteur depuis décembre 2016 - Amateur professionnel de sport, d’abord le football, j’aurais pu en faire mon métier. Mais bon, vous savez les … non, pas les croisés, ils vont bien eux. Juste un manque de talent, de technique et de niveau surtout. Mais cette passion est ancrée en moi telle la pomme dans la tarte tatin. Le côté suiveur/supporter est évidemment important au quotidien, que ce soit un soir de juillet 1998 en banlieue lyonnaise ou de juillet 2018 à Montréal. Car oui, depuis ma France natale, j’ai migré outre-Atlantique, au pays des caribous. Là, le football se joue à la main et non au pied. Et surtout, la religion sportive est plutôt froide et se joue avec une crosse. Non, ce n’est pas le curling ni le Lacrosse, encore que, mais le hockey sur glace. Une autre vision, une autre culture. On troque les crudités devant la télé pour une poutine et on s’installe avec notre chandail pour suivre cela. Et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, ou la vitesse d’un slap shot de McDavid ou un arrêt de la mitaine de Price, j’écris sur de l’actualité par ici mais aussi le sport féminin, pas assez mis en avant.

Clique pour commenter

Poster un Commentaire

avatar
  S'abonner  
Me notifier des

Fil Info

Actus à la une