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Formule 1

F1 2008 : CrashGate ou la tricherie au cœur de Singapour

Pierre Gorce

Publié le

F1 2008 CrashGate ou la tricherie au cœur de SingapourF1 2008 CrashGate ou la tricherie au cœur de Singapour
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FORMULE 1Après le SpyGate en 2007, la Formule 1 fait de nouveau parler d’elle et pas forcément en bien. Le CrashGate se produit sur les deux saisons suivantes. Une affaire qui fera tomber l’écurie Renault après cet accident forcé de Nelson Piquet Jr, il y a 14 ans.

C’est l’un des plus grands scandales récents de la Formule 1. Appelez-le CrashGate ou SingaporeGate, comme vous voulez. Le 28 septembre 2008 à Singapour, l’accident volontaire de Nelson Piquet Jr aide Fernando Alonso à remporter son premier Grand Prix de la saison. Flavio Briatore et Pat Symonds, les deux responsables de cet événement, entraîneront la chute précipitée de l’écurie Renault.

2007, une année chaotique

Tout d’abord, replaçons le contexte. Renault sort d’une année 2007 compliquée où les performances de la voiture n’ont pas été à la hauteur des exigences. Après tout, un certain Fernando Alonso venait de décrocher deux titres de champion du monde avec la R25 puis la R26. Pour 2008, l’écurie française joue au chamboule-tout. Un échange est réalisé avec McLaren Mercedes, Heikki Kovalainen rejoint les Britanniques, Alonso revient à la maison. Flavio Briatore, patron de l’équipe, va titulariser son pilote réserve Nelson Piquet Jr aux côtés de l’Espagnol, actant le départ de Giancarlo Fisichella vers une petite nouvelle, Force India.

À mi-saison, Fernando Alonso doit avoir un avis plus ou moins contrasté quant à son retour chez le constructeur tricolore. La monoplace est de nouveau mauvaise, le Taureau des Asturies se démène pour glaner des points par-ci par-là (Australie, Turquie…). Mais au moins, l’ambiance est plus saine. L’année précédente, un petit jeune aux dents longues – le champion GP2 Lewis Hamilton – lui a mené la vie dure et un nouveau titre mondial s’est finalement évaporé pour un petit point à cause de cette concurrence toxique. Kimi Räikkönen les remercie.

Concernant le fils du triple champion du monde Nelson Piquet, ses débuts en F1 sont paradoxaux à souhait. Il multiplie les accidents et abandons avant de marquer ses premiers points à Magny-Cours puis de monter sur son premier podium en Allemagne. C’est sans doute à ce moment que l’idée a germé dans les têtes de Pat Symonds et Flavio Briatore. Puisque Piquet Jr a terminé 2e grâce à la Safety Car. Le Brésilien rentre aux stands puis quelques tours plus tard, Timo Glock est victime d’un gros accident. La voiture de sécurité entre en piste et le règlement de l’époque stipule que la pit-lane doit se fermer à ce moment-là. Le peloton se regroupe, Piquet deuxième du nom se retrouve finalement en tête et se fait doubler par Lewis Hamilton avant l’arrivée.

Crash sous les projecteurs

Toujours friande de nouveautés et de spectacle, la Formule 1 se déplace en cette fin septembre 2008 dans une ville-état. Singapour sera le 800ème Grand Prix de l’histoire et le tout premier de nuit. Les pilotes vont découvrir un circuit technique, un serpent lumineux dessiné au milieu des gratte-ciel, en plein cœur de l’Asie. Fernando Alonso va retrouver de sa splendeur sur un tracé que tout le monde découvre. Deux fois meilleur temps lors des essais libres, il est dans une situation préférentielle avant la séance de qualifications. Mais le sort va s’acharner. Problème mécanique en Q2, l’Ibère sera 15ème sur la grille, juste devant son coéquipier. La course s’annonce compliquée, à moins que…

Le départ se déroule sans encombre pour les uns et les autres, Alonso entre dans les stands au 12e tour et ressort bon dernier, très loin de ses premières cibles en fond de peloton. Lors de la boucle suivante, survient le crash de Nelson Piquet Jr. Coup du destin (ou pas), la pit-lane se ferme donc, la Renault encore en course recolle aux autres monoplaces entassées derrière la voiture de sécurité. Lorsque la course repart, tous les pilotes vont remettre de l’essence et changer de gommes. Fernando Alonso se retrouve en tête, il ne quitte plus cette position et remporte son premier Grand Prix de la saison devant les ex meilleurs amis Nico Rosberg (Williams) et Lewis Hamilton (McLaren Mercedes).

Dès la fin de la course, des doutes apparaissent dans le paddock après cette victoire. Emblématique journaliste Formule 1, Joe Saward donne un avis dans son résumé : « En toute probabilité, Piquet s’est foiré, comme il l’a fait de nombreuses fois cette année. Sinon, il a dû se voir offrir quelque chose qui en valait la peine ». Même ambiance dans le garage Red Bull. Le vainqueur du Grand Prix est rentré aux stands en même temps que David Coulthard et Mark Webber, sauf que c’était un total coup de poker de l’écurie autrichienne. Leurs pilotes n’avaient que peu de chances d’aller au bout de la course, qui plus est en étant compétitif. D’où l’interrogation. 

Le doute puis la révélation

La saison se termine et cette affaire, qui n’en est pas encore une, va reprendre de l’ampleur. Malgré ses performances insuffisantes, Nelson Piquet Jr est prolongé pour la saison 2009. Étrange, puisque Flavio Briatore avait l’habitude de faire monter son pilote réserve (Alonso puis Kovalainen), Romain Grosjean était le candidat idéal au baquet du Brésilien. Bref, l’année suivante, Piquet continue de ne pas convaincre et se fait finalement remercier après le week-end au Hungaroring. 

C’est maintenant que la chute commence. La famille Piquet entame une procédure judiciaire contre Renault. Licenciement abusif ? Pas du tout. Une grande chaîne de télévision brésilienne se procure une lettre envoyée par le pilote carioca au président de la FIA, Max Mosley. Il explique dans ces quelques paragraphes que Flavio Briatore et Pat Symonds lui ont demandé de se crasher volontairement lors du dernier GP de Singapour. Il affirme que les deux hommes l’ont fait chanter puisque sa place dans la catégorie reine n’était plus trop acquise.

Ensuite, l’enchaînement est rapide. Renault met à l’écart son manager et son directeur technique. Le 21 septembre 2009, le Conseil Mondial du Sport Automobile donne raison à Nelson Piquet Jr et assure qu’il y a bien eu tricherie. Briatore est banni à vie, Symonds 5 ans. Le Tribunal de grande instance de Paris annulera finalement ces sanctions mais la fédération internationale se met d’accord avec le premier cité pour qu’il se tienne à l’écart de la F1 pour quelques années. 

La tricherie est réglée au millimètre

Revenons un peu en arrière pour mieux comprendre ce qu’il s’est passé. Après les qualifications, Nelsinho se voit proposer un ultimatum : sacrifier sa course pour aider l’équipe. Traduisons-les, percuter le mur pour réécrire le scénario de Hockenheim et permettre à son coéquipier de l’emporter. Le pilote brésilien décrit son sentiment au moment où il accepte cet arrangement : « Au moment de cette conversation, j’étais dans un état d’esprit très fragile et émotionnel. […] Il continue. J’ai accepté car j’espérais que ceci améliore ma position dans l’équipe à ce moment critique de la saison ».

Pat Symonds lui a même montré où se crasher sur le circuit. Au virage 17, car il n’y avait tout simplement pas de grue à cet endroit pour dégager rapidement la monoplace. L’entrée de la voiture de sécurité était obligatoire et le plan marcherait à merveille. Des extraits de la radio de Nelson Piquet Jr sont révélés et les ingénieurs sur le muret des stands le préviennent bien que Fernando Alonso termine son arrêt. Quelques instants plus tard, la R28 est en mille morceaux à la sortie de ce fameux virage 17. En se crashant au 13ème tour, Renault voulait être sûr que le pilote espagnol soit le seul à être passé par les puits pour qu’il passe de la 20e à la 1ère place.

Après le CrashGate, les deux principaux sponsors de Renault F1 Team, ING Direct et Mutua Madrileña, retirent leurs engagements auprès de l’écurie d’Enstone. Fin de saison 2009 rime avec disparition du monde de la Formule 1. Le constructeur français était fortement réticent à l’idée de continuer l’aventure, de peur d’entacher encore un peu plus sa réputation. Renault ne revient qu’en 2016 après avoir été notamment motoriste. Notons que Fernando Alonso n’a jamais été incriminé dans cette affaire, seulement trois personnes étaient au courant au sein de l’écurie tricolore.


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