Edito : Gino et les forçats de la route
CYCLISME – Gino Mäder est mort ce vendredi. Le Suisse a succombé à ses blessures après une chute hier, lors de la 5ème étape du Tour de Suisse. Le monde du cyclisme est sous le choc.
« Il est une tristesse si profonde qu’elle ne peut pas même prendre la forme des larmes » (Haruki Murakami). On peut mourir en faisant du vélo. C’est une réalité qu’on aimerait occulter, mais qui nous est renvoyée en pleine figure avec la mort de Gino Mäder (Bahrain-Victorious). Vingt-six ans, en pleine force de l’âge, en pleine force de s’exprimer en tant qu’homme et coureur cycliste. Dans tous les cas, pas un âge pour mourir. Pas comme ça, au travers d’une terrible chute, où il a dû se voir mourir.
Mais oui, on meurt à vélo, qu’on soit en compétition, à l’entraînement, que l’on soit professionnel ou amateur. Ils s’appellent Davide Rebellin, Michele Scarponi, Bjorg Lambrecht et tant d’autres qui ont payé de leur vie, le fait d’avoir été sur une machine à deux roues. Et toujours ce choc, cette incompréhension au moment de découvrir cette nouvelle. Et on peine à poser des mots sur ce que l’on peut ressentir. Le temps d’un instant, on enterre les différentes haches de guerre, les différents contentieux.

On les appelle les forçats de la route, repoussant bien souvent les limites de l’effort, parfois proche de l’inhumain. Ils suscitent l’admiration, repoussent les limites de l’imaginaire et entrent fréquemment dans nos foyers. Dans un sport tellement ingrat où il n’y a qu’un vainqueur pour, parfois, près de 200 coureurs au départ. Un sport où trois semaines d’efforts peuvent être annihilées en quelques minutes, le temps d’une chute, d’une défaillance, d’une blessure.
On va garder de toi ton sourire, tes victoires. Même dans cette terrible période, on n’oubliera pas le cycliste que tu étais. Gino, on espère que tu te plairas où tu es. Juste, on aurait aimé que cela soit beaucoup plus tard.

