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Cyclisme

De Robert Millar à Philippa York : Le destin d’une grande championne

Olivier Dobiezynski

Publié le

De Robert Millar à Philippa York Le destin d'une grande championne
Photo Icon Sport

Coureur phare des années 80, Robert Millar a vécu toute sa carrière avec le poids d’un lourd secret. Qu’il a fini par révéler à la face du monde des années plus tard en devenant Philippa York. Voici son incroyable histoire.

Robert Millar a disparu, et à son plus grand soulagement. Souffrant depuis sa plus tendre enfance de se sentir davantage femme qu’homme, elle a fini par aller au bout de son chemin en procédant à une transition de genre pour devenir Philippa York. Sentiment de honte, société ingrate et punitive, mœurs archaïques : les raisons ne manquent pas pour expliquer la lenteur du processus. Ce sentiment encore méconnu dans le monde, pas toujours assumé, mérite qu’on s’y attarde davantage.

Un coureur offensif et doué

Mais qui était Robert avant de devenir Philippa ? Simplement un des cyclistes les plus doués de sa génération. Meilleur grimpeur du Tour de France en 1984 et quatrième du classement général, il compte 17 succès professionnels dont des étapes sur les 3 Grands Tours, et le CG du Critérium du Dauphiné Libéré en 1990, sa plus grande victoire. Il termine aussi deux fois deuxième de la Vuelta en 1985 et 1986.

Robert Millar avec le maillot de meilleur grimpeur sur le Tour de France en 1986

Robert Millar avec le maillot de meilleur grimpeur sur le Tour de France en 1986 – Photo Icon Sport

Avant cela, quand il débarque en France au début de sa carrière, dans la structure Peugeot, l’adaptation n’est pas aisée. Il se montre timide, renfermé sur lui-même, voire introverti. Végétarien, il n’a pas les codes du peloton du début des années 80. À la marge, il apparait effacé et n’a pas la trempe d’un champion. Sans doute de bien vils clichés qui ne demandaient qu’à être éteints.

Le poids d’un lourd secret

Le mal-être de Philippa York, il faut sûrement le chercher en amont du début de sa brillante carrière. En fait, dès l’enfance, le temps des copains. À l’âge de cinq ans à peine, elle se sent déjà différente. Le phénomène se développe de façon prématurée, comme nous l’a montré l’excellent documentaire d’Arte, Petite Fille. On y suivait un petit garçon et ses parents dans un combat pour affirmer son identité sexuelle. Robert Millar aura donc été confronté à ce conflit intérieur au même âge. Mais pas à la même époque. Car oui, au beau milieu des années 60, il valait mieux garder ce genre de secrets bien au chaud.

Une carrière au plus haut, un moral au plus bas : tel fut le contraste de toute une vie de coureur pour Robert. Sans cesse jongler entre moments de bonheur affichés sur les podiums et moments de doute dans l’intimité. De son propre aveu, ce fort désir d’être né dans un corps qui n’est pas le sien s’est davantage intensifié au zénith de sa carrière, vers l’âge de 30 ans.





Philippa York : nouvelle identité pour une nouvelle vie

Après sa retraite en 1995, Millar se reconvertit dans le journalisme sportif, travaillant notamment pour CyclingNews. Dans la plus grande discrétion, à la fin des années 2000, il entame sa transition de genre. Son choix est de ne pas médiatiser sa démarche, toujours peut-être dans un sentiment de honte qui l’anime. Mais Robert est déterminé à changer sa vie et à s’épanouir. Il apparait publiquement pour la première fois en tant que Philippa York en 2017. Loin d’être rejetée, elle continue de travailler pour des médias cyclistes. Pour être allée au bout de sa démarche, elle est devenue en outre une véritable porte-drapeau de la communauté LGBT, grâce à sa renommée et son incroyable histoire.

Il est vrai que la question de l’identité sexuelle est encore très méconnue dans le monde. Des sportives comme Philippa York montrent l’exemple et contribuent à mieux connaitre la problématique. Mais le chemin est encore long et il faudra encore se poser la délicate question de la place des athlètes transgenres dans les compétitions internationales.

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