Dylan Chellamootoo : « Je suis content de ma carrière »
TAEKWONDO – Entretien avec Dylan Chellamootoo, décuple champion de France et médaillé européen en taekwondo. Pas retenu pour Paris 2024, il est revenu sur ses ambitions et sur sa carrière. Une interview réalisée avant les sélections définitives et où il espérait faire partie de l’aventure. Il évoque aussi les contraintes qui découlent d’un sport avec des catégories de poids.
Dylan Chellamootoo : « Le Taekwondo est représenté dans le monde entier »
Tu as été médaillé européen. Il te manque juste une médaille mondiale dans ta carrière.
Dylan Chellamootoo : Il me manque une médaille mondiale et olympique. C’est un peu un regret. Il m’a manqué des détails pour aller à Rio et Tokyo en 2016 et 2021. C’est dur d’aller chercher des médailles au plus haut niveau mondial. J’étais en course pour les JO de Paris. Mais j’ai perdu ma place en individuel et la chance de médaille s’éloigne. Ce n’est pas une période facile au niveau sportif. Mais il reste une place en sport démo en équipes. Le but est d’aller prendre cette place et participer aux JO.
C’est une discipline très forte en France, où il est presque plus dur de se qualifier que de gagner une médaille internationale.
Le taekwondo est représenté dans le monde entier. Il y a beaucoup de pays pour lesquels le taekwondo rapporte la seule médaille. C’est le cas en Côte d’Ivoire. Au Gabon, en Jordanie, c’est pareil. C’est un sport pratiqué dans le monde entier. On parle beaucoup de judo en France, mais au niveau mondial, le taekwondo est plus pratiqué. Mais il n’y a qu’une seule catégorie sur deux qui va aux JO. Il y a les catégories olympiques et les autres. Seules quatre vont aux JO. Le plus dur est de se qualifier. On n’est que seize par catégories. C’est très peu.
Le rêve olympique, c’est l’aboutissement de ta carrière ?
Oui, c’est un moment important, mais pas un aboutissement. L’aboutissement aurait été d’y être en individuel. La concurrence a été rude, dans la catégorie la plus dure. Je suis content de l’ensemble de ma carrière. Même si ce n’est pas la fin. Mais j’ai 29 ans, je me rapproche de la fin. J’ai été dix fois champion de France, numéro un. Que j’ai perdu à un an des Jeux. Cela montre que le taekwondo évolue en France, qu’il y a de plus en plus de concurrence. L’exposition de notre sport va forcément augmenter. Ce n’est pas un sport très médiatisé. Mais depuis un an et demi, on bénéficie de l’exposition des JO. Cela reste un sport de combat, avec des catégories et donc beaucoup de sacrifices. Et c’est bien d’avoir cette exposition.
France seniors 2023 – Ils ont brillé à Mulhouse en montant sur la plus haute marche du podium! Félicitations à Rynald Saal, Samuel Bedart, Keryann Sauer, Dylan Chellamootoo, Lyvestone Celin, Ismaël Bouzid, Steve Kinsansi, Omar El Yazidi!
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Dylan Chellamootoo : « Le partenariat avec la SNCF m’offre une sécurité »
Dans une interview, tu expliquais que précarité et performance ne se conjuguaient pas ensemble. Est-ce que cela peut être fatal à une carrière ?
J’ai croisé beaucoup de jeunes avec du talent. Mais arrivé à un certain âge, ils travaillent, font des études. Même si on a un très bon double projet, c’est dur de tout faire en même temps. Certains n’y arrivent pas et beaucoup arrêtent à cause de cela.
Dans le cadre de ta prépa, tu as rejoint le groupe SNCF. Est-ce que cette sécurité est une aide au quotidien ?
Cela m’aide dans ma tête, je me sens serein, car j’ai une sécurité financière, mais aussi une sécurité d’après-carrière. Cela aide dans la préparation.
Sans cela, tu serais encore sportif de haut niveau ?
Oui, parce que j’adore m’entraîner et j’adore ce sport.
Tu as dû côtoyer des gens dans le cadre de ton partenariat, faire des interventions. Est-ce que cela t’apporte dans ton quotidien de sportif ?
J’ai pu développer plein de compétences, je me lève le matin avec l’objectif d’être encore meilleur que la veille. De la persévérance et d’aller de l’avant. Je vais une fois par semaine à la SNCF, le jeudi, j’essaye d’apprendre des choses, mais aussi d’être bon sur le plan professionnel. Pour être le meilleur, mais aussi apprendre.
Dylan Chellamootoo : « L’hygiène de vie est importante dans un sport comme le mien »
Comment as-tu découvert ce sport ?
Totalement au hasard. Il y avait un club situé à côté de la maison et je pouvais m’y rendre seul dès l’âge de 11 ans. C’était assez simple pour mes parents. J’ai commencé ce sport à l’âge de 6 ans. C’est devenu une passion à l’âge de 12 ans. J’avais cette ambition d’être sportif de haut niveau et ce rêve olympique. Même quand j’étais au collège, j’étais déjà dans ma bulle, en pensant à mon entraînement du soir. C’est vraiment ce que j’aime.
Tu fais une discipline dans laquelle le poids est important. Comment le gères-tu au quotidien ?
C’est une hygiène de vie et une habitude. L’hygiène est importante pour le sportif et encore plus dans un sport comme le mien. Je fais attention et j’essaye de réguler. Quand je suis en « cheatmeal » j’essaye de réguler le lendemain. C’est une habitude de vie, alimentaire. Je travaille avec un nutritionniste. J’essaye de faire attention à mon poids. Ce n’est pas facile oui, mais c’est ancré en moi.
On peut bouger deux ou trois paramètres, sans avoir l’impression de se priver ?
C’est une organisation être préparé. J’ai la chance de m’entraîner et manger à l’INSEP. Dès que je vais au self, je choisis mon repas. Mais quand je vais chez mes parents, si je dis que je veux manger light, ils vont comprendre, car ils savent que c’est important. Poulet, légumes ou avec des féculents. Mais au début, ce n’était pas simple. Je suis d’origine indienne et mauricienne. On mangeait un peu gras (rires). Mes parents se sont habitués à mon rythme de vie, comme mon entourage. Ils sont aussi à fond dedans.
Dylan Chellamootoo : « J’avais vraiment envie de réussir »
Est-ce que tu as eu peur de tomber dans de mauvais comportements alimentaires ?
Parfois, en période de régime, tu peux faire de la boulimie. Quand tu te restreins d’un coup. Au début de ma carrière je pouvais faire n’importe quoi, manger fast-food pendant trois ou quatre jours. Au fur et à mesure tu vois que tu ne peux pas faire ça. Le haut niveau, c’est aussi sur le long terme. Et tu vois que tu ne peux pas faire ça. Pour rester autant d’années dans le circuit et être performant.
Cela fait plus de dix ans que tu es au plus haut niveau, quel regard portes-tu sur ta carrière ?
Je suis content de ce que j’ai fait. À 15 ans, je n’étais pas l’un des plus doués, pas identifié comme quelqu’un qui allait forcément éclater. Mais j’ai beaucoup travaillé. L’année où je rentre en sport-études, je perdais tous mes combats. On ne me voyait pas en tant que futur médaillé. Je n’ai jamais lâché et petit à petit, je me souviens encore des week-ends où je m’entraînais et faisait des séances en plus. C’est peut-être cela qui a fait la différence. J’avais vraiment envie de réussir.


