Fluor : Que retenir du scandale sanitaire touchant le monde du ski nordique ?
Le journal L’Équipe a sorti ce mercredi 10 novembre une enquête choc sur la dangerosité du fluor, l’un des composants du fart, ce produit qui permet aux skieurs d’aller plus vite. Cette substance, aujourd’hui controversée, a fait des centaines voire des milliers de victimes sur plusieurs décennies.
Le fart existe depuis la nuit des temps. Le fart est né avec le ski nordique, sauf qu’il était jadis naturel. Graisses animales ou cire d’abeille, il fallait surtout réussir le dosage et savoir quand l’appliquer. Aujourd’hui, tout a changé et ces changements ne datent pas d’hier. Dès les années 1980, le fluor arrive dans tous les ateliers de fartage et fait gagner ceux qui savent l’utiliser. Tous les spécialistes – farteurs, entraîneurs, skieurs – le disent d’une même voix : « c’est un produit miracle ». Miraculeux et addictif, car sans fluor, pas de victoire. C’est une course à la seconde qui se met en place grâce ou à cause de cette substance.
Le problème soulevé par cette enquête est que le produit est extrêmement nocif et qu’il ne disparaît pas. Ni le corps humain, ni la nature ne sait comment l’éliminer. Traduction, la plupart des personnes ayant côtoyé le monde du nordique au niveau professionnel est contaminée par les produits perfluorés. Le bilan des possibles méfaits du fluor pour l’Homme est assez long. Directrice de recherche au CNRS, Barbara Demeneix éclaire le premier chapitre du dossier de L’Équipe : « Ces substances sont associées à une augmentation du cholestérol, à une réponse immunitaire affaiblie, à des problèmes de foie, à des cancers notamment du rein. […] Avec ces PFAS, les effets sur plusieurs générations sont à craindre. »
🎿 Peur sur la glisse 🎿
Notre nouvelle enquête sur les « farts au fluor » est à retrouver dans notre rubrique explore : https://t.co/IQBgSLZq1B pic.twitter.com/GfORrhC0Ry
— L’ÉQUIPE (@lequipe) November 10, 2021
Le fluor pourrit la vie…
… et pourrait même tuer. Paolo Manfredini était l’un des pionniers du fartage au fluor. Technicien de l’équipe d’Italie, les Transalpins ont volé sur le neige pendant plus de 10 ans grâce aux skis préparés par cet homme. Manfredini est décédé d’un cancer des poumons il y a 20 ans. Impossible de dire avec certitude si le fluor l’a tué, mais c’est une hypothèse grandement crédible. Toril Stokkebo, coach norvégienne, a été emportée en 2016 par un cancer du rein à l’âge de 49 ans. Il y a de nombreux cas comme ceux-ci qui ont été révélés ces dernières décennies. L’inhalation massive de PFAS peut provoquer des AVC, entraîner des difficultés respiratoires inhabituelles ou encore de forts maux de tête.
Pourquoi tant de techniciens touchés ? Car personne ne connaissait les risques du fluor. Scientifiquement, il n’y avait pas de recherches, ni d’analyses, donc les farteurs ne se protégeaient pas. Aujourd’hui, les fédérations sont dotées de camions parfaitement ventilés et le travail du ski se fait obligatoirement avec un masque empêchant d’avaler les vapeurs de ces produits. Ce n’était pas le cas pendant longtemps. Le taux acceptable de produits perfluorés dans le sang est fixé à 8ng/mL par les autorités sanitaires italiennes. Certains techniciens en avaient huit fois plus que le seuil limite dans le sang.
Un problème environnemental
Il s’est avéré que les PFAS étaient également dangereux pour l’environnement. Des échantillons de neige prélevés lors de grandes courses de nordique comme la Vasaloppet ou la Transjurassienne ont révélé une forte présence de fluor. Comme dit précédemment, la nature ne sait pas éliminer ce produit et il reste donc dans les sols pour, au moins, des milliers d’années.
Les problèmes environnementaux ne touchent pas seulement la montagne. En conclusion de leur enquête, les journalistes de L’Équipe ont interrogé l’avocat Robert Bilott, l’homme qui a fait condamner la multinationale DuPont. En 1998, les eaux de l’Ohio sont devenues non potables à cause de substances perfluoralkylées causant des décès d’animaux, des fausses couches de femmes enceintes et des cancers au sein de la population locale. Cet exemple est parlant puisque l’on comprend bien que ces PFAS se propagent partout et restent actifs à travers le temps.


