Cyril Burdet : « Gagner en régularité va être au cœur du projet sportif »
BIATHLON – Après huit années avec l’équipe de France de sprint en ski de fond, Cyril Burdet a tourné la page et va entamer un nouveau chapitre de sa carrière de coach. Retour sur une dernière saison exceptionnelle avec les fondeurs et projection sur la suite avec l’équipe de France féminine de biathlon, qu’il retrouvera dans quelques semaines pour entamer la préparation de la prochaine saison.
Cyril, tu as vécu une dernière saison exceptionnelle avec le groupe sprint en fond, peux-tu nous la raconter ?
Je l’ai vécue de manière extrêmement intense du début à la fin. Cela a été une saison très dense, avec des résultats du début de saison jusqu’à la fin. Richard Jouve a été présent dès le départ avec une première quatrième place pour la reprise, mais avec un niveau de ski déjà excellent. Ensuite, on a fait pas moins de 10 podiums en huit courses de Coupe du monde, 5 pour Lucas Chanavat et 5 pour Richard Jouve. Et puis la fin de saison, deux victoires en classique et le petit globe, le scénario a été assez incroyable. On contraste tout ce positif avec l’énorme désillusion et déception des JO qui étaient un objectif affiché en début de saison. On visait cela depuis huit ans, et ça ne s’est pas du tout déroulé comme prévu, mais c’est aussi ça la magie du sport, vivre des émotions aussi contrastées en si peu de temps.
Et justement, comment as-tu réussi à remobiliser tout le monde après les Jeux Olympiques ?
C’est là que j’ai vraiment réussi à me rendre compte que ce groupe avait atteint sa maturité, et qu’il n’avait plus forcément besoin de moi, car les réactions qu’ils ont eues après les Jeux, elles viennent d’eux-mêmes. On a forcément beaucoup parlé de la déception sur place, on a essayé de se remobiliser pour le Team Sprint, mais ça a aussi été compliqué, car il y a fallu faire des choix de composition, avec de la déception pour Lucas Chanavat. Mais ensuite, on en a presque pas parlé, et on voit que Lucas va rivaliser Klaebo sur le sprint suivant, que Richard réagit aussi tout de suite pour finir en trombe. Là, je me suis vraiment dit qu’ils étaient à maturité et qu’ils étaient capables de surmonter ces difficultés seuls. Moi, j’ai juste essayé de leur dire de rester focalisés sur leur niveau de performance, car pour moi, les JO, c’est plus un manque de réussite qu’un problème de niveau.
Aujourd’hui, on a des tops athlètes mondiaux, mais a-t-on aussi une relève pour le moyen terme ?
Oui, et cela a aussi pesé dans ma décision d’arrêter, avec le sentiment de laisser une équipe saine. Il y a deux tops athlètes après Richard Jouve et Lucas Chanavat, des cadres comme Renaud Jay et Arnaud Chautemps qui s’affirment au niveau Coupe du monde mais aussi des jeunes comme Théo Schely ou Jules Chappaz. Ils ont encore tout à apprendre, mais ils réalisent déjà des demi-finales en Coupe du monde. Je sais que celui ou celle qui prendra la suite aura vraiment une belle équipe, avec des athlètes pour le présent et pour l’avenir.
Pourquoi avoir décidé de quitter ton poste avec le sprint ? Avais-tu déjà la proposition du biathlon à ce moment-là ?
Non, je n’avais pas de plan en tête quand j’ai arrêté, aucune projection professionnelle à ce moment-là. Comme je l’ai déjà dit, j’ai décidé d’arrêter, car j’ai le sentiment d’avoir réalisé ma mission. Quand j’ai attaqué il y a huit ans, l’objectif était vraiment de construire une équipe qui faisait partie des meilleures mondiales, avec des grosses performances au plus haut niveau. Aujourd’hui, c’est devenu une réalité. Huit ans de travail à ce niveau-là, ça laisse des traces, il y a une forme d’usure qui s’installe, et je ne voulais pas devenir un frein pour les athlètes. Soit par lassitude, ou à cause de discours qui pourraient s’essouffler. J’ai préféré arrêter maintenant plutôt que de faire la ou les saisons de trop.
Pour être franc, quand j’ai pris la décision d’arrêter, je me demandais si j’allais continuer à entraîner, parce que l’air de rien, les deux dernières années sous Covid ont vraiment été usantes pour le staff au niveau mental. C’était très compliqué de travailler à l’international et encore aujourd’hui, je sens que je ne suis pas totalement remis, aussi bien physiquement que mentalement. Quand Stéphane Bouthiaux m’a parlé de prendre le poste de Fred Jean, j’ai eu besoin d’un moment de réflexion avant de m’engager.
Sprint classique de Falun : Richard Jouve remporte le petit globe de la discipline !
Comment abordes-tu ce nouveau challenge ? Et avec quelles ambitions ?
C’est un nouveau challenge et une très belle occasion de se relancer, sur un projet de très haut niveau. Je n’avais pas d’idée en tête quand j’ai arrêté avec le sprint, mais là, de me lancer dans un nouveau projet, une nouvelle discipline, un nouveau circuit, des nouvelles méthodes de travail et avec des filles que je connais très peu, ça me motive vraiment. Travailler avec un groupe de féminines est un challenge que j’avais envie de vivre dans ma carrière d’entraîneur. Et puis, je prends aussi en mains une équipe déjà très performante, ce qui me laisse la possibilité d’aller chercher des très hautes performances, dès cet hiver. C’est vraiment différent de ma précédente mission.
Pour le moment, je n’ai encore rencontré personne. Il faut qu’on en discute tous ensemble, mais je me dis qu’il faut être ambitieux dès le départ, dès cette saison et avoir comme référence la victoire au sens large.
Quel était ton rapport au biathlon avant de prendre ce poste ?
Le biathlon, c’était mon sport quand j’étais athlète. J’ai fait deux ans en équipe de France juniors et j’ai participé aux Mondiaux juniors lors de la saison 1997-1998. Mais c’est un souvenir lointain, ça commence à dater. Ça fait plus de 20 ans, et le sport a beaucoup évolué depuis, le biathlon a beaucoup changé et était bien moins connu à l’époque. Il y avait Raphaël Poirée qui a commencé à le démocratiser, mais rien à voir avec ce qu’il est aujourd’hui.
Donc je connais ce sport et ce milieu, je côtoie des gens de l’encadrement depuis longtemps, mais en même temps, il va falloir sur je me remette au niveau du biathlon mondial. Je vais devoir travailler sur beaucoup de choses, mais mon expérience sur le circuit de ski de fond va me permettre de faire le transfert assez rapidement. Et puis je compte aussi beaucoup m’appuyer sur Jean-Paul Giachino, qui est responsable de la partie tir.
Quel est le programme pour l’équipe de France féminine jusqu’à la reprise de la Coupe du monde ?
J’ai discuté avec Stéphane Bouthiaux et Vincent Vittoz pour avoir une idée des calendriers et du mode de fonctionnement envisagé, avant de donner ma réponse pour pouvoir en discuter avec ma famille. Ça génère des contraintes, et j’avais besoin de voir tout cela. Mais pour le moment, il n’y a pas de projection concrète, tout le monde a besoin de se reposer, avant d’attaquer une nouvelle préparation. Là, je vais prendre des vacances puis après, il va falloir prendre un temps pour se rencontrer, discuter du projet, faire le point collectivement et individuellement des projets de chacune. Je vais aussi voir le fonctionnement avec Jean-Paul, car je n’ai pas l’habitude de travailler en duo, j’étais seul sur le groupe sprint. Après cette période de calage, on partira sur une préparation classique pour une saison de Coupe du monde.
Une équipe de France performante comme tu l’as dit, mais une Française n’a pas remporté le globe de cristal depuis 2005, est-ce un objectif pour les années à venir ?
Dans ma philosophie de travail, en tant que coach, c’est clairement le type d’objectif qui me motive. Le gros globe, c’est la récompense suprême, dans toutes les compétitions d’hiver. C’est à mon avis un objectif qui doit l’être pour une équipe de France féminine de cette dimension. Après, il y a les objectifs que je peux avoir en tant que coach, et puis il y a ceux qu’il va falloir qu’on partage et que l’on développe ensemble. C’est un peu tôt pour afficher des prétentions, il va falloir que je rencontre les filles et que je parle de ça avec elle.
Mais ce qui est sûr, c’est que quand je parle de challenge professionnel, c’est clairement un objectif que j’ai envie de fixer sur les quatre ans qui viennent. La dernière gagnante du gros globe, c’est Sandrine Bailly en 2005, et c’est sûr que ça serait une belle réussite de réussir à rejouer ce gros globe avec cette équipe. Il y a plusieurs athlètes qui ont déjà gagné en Coupe du monde, donc aujourd’hui, gagner en régularité va être au cœur du projet sportif pour prétendre au meilleur classement possible au général.
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