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Cyril Burdet : « Il ne va pas falloir avoir peur d’être ambitieux »

Nicolas Jacquemard

Publié le

Cyril Burdet « Il ne va pas falloir avoir peur d'être ambitieux »
Photo Icon Sport

BIATHLON – Nous avons rencontré Cyril Burdet, entraîneur de l’équipe de France féminine de biathlon, qui revient sur la saison exceptionnelle de Julia Simon et du reste du groupe. Le technicien évoque les prochains objectifs qu’il va fixer dans les semaines à venir. 

Il y a un un an, tu venais de prendre l’équipe de France en mains, et je te demandais si le gros globe était l’objectif. Tu avais notamment répondu : « Mais ce qui est sûr, c’est que quand je parle de challenge professionnel, c’est clairement un objectif que j’ai envie de fixer sur les quatre ans qui viennent. La dernière gagnante du gros globe, c’est Sandrine Bailly en 2005, et c’est sûr que ça serait une belle réussite de réussir à rejouer ce gros globe avec cette équipe » C’est finalement arrivé dès la première saison. Est-ce une surprise ?

Pas forcément une surprise non, car je n’avais pas de limite fixée en démarrant ce projet. Je voulais être ambitieux dès le début avec une équipe qui avait déjà montré des beaux niveaux de performance auparavant. Ce n’était pas un objectif pour cette année, Julia ne s’était d’ailleurs pas fixé cet objectif-là avant la saison. Il s’est construit pendant la saison et le gros globe est devenu un objectif après les championnats du monde. Le fait qu’il se soit construit toute la saison fait que ce n’est pas une surprise. C’est une concrétisation des objectifs de travail que s’était fixés Julia. Mais c’est une vraie satisfaction d’avoir réussi à atteindre cet objectif dès la première année.

Avec un peu de recul, quelle analyse fais-tu de la saison de Julia Simon ?

C’est une saison ultra aboutie dans la régularité. C’était le maître mot qu’elle avait fixé pour son projet personnel en début de préparation : gagner en régularité. Le résultat est réellement la concrétisation de la mise en place de cette régularité.

Julia Simon a expliqué que c’est assez tardivement que le gros globe est devenu un objectif. À quel moment de la saison, tu t’es dit que ça pouvait le faire pour le gros globe de cristal ?

Le dernier jour ! La stratégie qui a été la nôtre tout au long de la saison, c’était de prendre les choses les unes après les autres. On voulait être dans le construction course par course, prendre chaque course comme une victoire à conquérir et ne pas perdre d’énergie à être dans le calcul ou dans la stratégie des points. Jusqu’à Oslo, tant que les choses n’étaient pas acquises, on est resté dans cette dynamique-là.

Il y a la saison exceptionnelle de Julia, mais aussi un bon bilan d’ensemble de l’équipe de France. Quelle est ton analyse des performances du reste de l’équipe ?

C’est vrai que j’ai envie d’insister sur la force du groupe. Il y a évidemment la satisfaction de notre leader, Julia Simon, avec les différents globes qu’elle a décrochés, mais je retiens tout autant le niveau collectif. Quatre filles sont montées sur le podium, six ont participé à la cérémonie des fleurs. En relais, toutes sauf Sophie Chauveau sont montées sur un podium et surtout, les six filles qui ont fait tout l’hiver en Coupe du monde ont participé au globe du relais et à celui des nations. Elles ont toutes apporté des points dans ce classement des nations et pour moi, c’est vraiment la chose la plus importante de cette saison.

On peut commencer par Anaïs Chevalier-Bouchet, qui a pris sa retraite et qui a eu un vrai rôle de capitaine d’équipe dans cette saison, par son expérience. Alors que ce n’est pas forcément dans sa nature, elle a accepté de partager son expérience avec les plus jeunes. Elle a vraiment été dans la transmission et a joué un rôle très important dans la construction des victoires collectives. En plus de cela, elle réalise une vraie bonne saison en réussissant des petits challenges personnels qu’elle s’était fixés en début de saison.





On peut ensuite de parler de Chloé Chevalier, qui est allée chercher son premier podium individuel. Et je pense que cette saison peut être charnière pour elle, car j’ai le sentiment qu’elle a pris conscience de ce qu’elle est capable de faire sportivement. J’espère que ça va lui permettre de franchir de nouveaux paliers la saison prochaine, car elle est encore loin d’avoir optimisé toutes ses ressources.

Lou Jeanmonnot est la révélation sportive de cet hiver. Elle a eu une vraie progression sur la partie physique, car sur la partie tir, elle était déjà aguerrie. Elle s’est confirmée au plus haut niveau y compris sur les skis et c’est de très bon augure pour la suite, car elle a encore une très belle marge de progression. Il y a Sophie Chauveau qui est arrivée du groupe B et qui ne s’était pas entrainée avec notre collectif. Elle a su saisir les opportunités de début de saison pour s’installer en Coupe du monde et puis elle s’est révélée sur l’étape à domicile au Grand Bornand. Elle réalise un week-end assez incroyable avec trois bonnes courses. Elle a montré qu’elle avait les moyens de jouer devant, elle va maintenant devoir gagner en maturité et en régularité pour le reproduire plus souvent. Mais pas de doute, le potentiel est là.

Pour terminer, Caroline Colombo, qui n’est pas une jeune, car elle est là depuis longtemps. Mais c’est la première année qu’elle concrétise dans le Top 10 de la Coupe du monde et avec plusieurs cérémonies des fleurs. Je retiens d’elle sa capacité à répondre présente quand on l’a sollicitée sur les deux relais de fin de saison, en mixte comme avec les filles. Elle a fait mieux que tenir son rang, elle a fait deux belles performances. Ça devrait lui donner beaucoup de confiance pour poursuivre sa progression et se rapprocher gentiment des podiums. Vu ses temps de ski sur la saison, si elle améliore ses stats au tir, c’est une fille capable de monter sur les podiums.

Quand on réussit autant une première saison, quels sont les objectifs pour la seconde ?

Justement, cela va être tout l’enjeu de cette reprise. On est en train de reconfigurer le staff et de travailler sur le projet à venir. C’est sûr que la manière de fixer les objectifs va être importante. Il va falloir trouver un bon compromis, car il va y avoir de l’attente autour de cette équipe, et il va falloir la gérer. On a réalisé une saison exceptionnelle et il ne va pas falloir se tromper dans les objectifs. Il ne va pas falloir avoir peur d’être ambitieux car c’est ce qui nous a permis de faire cette belle saison. Mais, en même temps, réussir à rester lucides sur ce qu’il faut faire pour être à ce niveau.

Il ne faut surtout pas considérer que les choses sont acquises. Ça va vraiment être l’enjeu des prochaines semaines : fixer les bons objectifs, rester lucides et travailler dans l’humilité. C’est ce qui nous a caractérisé et c’est ce qu’il faut cultiver pour aborder la prochaine saison dans les bonnes dispositions.

Comment toi et le groupe, avez-vous préparé le retour de Justine Braisaz-Bouchet ?

C’est déjà bien avancé ! Il a été préparé en amont dans le sens où on avait discuté de ça dès notre première rencontre. Elle m’avait fait l’honneur de me tenir informé de sa grossesse très tôt dans sa préparation. Cela nous a permis d’aborder la suite très rapidement. Nos premiers échanges ont directement été sur la saison qui vient, et pas sur celle qui vient de se terminer. Justine est en train de terminer sa kinésithérapie de retour de grossesse avec une professionnelle qui la suit.

Justine va bientôt entrer dans la deuxième étape qui sera de travailler avec notre préparateur physique sur la réathlétisation. On va lui laisser le temps de faire les choses dans l’ordre. On a déjà prévu qu’elle intègre les stages seulement fin juillet. On se doit d’intégrer le fait qu’elle a un bébé à la maison et que ce n’est pas neutre dans une vie de femme. On veut vraiment faire les choses bien pour que quand elle sera prête, elle puisse être à un bon niveau de performance.

Il y a un an, tu disais qu’à titre personnel, tu voulais t’occuper d’un groupe féminin. Avec un an de recul, quelles sont les différences avec la gestion d’un groupe masculin ?

Sur les fondamentaux de l’entraînement pur, il n’y a finalement pas de gros changements. Les leviers d’entraînement et les objectifs de performances sont les mêmes. Après, c’est plus dans les spécificités de la physiologie féminine, il y a des choses à avoir en tête et à prendre en compte pour des adaptations. Par exemple, il y a des filles qui ont des règles très douloureuses et qui nécessitent d’avoir une adaptation d’entraînement. Alors que pour d’autres, cela ne pose aucun problème. Cela nécessite d’avoir un peu de confiance entre nous pour qu’il n’y ait pas de tabou et qu’on puisse l’intégrer dans la stratégie de préparation.

Dans les dynamiques de groupe, il y a aussi des différences entre un groupe féminin et masculin. Mais pour moi, c’est une richesse et c’est ce qui me plaît aujourd’hui.

Pour finir, il y a eu cette rupture dans le groupe masculin en fin de saison. Sans prendre partie ou revenir sur les événements, comment toi, et plus globalement le groupe féminin, avez-vous vécu cet épisode ?

Ça a été un choc, car on n’avait pas vu venir cela comme ça, pas à ce moment-là, et pas de cette manière-là. C’était à un moment où l’équipe féminine jouait gros, autant Julia en individuel mais aussi sur les classements nations. Chacun l’a vécu individuellement en fonction des relations qu’on peut avoir avec les principaux intéressés. Ce sont des moments qui sont désagréables. À titre personnel, je suis triste, car j’apprécie beaucoup de travailler avec Vincent (Vittoz).

Cela faisait partie de mes motivations que j’avais à prendre ce challenge. On a passé une super année professionnelle, on avait retrouvé nos automatismes et notre complémentarité au niveau professionnel. J’ai été impacté par ces événements mais maintenant, il s’agit de reconstruire tout ça, et que chacun s’y retrouve. On reste un groupe humain qui passe beaucoup de temps ensemble, donc ce n’est jamais anodin ce genre d’évènement.

Pour ce qui est du sportif sur la dernière étape, on a essayé de préserver l’essentiel. On a assez rapidement réuni les filles pour faire état de la situation, car tout le monde n’était pas au même niveau d’information. Et on a vite recentré les troupes sur les objectifs qui étaient les nôtres au niveau sportif. L’objectif était de ne pas se disperser mais forcément, ça nous impacte.

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