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Élie Nabot : « J’ai du mal à prendre conscience que j’ai gagné le gros globe ! »

Maxime Cazenave

Publié le

Élie Nabot : " J’ai du mal à prendre conscience que j’ai gagné le grand globe ! "
Photo via Équipe de France de télémark

COUPE DU MONDE DE TÉLÉMARK 2023/2024Cette saison, la Coupe du monde télémark a été à sens unique, littéralement écrasée par une équipe de France auteure d’un quadruplé historique. Déjà 2e à deux reprises, Élie Nabot a de son côté vaincu le signe indien en décrochant son premier gros globe de cristal en carrière à 26 ans. Quelques jours après, le Jurassien est revenu avec nous sur ce sacre historique.

Cela fait désormais plus d’une semaine que tu as décroché le grand globe de cristal autour duquel tu tournais depuis deux ans maintenant. Qu’est-ce que cela représente pour toi cet accomplissement ?

Le gros globe a toujours été un rêve depuis que je skie, et j’ai encore du mal à réaliser. À prendre conscience que je l’ai gagné cette année ! C’est un mélange de beaucoup d’émotions et il est difficile de mettre des mots là-dessus. Il y a d’abord beaucoup de fierté et de joie, car j’en avais fait mon principal objectif cette saison après avoir échoué durant les deux précédentes. C’est aussi un gros soulagement d’enfin concrétiser, la pression fut intense au cours de la saison, mais cela en valait la peine au final !

Pourtant, la saison avait démarré sur une fausse note à Pinzolo. Comment expliques-tu ce premier week-end de Coupe du monde délicat ?

C’est vrai que la saison n’avait pas commencé comme je l’espérais. Il n’est pas facile de réellement savoir ce qui n’a pas fonctionné à ce moment-là, car je me sentais pourtant prêt, et en forme pour attaquer la saison du bon pied. Je ne pense pas que j’avais une pression particulière ou une surconfiance vis-à-vis de mon statut de favori. J’ai juste l’impression que je n’arrivais pas à faire le vide au moment de m’élancer dans le portillon de départ, j’avais beaucoup de pensées parasites qui me venaient en tête et je n’arrivais pas à les chasser. J’ai donc raté ces deux premières courses, ce qui m’a fait douter sur le moment, car je venais de griller deux jokers d’entrée de jeu et je devais vite me relever.

Derrière, la réaction a été immédiate à Carezza avec deux succès. Comment t’es-tu remobilisé durant le mois qui s’est écoulé entre ces deux week-ends italiens pour retrouver les sommets ?

Entre Pinzolo et Carezza, j’ai eu le temps de me reposer, de voir mes proches pendant les fêtes, et de penser à autre chose que le télémark avant de reprendre l’entraînement début janvier. Je me disais que ces deux premières courses pouvaient me servir d’électrochoc afin de donner le meilleur de moi-même par la suite.

Cette coupure m’a donc fait du bien. Le but était d’effacer les doutes et de commencer ce mois de janvier avec une attitude positive et conquérante pour rebondir dès les prochaines courses. Heureusement pour moi, ce fut chose faite à Carezza avec ces deux victoires de rang. J’ai retrouvé mon ski de la saison passée et la confiance est très vite revenue avec ces résultats.

Le reste de ta saison a été exceptionnel avec des podiums à foison, quelques victoires, mais surtout une présence quasi constante dans les premières positions. Si le gros globe était ton objectif initial, à quel moment de la saison as-tu senti que tu étais dans une position idéale pour y parvenir ?

Suite à l’étape de Carezza, je savais que j’étais déjà revenu dans la course au globe et c’est devenu une obsession ! Je sais que depuis plusieurs saisons, je peux m’appuyer sur une régularité en termes de résultats et je me devais de continuer sur cette lancée cette année. La pression s’est accentuée à Livigno, car c’était le début du sprint final. J’ai vraiment senti que le globe me tendait les bras petit à petit, mais je ne devais pas commettre d’erreurs, puisque tout pouvait s’effondrer en un virage tellement l’écart entre Noé (Claye) et moi était infime.





Est-ce que tu penses avoir franchi un cap supplémentaire cette saison, à bientôt 27 ans ? Et sur quels aspects penses-tu encore avoir une grosse marge de progression ?

Je ne sais pas si j’ai franchi un cap supplémentaire cette saison, je dirais surtout que je suis en constante progression depuis mes débuts. Cela se traduit par de meilleurs résultats année après année. Je pense que j’ai encore à progresser en ski de fond. Il y a quelques secondes à grappiller sur cette partie-là, et le but est de mettre l’accent là-dessus durant la préparation physique à venir.

Toute la saison, tu as été à la lutte avec Noé Claye. Comment avez-vous vécu entre vous cette rivalité sportive ?

C’est vrai que la lutte fut acharnée du début à la fin de saison avec Noé. Mais en aucun cas cela n’a entaché notre relation en dehors des courses. Nous partagions souvent la même chambre et tout allait bien. Il y a toujours eu de la bienveillance entre nous deux et au sein du groupe tout entier, c’est aussi grâce à ça que notre équipe est forte et que la concurrence y est saine !

Cette saison, le collectif masculin de télémark a écrasé la concurrence avec notamment de nombreux triplés, et un quadruplé historique au classement général. Comment expliques-tu cette domination totale ?

C’est vrai que c’est une immense performance de groupe et je pense qu’elle est due au fait qu’on se tire tous vers le haut depuis de nombreuses années. Il y a une grosse émulation au sein de l’équipe et tout le monde veut faire mieux que les autres. Ce qui nous pousse à nous dépasser et donner le meilleur de nous-mêmes à chaque course ou entraînement. Le groupe est jeune et manquait peut-être un peu d’expérience les années précédentes. Mais cette année, il y a eu beaucoup de régularité, ce qui nous a permis de faire ce quadruplé au classement général.

Désormais, de longs mois vont passer avant le début de la prochaine saison en fin d’année. Comment est-ce que tu gères cette longue période de vide spécifique aux sports d’hiver ?

Suite à la fin de la saison, le retour à la vie « normale » est assez rude et brusque, je dirais. On vient de passer trois ou quatre mois en groupe, en partageant d’intenses émotions, et tout d’un coup, tout est calme autour de vous. C’est assez bizarre comme sensation ! Le mois d’avril est l’occasion de relâcher la pression et de profiter. Ensuite, je travaille de mai à fin septembre et je m’entraîne en même temps donc mes semaines restent très chargées.

Je joue aussi dans un club de foot depuis tout petit ce qui me permet de garder la forme et de m’entraîner tout en prenant du plaisir, mais le plus gros de la préparation physique se fera en salle à partir de la mi-mai. Cette coupure reste importante pour moi, car j’aime aussi profiter de l’été et penser à autre chose que le ski, qui lui reviendra fin septembre, début octobre.

Malheureusement, le télémark ne fait pas partie du programme olympique en 2026. Avec les Jeux qui se dérouleront à domicile en 2030, j’imagine que tu rêves, au même titre que les autres membres du groupe France, à une intégration de la discipline. Penses-tu cela possible ?

Les Jeux Olympiques de 2030 sont effectivement dans un coin de nos têtes. On aimerait tous pouvoir disputer cette compétition majeure, Cela permettrait à notre sport de se développer et surtout de se professionnaliser. Je pense que c’est possible, car ce sera en France et notre équipe est la meilleure mondiale à l’heure actuelle. À nous donc de pousser pour l’intégration du télémark. Nous pourrions sans doute faire grimper un peu plus la France au tableau des médailles !

1 Commentaire

1 Commentaire

  1. Avatar

    Manu

    6 avril 2024 à 13h49

    c’est sympa de parler de sports moins médiatisés

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