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David Smetanine : « On veut transmettre mais aussi montrer qu’on fait les choses avec intelligence »

Flo Ostermann

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Champion paralympique en natation à Pékin en 2008, David Smetanine nous a accordé un entretien. Le Grenoblois est revenu sur son parcours, tout en évoquant ses futures échéances, en tant que sportif ou non. Un homme d’engagement, sans aucun doute.

David, peux-tu nous raconter un peu ton parcours ?

Beaucoup de choses me caractérisent aujourd’hui de part mon statut de sportif, mais aussi de part mes différents engagements. Je suis quelqu’un qui a été éduqué avec les valeurs du sport en général, mes parents m’ont toujours incité à pratiquer un sport pour que je m’épanouisse, mais aussi pour le lien social évident que cela représente.

Côté pratiques, habitant Grenoble, j’ai commencé à faire du ski très tôt. Mais mon premier vrai sport que j’ai pratiqué en étant petit, c’est le judo. C’est une belle école de la vie, où les valeurs et le respect sont très présents. Ensuite, étant entouré de nageurs, j’ai eu envie de changer de sport. Et puis durant les Jeux Olympiques de Barcelone en 1992, j’ai eu un déclic, et c’est à partir de là que j’ai voulu devenir sportif de haut niveau en natation. Ça a été un grand moment pour moi, la découverte de ce sport fantastique, mais aussi la difficulté qui va avec.

On imagine que ton accident survenu en 1995 a été un tournant dans ta vie ?

Oui, cette année-là, un accident est venu couper mon élan sportif. Finalement, j’ai eu la possibilité de reprendre le même sport car dans un premier temps, sur le plan thérapeutique, la natation était excellente et malgré le handicap, tout le monde peut flotter ou nager. C’est une discipline vraiment accessible, quelque soit l’âge ou le handicap.

Dans un deuxième temps, cela m’a également permis de me raccrocher à quelque chose et de retrouver mon identité sportive. Finalement, au vu de mes capacités, on m’a proposé de reprendre la compétition et de nager de façon plus sérieuse. Ça a vraiment été un aboutissement pour moi et à partir de là, je me suis dit que si je ne pouvais pas être champion olympique, je serai champion paralympique.

Comme tu l’as dit, tu as continué la natation, une discipline que tu pratiquais déjà auparavant. En quoi ce sport t’a aidé à accepter ton handicap ?

Déjà, l’identité est différente. Avec la masse de travail et les nombreux entraînements, on passe du statut de patient à celui de sportif. Quand j’ai fait le choix de revenir à la natation en compétition, je me suis de nouveau entraîné comme un sportif “normal”, comme tout le monde devrait le faire. Même si j’étais un peu en marge des autres, j’étais donc de nouveau un sportif de haut niveau comme les autres, et pas une personne handicapée, tout simplement. C’est cette branche sportive à laquelle j’ai pu me raccrocher qui a vraiment été salvatrice pour moi.

Puis, quelques années après, le titre paralympique et mes différents résultats ont fait que les gens n’avaient plus le même regard sur moi. C’est devenu un regard bienveillant, admiratif, un regard de passionnés de sport et non plus de la pitié ni de la compassion comme cela pouvait être parfois le cas. A partir de là, le combat était gagné, car j’avais la même reconnaissance que tous les autres sportifs de haut niveau.

Tu auras 45 ans quand les Jeux Paralympiques de Tokyo débuteront. Seras-tu de la partie dans les bassins au Japon ?

Oui bien sûr, je m’entraîne de nouveau en ce moment en vu de briller à Tokyo.

Après Tokyo viendront les Jeux Olympique de Paris en 2024. Les as-tu dans un coin de la tête en tant que sportif ?

Non, à priori pas en tant que sportif mais au sein du comité d’organisation de Paris 2024, oui je l’espère, notamment pour travailler sur le dossier paralympique.

Justement, peux-tu nous en dire un peu plus sur le rôle que tu as eu au sein du comité de candidature pour Paris 2024 ?

J’ai été membre du comité des athlètes durant la phase de candidature. On a beaucoup travaillé sur le terrain avec l’ensemble des membres, que ce soit en France ou à l’international, pour mener au bout ce projet afin que Paris puisse l’emporter. Depuis, le comité de candidature a été dissous et le comité d’organisation a été créé. Ce dernier s’agrandit d’ailleurs petit à petit.

Concernant le comité d’organisation, quel rôle aimerais-tu jouer ?

J’ai postulé il n’y a pas très longtemps pour un poste de Manager Sport pour lequel il y a eu une grosse sélection. Pourtant si proche du but, je n’ai pas été retenu mais j’espère avoir un rôle qui mettra en avant mon expertise paralympique, l’expérience que j’ai pu acquérir en tant qu’athlète, mais aussi en tant que membre de la commission des athlètes du Comité Internationale Paralympique, sans oublier mes autres engagements (David Smetanine est également Ambassadeur du sport en Isère et de la sécurité routière pour le Préfet de l’Isère, mais aussi Ambassadeur Sport Handicap pour la région Auvergne – Rhône-Alpes).

J’espère vraiment pouvoir jouer un rôle en faveur du mouvement paralympique, car si beaucoup de choses ont été dites pour le mouvement olympique, ce n’est pas forcément le cas pour le paralympisme, notamment en ce qui concerne la mobilité, l’aménagement des infrastructures et la place prépondérante que ces Jeux Paralympiques devront prendre en 2024.

Pour revenir à Tokyo 2020, qui verrais-tu être le porte-drapeau de la délégation française ?

Je ne sais pas trop. On pourrait imaginer Marie-Amélie Le Fur porte-drapeau, notamment après son retour à la compétition cet été. Mais l’athlétisme a porté le drapeau à de nombreuses reprises lors des dernières éditions, avec Joël Jeannot (2004) et Assia Al’Hannouni (2008). Alors je ne sais pas, c’est délicat comme question. (rires)

Être porte-drapeau, on imagine que tu aimerais qu’on te le propose ?

Oui bien sûr ! J’avais été pressenti pour Londres 2012. C’est vrai que la natation n’a pas porté le drapeau depuis bien longtemps. Mais bien sûr que j’aimerais, c’est évident. Qui ne rêve pas d’être porte-drapeau un jour ? Et puis, la natation a toujours ramené beaucoup de médailles, donc pourquoi pas. Il y a une règle d’or pour être porte-drapeau, c’est d’être champion paralympique. Après, ce n’est pas moi qui décide, mais bien entendu que si on me le propose, je dirais oui. Après cinq Jeux Olympiques, ce serait une belle façon de boucler la boucle.

Tu es engagé au sein de l’association ELA, mais tu es aussi le fondateur de la Fondation Handisport David Smetanine, qui œuvre au Cameroun. C’était important pour toi de t’engager sur le plan caritatif et humanitaire ?

C’est important, bien sûr. On veut transmettre mais aussi montrer qu’on fait les choses avec intelligence. Concernant ma fondation au Cameroun, j’avais envie de montrer ce que peut amener le sport dans ce pays, notamment ses valeurs. Je pense que c’est essentiel.

Pour ELA, c’est une opportunité qui m’a été proposée au Stade de France, où j’ai rencontré le président de l’association, Guy Alba. C’est une proposition que j’ai tout de suite accepté, car j’ai vraiment été touché qu’on me le propose et aussi parce que je souhaitais soutenir la lutte contre ces maladies rares (34 types de leucodystrophie recensées). D’ailleurs, je nageais beaucoup avec Béatrice Hess, la femme la plus titrée de l’histoire du sport, qui elle-même était engagée avec ELA. Ça fait 14 ans maintenant, et je n’ai pas changé, je suis toujours autant engagé dans cette association.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur ta fondation au Cameroun ?

Bien sûr. C’est une fondation à but non lucratif, qui a comme principes de fond le respect des personnes, la reconnaissance du handicap au Cameroun, l’intégrité des personnes bien entendu et qui a aussi comme engagement le sport et le handicap, en montrant le lien social que le sport peut représenter. Le plus important, c’est de faire en sorte que la dignité des personnes soit respectée. Malheureusement, la situation des personnes handicapées au Cameroun n’est pas la même qu’en France, on est tributaires des capacités d’investissement du pays. C’est beaucoup plus complexe que chez nous.

Une autre action de la fondation me tient à cœur au Cameroun, elle concerne les fournitures scolaires. On intervient aujourd’hui dans quatre grandes villes du pays ; les enfants y bénéficient de fournitures et on a distribué des sacs à dos, des cahiers et des manuels scolaires dans ces villes. Quatre nouvelles villes seront choisies l’année prochaine afin d’être davantage présent sur le territoire.On est reconnu d’intérêt général, on tend maintenant à être reconnu d’utilité publique. L’engagement a tellement été fort que l’Ambassade de France au Cameroun a décidé de nous aider et de mettre à disposition des manuels scolaires.

Dernière question, quel regard portes-tu sur le médiatisation du handisport aujourd’hui ?

Je pense qu’il y a une prise de conscience qui est réelle. France Télévisions, et il faut les remercier, a fait beaucoup, notamment pour les Jeux Paralympiques. Malheureusement, la couverture est importante uniquement tous les quatre ans. Celle-ci doit être plus régulière et c’est en ce sens que les choses doivent évoluer.

Maintenant, France Télévisions nous a déjà prévenu, ils diffusent du “sport évènement” et du “sport spectacle”, et donc les Jeux Olympiques et Paralympiques. Ils avaient retransmis les Mondiaux handisport d’athlétisme de Londres l’an dernier, mais c’est vrai que ça reste trop occasionnel. Espérons un engagement plus fort des médias à l’avenir, notamment à l’approche de Paris 2024.

Photo de couverture : C215

Flo Ostermann

 


Journaliste/Rédacteur depuis septembre 2015 - Mes premiers souvenirs dans le sport ? Les envolées du Stade Toulousain et les duels Villeneuve-Schumacher et Häkkinen-Schumacher à la fin des années 90, la Coupe du monde de football en 1998, l’exploit du XV de France face aux All Blacks en 1999, mais aussi Richard Cœur de Lion qui vole sur les montagnes du Tour de France. Bien parti pour devenir professeur d’EPS, les événements de la vie (et la flemme d’animer des séances de 3x500 mètres toute ma vie) m’ont conduit à revoir mes plans. Me voilà depuis fin 2017 sur Dicodusport, média grâce (et pour) lequel je partage ma passion : le sport dans tous ses états. Le tout accompagné par les fous furieux et folles furieuses cités sur cette page !

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