Nous suivre

Athlétisme

Dimitri Jozwicki : « J’aimerais pouvoir rêver d’une médaille aux Jeux Paralympiques »

Maxime Boulard

Publié

le

Dimitri Jozwicki : "J'aimerai pouvoir rêver d'une médaille aux Jeux Paralympiques"
Photo Athlétisme Handisport

HANDISPORT – Récent médaillé d’argent en 100 mètres T38 aux championnats d’Europe d’athlétisme handisport, Dimitri Jozwicki a accepté pour nous de revenir sur son parcours. Jeux Paralympiques, sponsors, handicap : entretien.

Dimitri, présentez-vous, comment êtes-vous arrivé en athlétisme ?

Dimitri Jozwicki, j’ai 24 ans, je suis athlète au Lille Métropole Athlétisme et membre de l’équipe de France d’athlétisme handisport depuis un peu plus de cinq ans. A la base, je venais du rugby mais à la découverte de mon handicap, j’ai dû arrêter ce sport. C’est ensuite que j’ai découvert l’athlétisme. Je suis donc arrivé sur les pistes en 2010 par le biais des valides, sans savoir que j’avais ma place dans le handisport. C’est grâce à la performance de Christophe Lemaitre (victoire sur 100, 200 et 4×100) aux Championnats d’Europe d’athlétisme en 2010 qui m’a donné envie de m’y mettre avec mon frère jumeau Rémi.

Vous venez de remporter votre première grande médaille internationale, que représente-t-elle ?

Elle représente beaucoup. C’est une première médaille au niveau international, celle qui ouvre mon palmarès avec des Championnats d’Europe qui me fuyaient depuis la début de ma carrière. Elle représente aussi la concrétisation de tout ce travail et elle rassure avant les Jeux, surtout que j’ai été la chercher avec le chrono qu’il fallait, un record. C’est aussi le travail de beaucoup de monde autour de moi. Je suis soulagé de ne pas faire tout ça pour rien et de pouvoir récompenser toutes ces personnes à travers cette médaille qui depuis cinq ans ont fait des sacrifices et qui se sont investis dans mon projet sportif. Vraiment très heureux de partager cette médaille avec eux.

Pour les personnes ne connaissant pas le handisport, à quoi correspond votre catégorie T38 ?

La catégorie T38 correspond aux infirmités motrices cérébrales légères. La trentaine (entre 30 et 39) correspond aux infirmités motrices cérébrales et plus le chiffre des unités est élevé, moins le handicap est important. Pour ma part, j’ai une tétraparésie partielle des membres inférieurs et supérieurs qui se caractérise dans la course par une fatigue musculaire qui arrive plus rapidement, des problèmes de coordination et une crispation. Tout ça mis bout à bout me permet de rentrer dans cette catégorie T38.

Lors des Championnats d’Europe, vous avez battu votre record personnel du 100 mètres, pensez-vous pouvoir aller encore plus vite ?

Oui, j’ai battu mon record et je suis très content puisqu’il me place actuellement 5ème mondial et me permet de croire en mes chances de qualification pour les Jeux Paralympiques, réponse le 2 juillet maintenant. Je pense pouvoir aller beaucoup plus vite parce que ma course est très largement perfectible. C’est-à-dire que je me redresse très rapidement, je ne casse pas correctement et je le sais parce qu’à l’entrainement, j’ai déjà fait mieux.

Y a plus qu’à continuer à travailler pour que ça devienne un automatisme et pour faire mieux aux Jeux puisque je n’ai pas juste envie d’y figurer. J’aimerais bien pouvoir rêver d’une médaille. Je veux me donner les moyens d’y arriver, donner le meilleur de moi-même à l’entrainement et en compétition pour descendre ce chrono. Après, ce qui compte aux Jeux, c’est la place mais si je peux la faire avec le chrono, tant mieux.

Vous étiez blessé pendant l’année 2019 et les qualifications pour les Jeux Paralympiques arrivent à leur fin, espérez-vous encore y participer ?

Oui, c’était compliqué en 2019, après je suis bien revenu avec les Championnats du monde, de façon inespérée puisque les médecins ne me voyaient pas reprendre le sport de haut niveau. Je pense avoir eu beaucoup de chance de reprendre à ce niveau-là, puis voyant que ma blessure était bien consolidée, j’ai pu continuer et améliorer mes temps avec bien sûr, des hauts et des bas (blessures musculaires), ça a été très frustrant.

Bien sûr, j’ai grand espoir de qualification, avec le dernier mode de sélection qui est de s’inscrire dans un top 8 mondial avant les Championnats de France qui avaient lieu dimanche dernier. La liste tombera le 2 juillet mais étant 5e mondial, j’ai bon espoir.

Étant un athlète handisport, est-ce plus compliqué de trouver des sponsors ?

Bien évidemment, quand on est athlète handisport, c’est bien plus compliqué de trouver des sponsors. D’ailleurs je ne vis absolument pas de mon sport. J’ai quelques partenaires qui m’aident à trouver un équilibre au niveau financier. Actuellement, je n’ai pas de gros sponsors et je suis obligé de travailler à côté pour pouvoir vivre. J’ai une CIP qui est avantageuse avec Pôle Emploi en termes d’aménagement d’emploi du temps, mais ça reste quand même un travail pour lequel je suis rémunéré, c’est aidant mais ce n’est pas un sponsor. C’est compliqué, même si avec les Jeux de Paris, j’ai espoir que ça commence à venir et que cette médaille internationale va m’aider un peu.

À côté de votre carrière de sportif, vous êtes ergothérapeute : n’est-il pas difficile de concilier les deux ?

J’ai une Convention d’Insertion Professionnelle avec Pôle Emploi qui me permet de travailler au service santé et conditions de travail à la Direction Régionale des Hauts-de-France. Mes missions consistent essentiellement à des aménagements de postes et tout ce qui concerne l’ergonomie des postes de travail, mais aussi beaucoup d’administratif. Ce n’est pas de l’ergothérapie, que j’ai dû laisser de côté un temps, parce que l’ergothérapie à mi-temps, ça ne paye pas malheureusement. C’est très compliqué de trouver un job à mi-temps avec les avantages que j’ai en termes d’aménagement d’emploi du temps pour m’investir dans mon projet sportif. Je n’avais pas non plus envie de faire des demi prises en charge avec mes patients, ce n’est pas comme ça que je conçois l’ergothérapie et je préfère y revenir après ma carrière sportive.

Que pensez-vous de la place de l’athlétisme handisport en France ?

Je vais faire une réponse plus globale. Ce que je pense, c’est que pour beaucoup, le sport n’est pas reconnu en France comme une façon de réussir sa vie, on n’a pas l’état d’esprit où l’on considère qu’être sportif de haut niveau est un métier. C’est donc très compliqué pour s’en sortir financièrement, et être performant à la fois. Il faut se nourrir, se loger et en même temps s’entrainer. Après, pour l’athlétisme handisport, c’est l’une des disciplines les plus médiatisées, donc on n’a pas à se plaindre là-dessus. Même si les choses s’améliorent avec Paris 2024 qui arrive, je trouve qu’on ne met pas encore assez en avant le sport de haut niveau, qu’il soit handisport ou valide. Comme son nom l’indique, le sport est amateur, puisqu’on n’est pas payé pour ce que l’on fait, même si ça nous prend 25-30 heures par semaine. Cependant, ça reste une passion, on vit vraiment des choses extraordinaires grâce au sport.


Journaliste/rédacteur depuis octobre 2020 - Si mon plus vieux souvenir de sport aurait pu m'en dégoûter, la finale de la Coupe du monde 2006 a été tout le contraire. Véritable déclencheur d'une passion qui aujourd'hui ne fait que grandir avec le temps, mon leitmotiv est la France qui brille ! Je relate les exploits passés et présents du sport bleu-blanc-rouge sans ménagement depuis octobre 2020. Sport valide ou handisport, aucune différence, il n'y a que du sport et plusieurs façons de le pratiquer.

Clique pour commenter

Poster un Commentaire

avatar
  S'abonner  
Me notifier des
Toute l'actualité des Jeux Olympiques de Tokyo 2020

Fil Info

Actus à la une