Dicodusport raconte #1 : Jocelyne Villeton, première française médaillée mondiale en athlétisme
ATHLÉTISME – Dicodusport raconte l’histoire de Jocelyne Villeton, la toute première médaillée mondiale de l’histoire de l’athlétisme français. Médaillée de bronze sur marathon, lors de l’édition 1987 à Rome. Une médaille méconnue, notamment aujourd’hui, mais qui fait d’elle une pionnière. Trente-sept ans après et malgré quelques générations de femmes performantes, jamais une Française est remontée sur la boîte sur marathon, au niveau olympique ou mondial. On vous propose de vous replonger dans cette grande première. Avec son lot d’anecdotes.
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La seule médaillée de l’histoire au marathon femmes
Jocelyne Villeton. Ce nom risque bien de ne pas parler aux plus jeunes d’entre nous. Et pourtant, c’est une pionnière de l’athlétisme français. À jamais, elle restera là toute première athlète à remporter une médaille mondiale. C’était à Rome, lors des seconds championnats du monde en 1987. À une époque où les marathons ouvraient le bal. Dans la chaleur romaine, elle a pris la 3e place de la course en 2h32:53. Améliorant alors le record de France de la discipline. Trente-sept ans après, alors que les championnats d’Europe se tiennent à Rome, en fin de printemps, et que les JO auront lieu en France, aucune Tricolore n’a pu réitérer cet exploit.
Pourquoi, en 2024, au moment de citer les grands moments de l’athlétisme français, le nom de Jocelyne Villeton ne ressort pas ? « C’était une époque où les médias sportifs n’étaient pas aussi développés », explique la principale intéressée, qui reconnaît aussi une époque où l’athlétisme masculin était bien plus mis en avant que l’athlétisme féminin. « Je ne suis pas passée à la télé », regrette l’athlète de 69 ans, qui a dû compter sur un ami belge, pour garder un souvenir vidéo de son podium, via la TV Belge. Une autre époque où réseaux sociaux et vidéos virales n’existaient pas. Elle regrette également un certain désintérêt de la FFA. Même si cette dernière a récemment mis à l’honneur la marathonienne, au moment de la Journée de la Femme, après que cette interview a été réalisée.

La fin de course de Jocelyne Villeton coupée pour laisser place au journal de 20 heures
Et c’est aussi un incroyable fait télévisuel, impensable en 2024, qui a contribué à l’oubli de cette médaille. À l’époque, Antenne 2 diffusait les championnats du monde. Avec un marathon qui s’est déroulé en fin d’après-midi et en toute première course des championnats du monde. La fin de course a été coupée pour faire place au journal de 20 heures. Et à cette époque, pas de TNT, et encore moins de bascule. « Paf, on m’a coupé », rigole aujourd’hui Jocelyne Villeton. Sur le moment, elle ne s’en rend pas compte : « Je n’étais pas en France, je ne m’en suis pas aperçue. Mais j’ai beaucoup d’amis qui ont été choqués ». Néanmoins, elle relativise : « Michelle Chardonnet, en 1984, sur 100 m haies, a eu sa médaille quatre ou cinq mois après, suite à une disqualification pour dopage. C’est triste. J’ai eu la chance de recevoir ma médaille sur le podium ».
Une médaille comme une première, mais aussi une jolie surprise pour la Française. Qui sortait d’une 5e place aux championnats d’Europe. Et qui visait d’abord un Top 8. « J’avais quelques ambitions, dont celle d’être finaliste ». Mais les choses se sont décantées petit à petit : « Un marathon, c’est long, au fil des kilomètres et de la course, j’ai pris confiance en moi, j’ai grignoté des places ». Au 30e kilomètre, elle est 8e, au 40e kilomètre, elle est encore 4e. « J’ai commencé à y croire à ce moment. Je double la concurrente 500 mètres après le 40e kilomètres. Je me suis dit qu’il fallait que je m’accroche, car le risque de craquer est réel », confie Jocelyne Villeton.
Jocelyne Villeton attend qu’une Française lui succède
Mais elle a tenu pour entrer dans l’histoire. « Je n’étais pas dans les potentielles médaillables pour la fédération. Cela m’est tombé dessus, mais pour eux aussi ». Trente-sept ans après, alors que le parcours des JO promet d’être vallonné, cette médaille surprise peut inspirer les Français et Françaises qui défendront les couleurs de l’équipe de France : « Les JO, les championnats du monde, ce sont des courses d’un jour. Ce n’est pas étalonné sur toute une saison. Sur un jour, des athlètes peuvent se transcender pour faire quelque chose. Personnellement, je pense que j’étais une athlète de course d’un jour. J’avais un objectif et j’arrivais à arriver en forme le bon jour. C’était pareil aux championnats de France ».
Et les affaires de dopage, qui émaillent l’athlétisme, ces dernières années, ont écarté certaines prétendantes. Même si, en 2024, jamais le niveau n’a semblé aussi fort, avec un record du monde pulvérisé par Tigist Assefa, qui a repoussé la marque en 2h11:53 : « À notre époque, on avait les pays de l’Est. Certaines filles étaient là pour certaines compétitions et après, on ne les voyait pas. Quand il y avait des contrôles avant de partir, elles restaient à la maison », rappelle Jocelyne Villeton, qui aimerait voir une Française lui succéder : « Je souhaite que l’une d’entre elles réussisse à crever le mur ».

Une médaille quinze ans après l’autorisation officielle de courir le marathon pour les femmes
Cette médaille est aussi symbolique, car elle intervient quinze ans après l’autorisation des femmes à courir le marathon. On a tous en tête l’image de Kathrine Switzer sur le Marathon de Boston 1967. Une image mythique d’une femme que les organisateurs tentent d’arrêter. Mais, 20 ans après ce grand moment, jamais Jocelyne Villeton n’a senti d’a priori autour d’elle : « J’ai eu l’occasion de faire des stages, avec l’équipe de France. On allait à Mimizan, Font-Romeu. On partait avec les hommes et je n’ai jamais ressenti ce genre de choses. On se respectait assez et quand un homme ou une femme faisait une performance, cela nous motivait tous ».
C’est aussi la preuve qu’on peut briller au-delà de 30 ans. Car cette médaille de bronze, la spécialiste du marathon est allée la chercher à l’âge de 32 ans, après être revenue sur le tard à la course à pied de haut niveau. Et avec deux enfants, à une époque où la question de la maternité chez la sportive de haut niveau n’était pas encore, malheureusement, sur le devant de la scène. « Je n’étais pas la seule en équipe de France de marathon. On pensait à sa vie de famille. Mais j’ai eu la chance d’avoir mon mari (Michel Villeton), qui m’a entrainé tout le temps. On faisait cela en famille. J’ai pu faire des rencontres, notamment en Lozère, où il y avait des internationaux. On a essayé de faire ce qu’on pouvait, pour accéder au plus haut niveau ». Avec un certain succès.
Jocelyne Villeton continue de courir et de suivre de près différents sports
Médaillée mondiale, mais encore coureuse en 2024, Jocelyne Villeton continue de participer à des courses. Avec une passion intacte. Mais aussi sur le suivi de l’athlétisme et du biathlon, sport qu’elle adore : « Il y a des rebondissements toutes les deux minutes. Il y a aussi des convergences avec la course à pied. C’est un sport physique, mais avec de la tactique de course. Ce qui rapproche de la course à pied. Ce sont deux sports d’endurance. J’aime réagir sur le biathlon. Même si j’ai parfois l’impression que les gens ne se rendent pas compte de ce que font les athlètes, pour arriver au haut niveau ».
En parallèle de ses sacrifices pour arriver au sommet. « J’avais mes deux enfants, dans la mesure du possible, on a essayé de les emmener avec nous. Ils ont fait de gros voyages (rires). Quand je partais en stage, c’était souvent durant les vacances scolaires. Mon mari était instituteur. Je payais la part de mes deux enfants et de mon mari et moi, j’étais pris en charge par la fédération. Cela reste des sacrifices. Mais je n’en avais pas l’impression. Car, quand on est passionné, on n’a pas l’impression d’en faire. J’ai sans doute raté quelques fêtes de famille et quelques bringues. Mais je me suis rattrapée depuis (rires) ».
Cela valait le coup, car elle restera à jamais la première médaillée mondiale de l’athlétisme français. Et elle a été gradée à la Légion d’honneur, recevant aussi la médaille d’or de la Jeunesse et des Sports.



maurice CHALAYER
26 avril 2024 à 13h56
Bravo, bravo Jocelyne