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Edito

Édito : rendez-nous les contre-la-montre par équipes d’antan !

Olivier Dobiezynski

Publié le

Édito rendez-nous les contre-la-montre par équipes d'antan !
Photo Icon Sport

TOUR DE FRANCE 2026 – Une nouvelle formule plus spectaculaire au détriment de l’esprit collectif : ASO a tranché en laissant la tradition du contre-la-montre par équipes au placard.

Qui a oublié la mécanique implacable de l’US Postal à Arras en 2004, la précision chirurgicale de la CSC de Bjarne Riis en 2003 ou, plus récemment, les démonstrations de la Team Sky et de Quick-Step ? Ces journées-là ne consacraient pas seulement un champion : elles glorifiaient une équipe entière.

Tour de France 2026 : une fausse épreuve par équipes ?

Or, cette symbiose et cette unité dans l’effort disparaissent peu à peu, au profit d’un cyclisme plus aseptisé, glorifiant la performance solitaire. Car le fameux comptage des temps individuels, qui a fait couler tant d’encre, place l’intérêt collectif au second plan. Quand un coureur saute, il ne s’agit plus de le sauver ou de le garder avec soi.

L’équipe poursuit donc sa route en perdant des unités. Bien sûr, il est encore important d’en garder le plus longtemps possible, mais toutes les formations finissent l’effort avec un ou deux coureurs maximum, leader compris. L’état d’esprit était bien différent lorsqu’il fallait que les équipes amènent cinq coureurs à bon port sur la ligne. Fini la gestion de l’effort, les dilemmes tactiques, le sens du sacrifice.

Place désormais à un comptage individuel. Tel un huit d’aviron dont on ne retiendrait que le temps du barreur, ou un 4×100 m où l’on se contenterait d’additionner les temps de chaque relayeur. Ainsi, la cohésion a disparu des radars, comme ces moments où les leaders se voyaient forcés de ralentir leur allure pour attendre les plus faibles. La solidarité n’est malheureusement plus une obligation ; il s’agit juste d’arriver le plus vite possible sur la ligne. C’est donc une nouvelle formule perçue comme un compromis, qui affaiblit l’essence même de la discipline.

Chrono par équipes : gloire à l’individu, mort aux équipiers ?

En outre, comment peut-on encore appeler cela un contre-la-montre par équipes si le classement est désormais individuel ? Les problématiques tactiques sont mortes, et avec elles le déclin lent, mais définitif, des équipiers. Ces coureurs, déjà si peu mis en valeur, que ce soit à l’écran ou dans les médias, trouvaient ici leur heure de gloire, dans un exercice où ils avaient leur mot à dire et surtout leur utilité. Or, ils sont maintenant cantonnés à se mettre à la planche quelques kilomètres avant de se relever et de retourner rapidement dans l’anonymat.



Tout ceci participe à cette tendance actuelle d’un cyclisme qui individualise tout. C’est notre époque qui veut que cette logique s’impose, dans le sport en général et même au-delà. Statistiques, watts, capteurs de puissance, réseaux sociaux : seuls les leaders, ou les stars, c’est selon, sont mis en avant, bien avant la notion de gagner collectivement et de braver les obstacles en équipe.



ASO a-t-elle sacrifié l’esprit du contre-la-montre par équipes ?

Finalement, le contre-la-montre par équipes avait cette beauté rare : il rappelait qu’un champion ne gagne jamais seul. En individualisant les chronos, on a peut-être rendu l’épreuve plus équitable, mais on l’a surtout rendue moins singulière. À force de vouloir protéger les leaders, on a oublié ce qui faisait la grandeur de cette discipline : pendant une trentaine de kilomètres, le collectif comptait davantage que les égos.

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